4 JANVIER 2021

MESSAGE DE VŒUX CONJOINTS DE L’ANPROMEVO ET DE L’ASSOCIATION MARCHAND-FERAOUN POUR 2021

L’année 2020 a été marquée par une crise sanitaire qui aura révélé certaines fragilités structurelles de notre ordre social et accentué celles déjà connues et subies. Elle aura en particulier perturbé le fonctionnement de la vie associative, empêchant la tenue d’assemblées générales.

L’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) a pu tenir la sienne, le jeudi 12 mars, le lendemain de la qualification de pandémie attribuée par l’OMS à la maladie à coronavirus 2019.

image023Tel n’a pas été le cas pour l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons.

Mais à toute chose malheur est potentiellement bon. En effet, l’hommage prévu à l’occasion du 58e anniversaire de l’assassinat collectif perpétré par l’OAS le 15 mars 1962 au siège des Centres sociaux éducatifs en Algérie a dû être reporté.

La cérémonie s’est finalement déroulée le 20 novembre 2020 et a eu lieu, comme à l’accoutumée, en l’Hôtel de Rothelin-Charolais, qui abrite aujourd’hui le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques (101, rue de Grenelle à Paris-7e).

Fait exceptionnel, Madame la Ministre Amélie de Montchalin, s’est personnellement recueillie face à la plaque commémorative dédiée aux six victimes de Château-Royal à Alger et a prononcé une allocution.

Des extraits ont leur place dans le cadre de ce message de vœux appelé à être lu à Alençon le 4 janvier à 11h00 :

Cette plaque en mémoire de Max Marchand, Mouloud Feraoun, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutène et Salah Ould Aoudia a été apposée dans ce lieu en 2001 car il était alors rattaché au ministère de l’Éducation nationale.

[…] Malgré les vicissitudes de la vie politique, cet hommage a pu être perpétué, quel que soit le ministère qui occupait ce lieu.

[…] Je suis honorée de m’y associer à mon tour.

Je le fais […] en tant que ministre qui a sous sa responsabilité les agents publics.

Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons étaient aussi des agents publics, engagés au service de l’intérêt général, au service de l’Éducation nationale.

Saluer la mémoire de ces hommes, inspecteurs de l’Éducation nationale, prend évidemment cette année une résonnance toute particulière quelques semaines après le lâche assassinat de Samuel Paty.

Il portait des valeurs et une éthique […] : humanisme, dévouement, transmission.

Ces valeurs étaient au cœur de l’action et de l’engagement de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons.

Victimes de la violence, de l’intolérance et de la haine, eux qui prônaient l’amitié entre les peuples, le respect et la compréhension mutuels.

[…] Vous menez un travail de mémoire essentiel.

Nous avons un devoir d’Histoire : merci de nous aider à l’accomplir.

Dix jours après, le 30 novembre, la directrice générale de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, non sans « [s]’incliner avec respect et émotion, devant la mémoire des victimes innocentes des crimes abjects commis par l’OAS », se déclarait dans l’incapacité de faire droit à une démarche engagée à titre personnel par l’un de ses ressortissants, Jean-François Gavoury, pupille de la Nation, orphelin de guerre et par ailleurs président de l’ANPROMEVO, en vue de l’apposition de la mention « Mort pour la France » sur l’acte de décès des victimes civiles de cette organisation.

Retenons de cette fin d’année 2020 que l’État progresse, lentement mais assez sûrement, vers la reconnaissance d’une obligation lui incombant de mettre un terme à une discrimination inique entre des victimes civiles innocentes de la guerre d’Algérie, reposant sur l’ignominieuse idée selon laquelle l’OAS n’était pas partie belligérante dans ce conflit.

Il n’est peut-être pas loin le jour où la République, se joignant à la mairie d’Alençon, rendra hommage à Alfred Locussol, première victime métropolitaine de l’OAS au sein de la fonction publique de l’État.

Un précieux collectif local porte la mémoire de cet homme dont le seul tort, aux yeux de ses assassins, était d’être partisan de l’indépendance de l’Algérie, et dont la seule arme avait été, avant sa mutation d’Alger à Alençon, un journal clandestin.

Accompagnée de Pierre Frénée, Alexandrine Brisson, membre de l’ANPROMEVO et amie fidèle de l’association Marchand-Feraoun, dépose la traditionnelle gerbe commune au pied de la belle stèle érigée à la mémoire d’Alfred Locussol, son grand-oncle. François Tollot lit en notre nom ces mots d’espérance : qu’ils soient tous les trois remerciés, ainsi que celles et ceux qui les entourent.

Longue vie à toutes celles et à tous ceux qui se vouent et dévouent au service de la vérité sur le passé et de la justice au présent.

Jean-François Gavoury et Jean-Philippe Ould Aoudia


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35 personnes réunies à Alençon pour rendre hommage à Alfred Locussol, première victime de l’OAS en France métropolitaine

Lundi 4 janvier 2021, 35 personnes se sont rassemblées place de la Résistance à Alençon, pour rendre hommage à Alfred Locussol, assassiné par l’OAS en 1962.

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Parmi les personnes présentes, Joaquim Pueyo (maire d’Alençon) ou Chantal Jourdan (député de l’Orne) sont venus rendre hommage. (©L’Orne Hebdo)

Par Lucas Rapi

Publié le 4 Jan 21 à 16:27

35 personnes étaient présentes pour célébrer la mémoire d’Alfred Locussol, lundi 4 janvier 2021, sur la place de la Résistance. Cet ancien fonctionnaire de l’administration des finances a été assassiné à Alençon, le 3 janvier 1962. L’attentat a été commandité par l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Alfred Locussol est la première victime de l’organisation politico-militaire d’extrême droite, en France métropolitaine.

Préserver la mémoire

Une minute de silence ainsi que deux discours ont été lus. Pierre Frénée, ancien militant communiste a ouvert le bal. Il a rappelé l’importance du devoir de mémoire. « Les célébrations sont importantes car elles préservent les mémoires, non seulement contre l’oubli, mais aussi contre les mensonges et les haines […] Honorer la mémoire d’Alfred Locussol aujourd’hui, c’est prendre la relève de ses combats pour l’égalité sociale, le droit, la dignité, les libertés, la justice, la fraternité. »

Alexandrine Brisson, la petite nièce d’Alfred Locussol, était aussi présente. (©L’Orne Hebdo)

Alexandrine Brisson, la petite nièce d’Alfred Locussol, était aussi présente.
(©L’Orne Hebdo)

De son côté François Tollot, a lu un discours rédigé par Jean-François Gavoury et Jean-Philippe Ould Aoudia, membres de l’association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et de l’association de Marchand-Feraoun. Les deux hommes n’ont pas pu se déplacer cette année mais des représentants de leurs associations ont déposé une gerbe commune.

Dans leur discours conjoint, ils retiennent que :

« L’État progresse lentement, mais sûrement, vers la reconnaissance d’une obligation lui incombant de mettre un terme à une discrimination inique entre des victimes civiles innocentes de la guerre d’Algérie. »
Jean-François Gavoury et Jean-Philippe Ould Aoudia
Membres de l’association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et de l’association Marchand-Feraoun

Dans leur texte, ils espèrent « qu’il n’est peut-être pas loin le jour où la République, se joignant à la mairie d’Alençon, rendra hommage à Alfred Locussol ».

« Parler d’un, c’est parler de tous »

François Tollot note qu’il faut être vigilant aux discours d’extrême droite. « Il vaut mieux envoyer des messages de solidarité et de coopération que de va-t-en-guerre. » Alexandrine Brisson, la petite nièce d’Alfred Locussol a fait le déplacement pour venir rendre hommage.

« C’est formidable cette célébration donnée par Pierre (Frénée), François (Tollot) et Annie (Pollet) alors qu’ils ne l’ont même pas connu ! Parler d’un homme assassiné c’est parler de tous. »
Alexandrine Brisson
Petite-nièce d’Alfred Locussol

Un lieu symbolique

En 2012, une stèle avait été posée dans l’avenue Wilson, pour rendre hommage à Alfred Locussol, 50 ans après son assassinat. Mais elle était régulièrement vandalisée. « Au moins sept fois », précise François Tollot. Tout était fait pour que les inscriptions restent illisibles. « On constatait de la peinture et, des fois, des coups de marteau sur les écritures pour la dégrader. »

Pierre Frénée (qui lit le texte) et François Tollot ont animé la célébration par la lecture de deux textes d’hommages. (©L’Orne Hebdo)

Pierre Frénée (qui lit le texte) et François Tollot ont animé la célébration par la lecture de deux textes d’hommages. (©L’Orne Hebdo)

C’est en 2019 que cette stèle a été déplacée à la gare, place de la Résistance. « Ici c’est un lieu symbolique de la résistance au colonialisme, à la guerre et au fascisme », explique Pierre Frénée. Depuis, aucune dégradation n’a été constatée.


25 JANVIER 2021

Adhérents et correspondants de l’ANPROMEVO sont rendus destinataires par courriel du communiqué suivant, intitulé « Le 60e anniversaire de l’entrée en guerre de l’OAS, c’est ce jour » :

La longue série des commémorations de la période 1961-1962 de la guerre d’Algérie commence avec le soixantième anniversaire de l’assassinat à Alger de Maître Pierre Popie, avocat libéral, tué par l’OAS quelques jours avant l’acte de naissance officiel de ce groupe armé qui ne tardera pas à s’ériger en authentique partie belligérante dans le cadre de ce conflit.

Vont prochainement revenir à la surface :

– le 31 mars, le souvenir de Camille Blanc, maire d’Évian ;

– le 22 avril, celui de Pierre Brillant, maréchal des logis, victime du putsch des généraux à Ouled Fayet ;

– le 31 mai, celui de mon père, commissaire central du Grand Alger ;

– et puis, et puis de tant d’autres, par centaines, pour atteindre quelque 2 700 morts (et d’innombrables blessés !).

Les dix-huit mois à venir seront une épreuve insupportable pour les descendants de victimes de l’OAS si la République et la Nation ne prennent pas enfin conscience de la nécessité de leur rendre justice en en reconnaissant officiellement la douleur et en honorant leurs pères et leurs mères à la hauteur de leur sacrifice.

Jean-François Gavoury
Président de l’ANPROMEVO


9 FÉVRIER 2021

Au lendemain du 59e et si funeste anniversaire de la manifestation parisienne pour la paix en Algérie et contre l’OAS qui s’est si tragiquement conclue à l’une des bouches du métro Charonne, le président de l’ANPROMEVO s’adresse en ces termes aux adhérents de l’association :

Madame, Monsieur,

Hier, aux abords du Métro « Charonne » à Paris, était organisée une cérémonie en hommage et à la mémoire de neuf victimes d’une fraction particulièrement zélée de la police aux ordres de son préfet Maurice Papon. Après-demain, d’anciens activistes célèbreront le soixantième anniversaire de la création de l’OAS.

Le quotidien algérien « El Watan », dans son édition d’aujourd’hui, donne la parole à ceux qui ont milité pour la paix en Algérie ainsi qu’aux descendants de victimes de l’OAS : cf. infra.

Si les crimes du colonialisme doivent être reconnus, ne serait-ce que par souci de la vérité des faits, les victimes de l’OAS doivent être sorties de cet oubli dans lequel les pouvoirs publics les ont tenues plus d’un demi-siècle durant et elles doivent être honorées à la hauteur de leur dévouement à la République.

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En février 1961 était créée l’Organisation de l’armée secrète (OAS) : Les méfaits d’une organisation criminelle

NADJIA BOUZEGHRANE – 09 FÉVRIER 2021

Les crimes de l’OAS, organisation créée en février 1961 en Espagne franquiste pour imposer par la terreur armée «l’Algérie française» sont innombrables tant parmi la population algérienne que du côté français. En réaction, de nombreuses organisations progressistes et du Parti communiste avaient organisé des manifestations en France, dont celle de Charonne au cours de laquelle 9 personnes périrent sous la répression de la police de Maurice Papon.

Un hommage a été rendu hier à Paris aux 9 victimes de la répression du 8 février 1962 lors de la manifestation contre l’OAS et pour la paix en Algérie. En raison de la situation sanitaire actuelle, la commémoration de cette année n’a pu se tenir de manière habituelle.

La commémoration devait être marquée par un dépôt de gerbes à l’endroit où sont tombées les 9 victimes, près du métro Charonne.

En même temps que la manifestation du 8 février 1962, les partisans de la Paix et de l’indépendance pour l’Algérie s’exprimaient de plus en plus, avec de nombreuses manifestations, Le Mouvement de la Paix, les syndicats, le Parti Communiste etc. Le 7 février 1962, l’OAS commettait dix attentats à la bombe contre des personnalités diverses, qui firent de nombreux blessé-e-s et particulièrement une fillette de 4 ans.

Dès le lendemain, la riposte s’organisait : une manifestation se tenait à l’appel, notamment, du PCF, de la CGT, la CFTC, du mouvement de la Paix… Elle fut sauvagement agressée par les brigades spéciales de la police aux ordres du préfet Papon et du ministre de l’Intérieur Roger Frey, au carrefour du métro Charonne. On dénombra 9 morts et des centaines de blessé-e-s.

Les manifestations étaient interdites et de plus en plus marquées par les violences policières, comme ce fut le cas notamment le 17 octobre 1961, avec le massacre des Algériens, ou les manifestations syndicales en décembre 1961…. Rappelant qu’en janvier 1961, les Français répondaient «oui» à 75% pour le droit à l’autodétermination du peuple algérien, «les Français avaient compris que la paix et l’indépendance de l’Algérie rendaient justice au peuple algérien», relève dans un communiqué Henri Cukierman, président du Comité Vérité pour Charonne.

«Les jusqu’au-boutistes de l’Algérie française refusèrent le verdict démocratique des citoyens français. Ils décidèrent de s’y opposer par la violence la plus extrême», ajoute-t-il. Avec la création de l’OAS (Organisation de l’armée secrète), «ils ont organisé des centaines d’attentats en France et en Algérie pour imposer par la force un coup d’Etat et poursuivre la guerre».

Ils s’attaquèrent en France, par des attentats à la bombe, aux organisations de gauche et aux personnalités politiques, syndicales, qui «s’exprimaient et agissaient pour la Paix en Algérie».

«Le gouvernement du général de Gaulle était frileux, voulait conserver des bases et avantages du colonialisme, mais il avait aussi au gouvernement des partisans de l’Algérie française, notamment le Premier ministre Michel Debré». «Avec la guerre d’Algérie, c’est la démocratie pour les Français-e-s et les Algérien-e-s qui a été confisquée.» Quant au président Macron, «il doit, entre autres, reconnaître le crime d’État pour le 8 février 1962», souligne Henri Cukierman.

«Une impressionnante série d’assassinats»

De leur côté, l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, communiquent en date du 29 janvier qu’«un certain nombre d’éléments de divisions parachutistes désertent et viennent prêter main-forte à des partisans extrémistes de l’Algérie française qui avaient fondé, entre le 20 janvier et le 10 février, dans l’Espagne encore franquiste, l’Organisation armée secrète».

Sans compter les milliers de victimes algériennes, rien que du côté français, les victimes de l’OAS sont innombrables.

Jean-Philippe Ould Aoudia et Jean-François Gavoury, présidents des deux associations, signalent également qu’«avec le renfort des déserteurs, qui fournissent armes, munitions, explosifs et savoir-faire, l’OAS va gagner en puissance criminelle». «S’ouvre alors une impressionnante série d’assassinats et de destructions tant de biens privés que de bâtiments publics».

Les deux responsables associatifs rappellent que le premier attentat commis par ces ultras survient à Alger, le 25 janvier 1961, et coûte la vie à un avocat libéral, Maître Pierre Popie.

Le second a lieu en France métropolitaine, le 31 mars 1961 : il est dirigé contre Camille Blanc, maire d’Evian, ville dans laquelle se déroulent les pré-pourparlers entre le gouvernement français et le FLN.

«Tombé le 31 mai 1961 dans un guet-apens tendu à l’instigation d’un officier déserteur, le commissaire central d’Alger Roger Gavoury est le premier fonctionnaire de l’État français assassiné par l’OAS. Six commissaires de police, au moins un inspecteur de police et trois gradés et gardiens de la paix auxquels s’ajoutent une douzaine de fonctionnaires des Compagnies républicaines de sécurité (CRS)» ont également été assassinés.

«L’armée fut elle-même la cible de l’OAS qui a abattu plusieurs dizaines de militaires depuis le jeune appelé du contingent jusqu’au général de corps d’armée en passant notamment par les gendarmes mobiles».

«Le premier attentat commis contre la personne du général de Gaulle a lieu le 8 septembre 1961 à Pont-sur-Seine. D’autres ont suivi, le 22 août 1962 au Petit-Clamart et le 15 août 1964 au mont Faron (Toulon), mais la police a pu déjouer plusieurs autres tentatives visant le chef de l’Etat français.»

«Les membres du gouvernement étaient également l’objet de menaces : ainsi, le 7 février 1962, une bombe au domicile d’André Malraux, ministre de la Culture, blessa-t-elle très grièvement au visage la jeune Delphine Renard.» Par ailleurs, le 15 mars 1962, à Alger, l’assassinat de six dirigeants du service des centres sociaux éducatifs (Max Marchand, Mouloud Feraoun, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutène, Salah Ould Aoudia) par l’OAS fut l’aboutissement paroxystique d’un processus mortifère enclenché très tôt. «Lorsque l’OAS entra en guerre, en 1961, de véritables lignes de front ont séparé les quartiers européens des bidonvilles où se situaient les Centres qui ont continué à fonctionner», rappellent les deux responsables associatifs.

Le Service des centres sociaux éducatifs, créé le 27 octobre 1955, à l’initiative de la déportée-résistante Germaine Tillion, membre du cabinet civil de Jacques Soustelle, fera l’objet dès sa création «de pressions, de menaces, de campagnes de presse de la part des ultras de l’Algérie française, parce que compter dans son effectif près de 80% de musulmans constituait en soi une source de suspicion».

L’historien Stora saisi pour un complément de préconisation

Dans ce contexte historique, l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons ont exprimé, le 4 février, auprès de Benjamin Stora, le souhait de voir complétée la préconisation n°2 de son rapport par la phrase suivante : «…et de toutes les personnes qui, dans les derniers mois du conflit, ont respecté, servi la République et défendu ses valeurs au péril de leur vie.»

La version définitive deviendrait alors : «Un geste pourrait être l’inclusion dans le décret 2003-925 du 26 septembre 2003, instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, d’un paragraphe dédié au souvenir et à l’œuvre des femmes et des hommes qui ont vécu dans des territoires autrefois français et qui ont cru devoir les quitter à la suite de leur accession à la souveraineté et de toutes les personnes qui, dans les derniers mois du conflit, ont respecté, servi la République et défendu ses valeurs au péril de leur vie».

Le 5 février les deux associations demandent également à Benjamin Stora de «bien vouloir se faire l’écho, dans toute la mesure du possible, des recommandations respectives du Souvenir Français et de l’Espace guerre d’Algérie (EGAL), relatives à l’apposition de la mention ‘Mort pour la France’» sur l’acte de décès des six dirigeants des Centres sociaux assassinés par l’OAS le 15 mars 1962 : Max Marchand, Mouloud Feraoun, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutène, Salah Ould Aoudia.


27 FÉVRIER 2021

À propos du rapport que M. Benjamin Stora a remis officiellement au Président de la République le 20 janvier sur le thème de la réconciliation mémorielle autour de la colonisation et de la guerre d’Algérie, les adhérents de l’ANPROMEVO reçoivent de leur association l’édition de février 2021 de « LDH Info », bulletin national mensuel de la Ligue des droits de l’Homme. Ce numéro rend compte, dans ses colonnes, de la présentation que l’historien a faite de son travail devant le comité central de la LdH le 6 février 2021 et du débat intervenu dans le prolongement de son exposé.

Est reproduit, ci-après, un extrait de la publication dont il s’agit reprenant les échanges entre M. Stora et ses interlocuteurs :

G. Manceron remercie B. Stora pour cet exposé bref et clair des intentions du rapport. Il indique s’être exprimé sur son contenu dans Le Monde, en tant que responsable du groupe de travail « Histoires, mémoire, archives » de la LDH, et dans Mediapart, sur les conditions de remise du rapport, son contenu ayant été biaisé par le conseiller mémoire de l’Elysée. Pour lui, ce rapport mérite d’être appuyé dans son intention, même s’il appelle des remarques. Une réunion du groupe de travail qui abordera le problème des archives de la guerre d’Algérie, question qu’aborde B. Stora dans son rapport, est prévue le 17 février, ouverte aux personnes intéressées. Il mentionne les réactions de l’association Maurice et Josette Audin, des historiens du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH). Il évoque aussi la demande des associations des enfants de victimes de l’OAS, qui suggèrent l’introduction d’une annexe au rapport sur le sujet.

G. Manceron remercie B. Stora pour cet exposé bref et clair des intentions du rapport. Il indique s’être exprimé sur son contenu dans Le Monde, en tant que responsable du groupe de travail « Histoires, mémoire, archives » de la LDH, et dans Mediapart, sur les conditions de remise du rapport, son contenu ayant été biaisé par le conseiller mémoire de l’Elysée. Pour lui, ce rapport mérite d’être appuyé dans son intention, même s’il appelle des remarques. Une réunion du groupe de travail qui abordera le problème des archives de la guerre d’Algérie, question qu’aborde B. Stora dans son rapport, est prévue le 17 février, ouverte aux personnes intéressées. Il mentionne les réactions de l’association Maurice et Josette Audin, des historiens du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH). Il évoque aussi la demande des associations des enfants de victimes de l’OAS, qui suggèrent l’introduction d’une annexe au rapport sur le sujet.

B. Stora confirme s’être excusé auprès des membres de ces associations pour avoir abordé insuffisamment ce sujet dans son rapport, de même qu’auprès d’autres groupes, comme le Comité vérité et justice pour Charonne. Un nombre énorme de gens ont été touchés par la guerre, avec des disparus de proches de l’OAS, des disparus européens pro-FLN… Il reconnaît qu’il aurait dû être plus précis. Il a envoyé l’annexe évoquée à l’Elysée. Il mentionne la perspective d’un projet de documentaire sur les Français pro-FLN assassinés. Alors qu’on retient un affrontement bloc à bloc, il y a de l’intérêt à faire voir, opposé à cela, le « monde du contact », dont de nombreuses personnes qui ont payé de leur vie. Germaine Tillion évoque par exemple en Mouloud Feraoun un « homme pionnier », un « passeur », il s’agit d’expériences plus nombreuses qu’on ne le pense.

M. Cocquet remercie B. Stora pour son travail, étant attachée pour des raisons particulières à l’Algérie. Elle juge le rapport passionnant, en tant qu’ancienne professeure d’histoire, comme étape d’ouverture, comme œuvre pédagogique considérable, avec de nombreuses possibilités de débats, de recherches. Elle regrette le peu d’appropriation par l’Éducation nationale de l’histoire coloniale algérienne. Elle marque son accord avec l’idée qu’il n’y a pas besoin aujourd’hui de confrontation des peuples, mais au contraire de mettre en lumière un attachement, en dépit de tout, entre France et Algérie, qui pousse à l’émotion.

A. Alimi remercie B. Stora et note que ses ouvrages lui ont permis de découvrir la guerre d’Algérie, dont sa famille est issue. Il s’interroge sur des ouvrages traitant plus largement de l’histoire de la colonisation.

B. Stora cite Charles-André Julien, historien anticolonialiste, sur la conquête de l’Algérie, et Charles-Robert Ageron, qui a été son propre directeur de thèse, auteur d’une Histoire de l’Algérie contemporaine. De grands historiens algériens ont travaillé contre la vérité officielle du « parti unique glorieux », tels que Mohammed Harbi, Mostefa Lacheraf. Il note le travail basé sur des archives privées de François Maspero, pour son ouvrage L’Honneur de Saint-Arnaud, montrant les exactions et le carnage de la prise de Constantine en 1837, avec le « sang jusqu’à la ceinture » des soldats français. François Mauriac a aussi été un combattant anticolonial.

L’étude de l’histoire du XIXe siècle montre que les Algériens n’ont à aucun moment été seulement des victimes, mais aussi des combattants. La colonisation elle-même n’a pas seulement été subie, les leçons de la Révolution française ayant été réappropriées pour les retourner contre la France coloniale. Cette vision s’est effacée sous le poids des polémiques politiciennes, qui font oublier les racines des racismes, du racisme colonial au racisme anti-Arabe.

A. Dahmani précise que le contexte du rapport est celui d’une double commande, avec celle donnée côté algérien au directeur des Archives nationales, discrédité sur le plan historique. De même que le processus révolutionnaire en Algérie (Hirak) peut aussi changer la donne en matière d’histoire, avec l’espoir d’une reprise des travaux de recherche sans instrumentalisation par le pouvoir. Feraoun était bien selon lui un passeur, même si son journal est paru après sa mort (assassiné avec d’autres collègues par un commando de l’OAS), après l’indépendance, critiquant les pratiques du FLN de l’époque, en parallèle d’une critique radicale du colonialisme. En se démarquant de l’idée de B. Stora pour une démarche pragmatique, à petits pas, il prône la démarche développée par l’appel de 2007 selon lequel le dépassement du contentieux historique franco-algérien « implique une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de « repentance ». Et des « excuses officielles » seraient dérisoires. Nous demandons donc aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie ».

B. Stora confirme qu’Abdelmadjid Chikhi a été désigné après lui en Algérie. Il ne le connaît pas, bien qu’il ait travaillé avec des historiens algériens pendant quarante ans. Ils ont échangé trois fois au téléphone, mais il n’y pas eu de travail en commun. Si son rapport est avant tout un état des lieux, pas un inventaire de la bibliographie des travaux sur l’Algérie, il est intéressant de se reporter à d’autres ouvrages ; il a lui-même déjà publié beaucoup de dictionnaires de l’histoire algérienne. Il reconnaît que son rapport a suscité proportionnellement beaucoup de réactions en Algérie, alors que l’état du pays est très compliqué, ce qui interroge sur une possible instrumentalisation. Pour lui, il ne peut s’agir de se contenter de condamner le colonialisme, la question est celle des moyens de la réconciliation. Il s’interroge en outre sur la possibilité de mobiliser la portée littéraire de l’œuvre de Feraoun en France, où elle pourrait être étudiée dans les écoles.

P. Gaillard rappelle les combats de la LDH au moment de la guerre d’Algérie, ses prises de position. Il s’interroge sur la représentation de la France comme n’étant plus un État colonial.

B. Stora précise que son rapport rend compte du combat anticolonialiste de manière très large, sans méconnaître les nombreuses associations qui y ont pris part. Il a lui-même travaillé sur l’histoire des départements d’outre-mer, avec un rapport sur les massacres de 1967 en Guadeloupe, les répressions en Martinique en 1959, en Guyane en 1962. Il a recueilli des témoignages sur les morts par balles, ces évènements étant un marqueur très important pour la jeunesse guadeloupéenne d’aujourd’hui, symbole de la perpétuation du fonctionnement à caractère colonial des îles. Ce rapport n’a eu aucun retentissement, ses recommandations n’ont pas été reprises et il n’a pas été édité, mais il est disponible sur Internet. Il cite un autre rapport qu’il a remis sur l’état de la recherche sur l’immigration, et un autre sur migrants et culture.

En l’espèce, avoir répondu à la commande du président de la République ne lui pose pas problème, la question qui se pose est celle de la mise en œuvre. C. Véron s’interroge sur l’effet que pourraient avoir ses préconisations sur les aspects pratiques d’accès aux archives.

B. Stora espère que celles-ci soient davantage ouvertes, que le recours au tampon « secret-défense » soit plus parcimonieux, la procédure en cours pouvant peut-être jouer un rôle à cet effet.

Plus largement, il estime assez peu probable que la proposition de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon soit suivie d’effet, face à la campagne de la droite et de l’extrême droite, que l’assassinat de Boumendjel soit reconnu, que des chercheurs indépendants soient autorisés par les autorités algériennes à se rendre sur les anciens sites nucléaires. Il est possible que les cimetières fassent l’objet d’un classement Unesco.

M. Tubiana indique avoir lu avec émotion le rapport. Il juge utile d’aller au-delà de l’accord sur ce qu’est le colonialisme et d’enfoncer le clou. Des réactions comme celle de Jean-Michel Apathie montrent l’intérêt de faire connaître la période de colonisation. La mémoire se construit sur des faits et non des raccourcis, lorsqu’elle est épurée d’un certain nombre d’intérêts. Un travail reste à faire sur l’abandon des harkis par les autorités, dans la lignée de l’interpellation d’Henri Alleg.

H. Rossi souligne le manque, dans le débat public, d’éléments sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie.

J. Ganeval salue le travail du rapport qui pourra aider au passage, toujours difficile, de la mémoire à l’histoire. Il trace un parallèle avec l’histoire de l’Occupation, qui a pu sortir d’un récit national fragmentaire, notamment grâce aux contributions d’historiens étrangers. Il jugerait très positivement un projet de documentaire sur les Français anticolonialistes en Algérie.

B. Stora s’inscrit tout à fait dans cette idée de mettre fin à la juxtaposition des mémoires blessées qui s’affrontent. Il y a pour lui une véritable envie d’histoire non falsifiée aujourd’hui ; il ne faut pas en faire l’économie, car c’est la clef d’entrée dans un nouveau cycle. Il a, entre autres choses, perçu que les associations de pieds-noirs, de harkis, sont fatiguées de la confrontation. Elles-mêmes souhaitent entendre autre chose, tout comme de plus en plus d’anciens du FLN.

M. Salemkour remercie à nouveau B. Stora pour sa participation. Il souligne l’utilité de ces échanges riches, aussi pour resituer la LDH dans son histoire et celle de ses combats. La LDH devra faire vivre les préconisations du rapport et surtout éviter qu’il ne passe par pertes et profits.


12 MARS 2021

Quatre jours après la Journée internationale des droits des femmes et au lendemain de la Journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, l’ANPROMEVO, entendant rendre hommage aux femmes victimes de l’OAS durant leur enfance, adresse à ses adhérents, amis et correspondants le témoignage de la rescapée de l’un des dix-sept attentats à la bombe commis dans l’agglomération parisienne par l’OAS au cours d’une nuit bleue : celle du 17 au 18 janvier 1962 (cf. reproduction ci-après d’une archive du Monde en date du 19 janvier 1962).

Le témoignage, qui se présente sous la forme d’une nouvelle intitulée Embruns[1], émane de l’ainée des enfants du couple, alors âgée de six ans. Dans sa mémoire, la partie la plus endommagée du logement était la chambre de ses parents. La chambre qu’elle-même occupait avec son frère de quatre ans et sa sœur d’un an et demi était heureusement à l’opposé du site de l’explosion.

L’attentat dont il est question en l’occurrence visait une journaliste, Janine Delaunay, domiciliée 160 rue Montmartre à Paris. Elle se trouvait avec ses trois enfants en bas âge dans l’appartement ciblé. Son mari, Jacques Delaunay, officier de l’armée de l’air, venait d’être inculpé du chef de soutien au FLN et transféré – ou sur le point de l’être – à la Maison d’arrêt de Fresnes.

Ses parents sont aujourd’hui décédés.

Anne-Marie Delaunay-Danizio – tel est son nom – vit dans le nord-est des États-Unis, près de Boston (Massachusetts). Sa biographie est accessible via le lien ci-dessous :

https://www.artmajeur.com/fr/annemariedelaunay/presentation

En l’espace de moins d’un mois, l’OAS, à l’époque, a failli tuer notamment Anne-Marie Delaunay le 18 janvier, Delphine Renard le 7 février (quatre ans), Sylvie Fauvet (9 ans, fille du rédacteur en chef adjoint du Monde) le 15 février 1962.

L’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) rend hommage à ces trois femmes qu’un lien de fraternité unit.

La considération qui leur est due s’étend à toutes celles, anonymes ou identifiées, qui, en Algérie ou en France métropolitaine, avant leur entrée dans l’âge adulte, ont été marquées à vie, dans leur chair ou dans leur histoire familiale, par les crimes et actes de terreur perpétrés par cette organisation en état de belligérance durant les deux dernières années de la guerre d’Algérie.

Jean-François Gavoury

Le Monde
Publié le 19 janvier 1962 à 00h00

Des rapatriés d’Algérie, des personnalités politiques un juge d’instruction ont été notamment visés

Dix-sept attentats ont été commis dans la nuit de mercredi à jeudi, à Paris et en banlieue, par les activistes de l’O.A.S., au domicile de personnalités très diverses : des militants de gauche, deux parlementaires U.N.R., un juge d’instruction, plusieurs rapatriés d’Algérie, deux inculpés dans des affaires de soutien au F.L.N. Dans plusieurs cas on ne sait quel locataire était visé.

Dans le 2e arrondissement

• RUE MONTMARTRE :

Une charge a explosé au 160, rue Montmartre. Des portes et des fenêtres ont été arrachées et une partie de l’escalier détruite. On ignore qui visaient les terroristes.

Dans le 7e arrondissement

• BOULEVARD DE LATOUR-MAUBOURG : devant la librairie des Dominicains.

Une charge de plastic a été déposée devant la porte de la librairie du Cerf, 29, boulevard de Latour-Maubourg.

L’explosion a brisé les vitrines de deux devantures et causé des dégâts à l’intérieur de la librairie, qui appartient aux dominicains et qui est dirigée par le R.P. Boisselot. Dans son dernier numéro la revue éditée par le Cerf écrivait, sous le titre « En revenant de la Bastille » :

« L’entreprise de perversion et de lâche violence dont le but avoué est de renverser le régime place ses bombes impunément. Le gouvernement manque de policiers pour arrêter les auteurs de ces attentats et les mettre hors d’état de nuire, mais il en trouve par dizaine de milliers à jeter contre ceux qui, un soir, veulent, pour l’aider, clamer leur dégoût contre les mœurs et les buts de l’O.A.S. »

• RUE DE BABYLONE.

Une charge a explosé dans l’immeuble situé 11, rue de Babylone. Les dégâts matériels ne sont pas très importants. On ignore quelle personne les terroristes visaient, peut-être un médecin, le spécialiste de l’accouchement sans douleur.

Dans le 10e arrondissement

• QUAI DE JEMMAPES : chez une famille musulmane.

Un engin a explosé au 10, quai de Jemmapes, devant l’appartement d’une famille musulmane arrivée récemment d’Afrique du Nord. Les dégâts matériels sont importants mais il n’y a pas eu de victime.

Dans le 12e arrondissement

• AVENUE DU BEL-AIR : chez M. Théret, juge d’instruction.

Une très forte charge de plastic a explosé sur le palier du troisième étage du n° 1, avenue du Bel-Air, devant la porte de l’appartement de M. Henri Théret, juge d’instruction. Son appartement et l’appartement voisin ont été ravagés par la déflagration, tandis que les dix autres ont subi des dégâts plus ou moins importants. La plupart des portes ont été soufflées et la cage d’escalier a été sérieusement endommagée.
[…]

PS : À noter également l’émouvant témoignage de Mme Janine Léger, intitulé La Petite, publié en décembre 2020 chez « Flam Arts et Jardins », maison d’édition à Sète : l’auteure y évoque l’attentat dans lequel son père, M. Henri Mohamed Yessad, chef de division à la préfecture de Mostaganem, capitaine de réserve de l’Armée de l’Air, a trouvé la mort en se rendant à son lieu de travail le 12 mai 1962.

[1] cf. relevé d’activité de l’ANPROMEVO établi au titre de l’année 2020 (rubrique « 25 JUILLET 2020 »).


16 MARS 2021

Jean-François Gavoury rend compte, par courriel adressé aux adhérents et amis de l’ANPROMEVO, du déroulement de la cérémonie à laquelle il a eu la chance de pouvoir assister la veille, au siège du ministère chargé de la fonction publique en hommage aux six inspecteurs de l’Éducation nationale que l’OAS a assassinés trois jours avant la signature des Accords de cessez-le-feu en Algérie.

16 mars 2021

Hommage aux six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés par l’OAS le 15 mars 1962 sur leur lieu de travail à Alger

*

Cérémonie commémorative le 15 mars 2021, de 9h00 à 9h30, au siège du ministère de la transformation et de la fonction publiques 101 rue de Grenelle à Paris-7è.

*

Compte rendu

L’hommage rituel à Max Marchand, Mouloud Feraoun, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutene et Salah Ould Aoudia s’est déroulé le lundi 15 mars 2021, de 9h00 à 9h30, devant la plaque commémorative qui leur est dédiée au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Rothelin-Charolais, siège actuel du cabinet de la ministre de la transformation et de la fonction publiques, 101 rue de Grenelle à Paris-7è.

N’ont pu y prendre part, aux côtés de M. Pierrick Perrot, chef du cabinet de la ministre Amélie de Montchalin, que quatre personnes représentant Le Souvenir Français (M. Serge Barcellini, Président général), l’association Marchand-Feraoun (MM. Jean-Philippe Ould Aoudia et Michel Lambart, Président et Vice-président) et l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (M. Jean-François Gavoury, Président)

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Le contrôleur général des armées Serge Barcellini a rappelé que la réconciliation entre la France et l’Algérie, souhaitée par le Président de la République, avait donné lieu à plusieurs gestes d’apaisement mémoriel successifs[1]. Il a estimé qu’à ces initiatives il importait d’ajouter, en 2022, des actes de réconciliation de la France avec elle-même, visant par exemple les harkis ainsi que ces victimes de l’OAS que furent les six dirigeants des centres sociaux éducatifs : des victimes en hommage auxquelles le ministre Lucien Paye avait prévu l’observation, le lundi 19 mars 1962, dans l’ensemble des établissements d’enseignement, en France comme en Algérie, d’une minute de silence, objet de quelques refus de participation, comme dans le cas de Samuel Paty le lundi 2 novembre dernier.

La teneur du propos de Jean-François Gavoury est reproduite ci-après dans son intégralité :

Monsieur le Chef de cabinet[2],

Monsieur le Président général du Souvenir Français,

Monsieur le Président et Monsieur le Vice-président de l’association Marchand-Feraoun,

Nous voici réunis, sous l’égide et dans les locaux du ministère en charge de la Fonction publique, pour un hommage à six serviteurs de l’État conjointement « assassinés dans l’exercice de leurs fonctions le 15 mars 1962 à Alger, victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France »

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Inscription dédicatoire certes élogieuse, mais dont les termes recèlent le mystère – pour ne pas dire « le secret » – d’un assassinat sous X.

La guerre d’Algérie a pour caractéristique de ne pas nommer les belligérants alors même que certains d’entre eux se font des titres de gloire des tueries auxquelles il se sont livrés.

Tel est le cas de l’OAS, dont les anciens membres clament haut et fort leur absence de tout remords et érigent même en héros ceux des leurs qui ont été condamnés à mort par la justice française et exécutés à raison du nombre ou de la gravité de leurs forfaits.

Ici même, règne le silence. Et je doute que les personnalités entrant dans la salle Marchand-Feraoun soient toutes en capacité de mentionner à qui ce crime collectif a été imputé et si ses auteurs ont fait ou non l’objet de poursuites pénales.

Ni l’histoire ni la mémoire ne peuvent trouver leur compte dans cette discrétion, non plus que les familles de ces six martyrs ayant eu à supporter l’épreuve de l’impunité tant des bourreaux que de leurs complices.

Ainsi va la guerre d’Algérie, paradoxale entre toutes !

Rappelons que le statut de « Mort pour la France » – dont chacun(e) ici souhaite qu’il bénéficie enfin à Max Marchand, à Mouloud Feraoun, à Marcel Basset, à Robert Eymard, à Ali Hammoutène et à Salah Ould Aoudia – a pu être attribué à des victimes de ce conflit tombées en 1961 et 1962 sous les coups de belligérants appartenant à des camps opposés (partisans et adversaires de l’indépendance).

Continuer à considérer comme non éligibles à la qualité de « Mort pour la France » les victimes civiles de l’OAS – magistrats, élus, enseignants, fonctionnaires, membres de la société civile -, entretenir la discrimination entre elles et les représentants des forces de l’ordre (policiers, CRS) conduit à les installer dans une situation de victimes collatérales, alors même que l’OAS les avait ciblées.

Vous qui nous accueillez ce matin en cette maison de la transformation publique, aidez-nous.

Mobilisez l’interministérialité et la ressource associative afin d’œuvrer à la réalisation d’un défi en même temps que d’un devoir : qu’honneur posthume soit ENFIN rendu en tout premier lieu à six victimes d’officiers et sous-officiers dévoyés ayant sombré dans le déshonneur en s’attaquant, contre la volonté de la Nation, à un État démocratique dont ils avaient vocation à incarner la légitime autorité.

*

De son côté, M. Michel Lambart, au titre de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun, et de leurs Compagnons, a tenu à revenir sur la naissance de l’OAS il y a soixante ans et sur quelques assassinats et attentats ayant marqué le parcours des activistes de l’Algérie française jusqu’à l’été 1962.

*

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Au nom de la ministre de la transformation et de la fonction publiques, empêchée, M. Pierrick Perrot, chef de cabinet, en a lu le message, concluant ainsi les interventions :

« Le combat de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, c’est celui de nos agents publics qui s’engagent au quotidien au service de l’intérêt général.

« Contre les fanatismes, contre toutes les haines, notre devoir est d’honorer la mémoire de ces hommes et de ces femmes dévoués ; et cette phrase prend une tournure toute particulière quelques mois après l’assassinat barbare de Samuel Paty (vous l’avez évoqué, Monsieur Lambart), tué parce qu’il avait décidé d’incarner et de transmettre la Liberté.

« Le travail de mémoire, c’est un acte dans le temps, qui sera réservé aux historiens, c’est un engagement citoyen, chaque jour renouvelé, qui suppose de se pencher avec lucidité sur le passé pour mieux éclairer notre présent et mieux bâtir notre avenir.

« C’est en se souvenant, c’est en étudiant, c’est en commémorant que nous pourrons collectivement retrouver l’apaisement.

« Je remercie l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun, et de leurs Compagnons pour son humanisme, pour son infatigable action au service de leur mémoire. »

*

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Deux gerbes ont été déposées par les participants au pied de la plaque commémorative.

[1] Reconnaissance, en septembre 2018, au nom de la République française, de la torture infligée au mathématicien Maurice Audin par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile. Restitution à l’Algérie de 24 crânes de combattants algériens datant de la période coloniale et conservés par la France en son musée de l’Homme. Reconnaissance de l’assassinat par l’armée française, en 1957, de l’avocat Ali Boumendjel. Facilitation de l’accès aux archives classifiées liées à la guerre d’Algérie.
[2] … de la Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, empêchée.


19 MARS 2021

Jean-Philippe Ould Aoudia, président de l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et membre du conseil d’administration de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, représente les deux associations lors de la cérémonie commémorative de l’entrée en vigueur des Accords de cessez-le-feu.

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1ER AVRIL 2021

Décès dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2021, au Perray-en-Yvelines (Yvelines), à l’âge de 83 ans, de M. Bernard Roussel, adhérent de l’ANPROMEVO depuis le 12 février 2012.

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Spécialiste de la Réforme et éditeur scientifique de Calvin, Bernard Roussel était né le 3 août 1937 à Marseille, où son père, originaire de la Lorraine annexée, agrégé de grammaire en 1934, avait été nommé. Sa mère, elle-même enseignante, était issue d’une lignée d’instituteurs, libres penseurs et républicains militants.

Bachelier, Bernard Roussel entre à la faculté de théologie protestante de Strasbourg en 1954. En 1958, il obtient une bourse d’études aux Etats-Unis, qui le conduit pour un an à l’Eden Theological Seminary de Saint-Louis (Missouri) d’où il part, pendant ses congés, à la découverte en autocar du continent nord-américain.

Pasteur en Algérie

De retour en France, il est en 1959 nommé « pasteur proposant » (stagiaire) de l’Église réformée de France à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). En septembre 1960 – il vient de se marier -, il gagne l’Algérie, comme pasteur à Ménerville (aujourd’hui Thénia), puis à Hussein-Dey, dans la banlieue d’Alger : il restera durablement marqué par cette expérience humaine sur une terre déchirée par la guerre civile (cf. https://journals.openedition.org/emam/683#bodyftn55%20).

À partir d’octobre 1962, de retour à Strasbourg, Bernard Roussel, tout en travaillant à la formation pastorale, reprend son cursus en théologie, engagé dans un doctorat en sciences religieuses sous la direction du doyen François Wendel.

Sitôt soutenue sa thèse consacrée à « Martin Bucer, exégète de l’Epître aux Romains » (1970), il gagne Montpellier, chargé de cours à la Faculté libre de théologie protestante, tout en entreprenant une licence d’histoire à la Faculté des lettres de l’Université Paul-Valéry (1970-1973).

Suivent douze années, en qualité successivement de maître-assistant et de maître de conférences, d’abord à l’Institut d’histoire de la réformation de l’université de Genève (juin 1973 – septembre 1975), puis à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg (octobre 1975 – novembre 1985).

Directeur d’études au sein de la section des Sciences religieuses de l’École pratique des hautes études (« Histoire et théologie de la réforme » de novembre 1985 à septembre 1996, « Réformes et protestantismes dans l’Europe moderne » d’octobre 1996 à septembre 2002), Bernard Roussel a été l’auteur ou co-auteur selon le cas d’un nombre considérable de travaux et publications en lien avec ses domaines de recherches historiques privilégiés : écrits bibliques au XVIe siècle, sociologie des premiers protestantismes, rites et culture des Églises réformées dans le royaume de France au XVIe siècle.

Outre son appartenance à l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (dont il ne faisait pas mystère), il convient de mentionner que M. Bernard Roussel était membre du Comité de la Société de l’histoire du protestantisme français, de la Ligue des droits de l’Homme et de l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons.

Jean-François Gavoury fera l’annonce de cette disparition aux termes d’un courriel du 8 avril dont la teneur suit :

 

C O M M U N I Q U É

Adhérent de l’ANPROMEVO depuis neuf ans, M. Bernard Roussel s’est éteint au Perray-en-Yvelines dans la nuit du 31 mars au 1er avril.

Je l’ai appris hier, avec une tristesse à la hauteur de l’estime admirative que m’inspirait cette personnalité brillante, spécialiste de la Réforme.

Nous entretenions une correspondance régulière, liée, il y a quelque temps, à sa relation avec la famille de Charles Causse, vice-président du tribunal de grande instance d’Alger assassiné par l’OAS le 6 janvier 1962.

Les deux derniers courriels dont il m’a rendu destinataire sont les suivants :

De : ROUSSEL Bernard

À : ANPROMEVO

Envoyé : lundi 15 mars 2021 – 09:16

Avec les membres de l’Association que vous présidez, je n’oublie pas que nous sommes un 15 mars.

Avec mes sentiments les meilleurs,

Bernard Roussel

——————————-

De : ROUSSEL Bernard

À : Jean-François GAVOURY

Envoyé : mardi 23 février 2021 – 18h09

Cher Président,

Comme à Mr Jean-Philippe Ould Aoudia, je vous écris sur un mode décevant :

J’ai en effet mal vécu la fin de la période hivernale que nous avons traversée, et je me retrouve à nouveau très en retard et démuni face à des tâches “en attente”.

[X] n’a pas répondu à la lettre par laquelle je lui demandais de rédiger une page pour “Le Monde”.

Je ne le relancerai pas, ni personne d’autre.

Et je ne pense pas, dans l’immédiat, écrire à propos du rapport de B. Stora.

Je dois déjà venir à bout de ce qui est en cours sur ma table !

Soyez assuré que je reste un adhérent attentif à ce que vous nous écrivez, attentif mais inutile !

Je vous prie de m’en excuser.

J’espère que vous avez pu être vacciné, et délivré d’une inquiétude quant à l’épidémie ambiante.

Acceptez l’expression de mes sentiments respectueux et amicaux, et mes vœux pour votre santé,

Bernard Roussel

Je fais mienne – ô combien – la conclusion d’un hommage que lui a rendu, dès le 2 avril, le rédacteur en chef de la Revue d’histoire du protestantisme, M. Hubert Bost :

Pour toutes celles et tous ceux qui ont suivi son enseignement et fréquenté son œuvre Bernard était un grand savant. Pour certains d’entre nous, c’était aussi un ami d’une grande fidélité, attentif, exigeant, généreux. Nous mesurons avec gratitude le privilège de l’avoir rencontré.

Jean-François Gavoury


4 AVRIL 2021

Pour leur information, Jean-François Gavoury met à la disposition des adhérents de l’ANPROMEVO un échange de courriels ayant pour origine la commémoration de l’assassinat de Camille Blanc tombé au service la Ville d’Évian le 31 mars 1961, cité à l’Ordre de la Nation.

Cher Monsieur,

Il y a dix ans, j’étais présent à la cérémonie évianaise d’hommage à la mémoire de votre père.

Je regrette de n’avoir pu prendre part à celle organisée mercredi dernier : […] les circonstances ne se prêtaient pas […] à un déplacement depuis la région parisienne.

J’ai eu plaisir à découvrir, sur la chaîne 8 Mont-Blanc, que la municipalité et les associations locales d’anciens combattants avaient su honorer dignement, en présence d’une assistance plutôt nombreuse, le souvenir de votre malheureux père.

Je vous sais gré d’avoir, lors de votre interview, souligné la volonté de tuer qui avait inspiré l’attentat dont M. Camille Blanc avait été la cible le 31 mars 1961.

Je profite de ce message pour vous assurer de ma fidèle sympathie.

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De : Daniel Blanc
À : J-F Gavoury
Envoyé : dimanche 4 avril 2021 – 19h22
Objet : Hommage à la mémoire de M. Camille Blanc le 31 mars 2021.

Monsieur Gavoury,
Je vous remercie pour votre message de sympathie (et photo jointe) à l’occasion de la cérémonie d’hommage à la mémoire de mon père le 31 mars 2021 et à laquelle vous n’avez pu assister.
[…]
Cordialement,
Daniel Blanc


9 AVRIL 2021

Publication dans Le Monde d’un article (reportage) consacré aux Français d’Algérie ayant migré vers le Canada.

AU CANADA, LES PIEDS-NOIRS D’ALGERIE RECONNAISSANTS

par Hélène Jouan

(Publié le 9 avril 2021 à 16h00 – Mis à jour le 10 avril 2021 à 05h47)

 GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Après avoir quitté l’ancienne colonie française au moment de l’indépendance, en juillet 1962, ils sont venus tenter leur chance dans le nord de l’Amérique. Avec bonheur pour la majorité d’entre eux, et des blessures non cicatrisées pour quelques-uns.

De la traversée à bord du paquebot Franconia, parti du Havre le 6 août 1963 pour rejoindre Québec huit jours plus tard, Gérard Fuentes se souvient des ravissantes Américaines qui ont égayé son voyage. Du brouillard à l’arrivée au petit matin, ­voilant l’imposant Hôtel Château Frontenac, qui domine la ville. De la glissade sur le pont humide au moment d’apercevoir, sur le débarcadère, ses sœurs arrivées en éclaireuses un an auparavant au Canada, « ce pays d’avenir », lui avaient-elles écrit.

Le jeune homme a 20 ans quand il pose un pied en terre québécoise. Posté sous son drapeau canadien, un douanier lui lance : « Vous êtes chanceux, mon ami. ». Son visa d’entrée sur le territoire expire en effet le lendemain. « Chanceux ? C’était la première fois que j’entendais cela depuis longtemps », s’amuse aujourd’hui ce septuagénaire au physique méditerranéen. Chanceux, lui qui a fui Mascara, au sud-est d’Oran, devenue terre familiale depuis que ses grands-parents s’y étaient installés en 1904 pour échapper à la misère de leur Andalousie natale ? Il y a vu certains de ses copains assassinés à quelques jours de l’indépendance de l’Algérie, en juillet 1962. Chanceux, lui qui s’est fait traiter de « colon » en France et s’est vu contraint de reprendre le chemin de l’exil ?

De stagiaire à la direction de cinq restaurants

Le paysage autour de son chalet, à une petite heure de route de Montréal, a tout d’une carte postale de l’hiver canadien. Devant son salon s’étend l’immense étendue blanche de la rivière des Outaouais, brouillée par quelques flocons soufflés par le vent. Il n’y a que le bleu du ciel pour lui rappeler sa lointaine Méditerranée. Les après-midi clairs, il observe de sa longue-vue le ballet des canards, rapaces et chardonnerets qu’il a appris à ciseler. Depuis sa retraite, Gérard Fuentes est devenu un maître sculpteur sur bois réputé au Québec.

« J’ai fait le bon move. Le gars qui vient ici, s’il a du cœur au ventre, sky is the limit. » Gérard Fuentes, arrivé au Canada en 1963

« La chaleur, les fruits, le vin à 16 degrés que je buvais en Algérie me manquent », reconnaît-il au milieu de ce paysage blanc de février. Mais il raconte surtout comment l’augure du douanier s’est réalisé, la chance qu’a constituée sa nouvelle vie canadienne. Volubile, il évoque les premières soirées au café Chez Loulou les bacchantes, à Montréal, où il a retrouvé quelques copains de Mascara, son mariage avec Maryvonne, pied-noire arrivée seule d’Alger en 1964, et la famille qui s’agrandit. Les petits boulots qui s’enchaînent à peine débarqué du bateau, coiffeur pour dames, vendeur de chaussures ou livreur de pizzas et, enfin, l’ascension professionnelle au sein de la chaîne de fast-food McDonald’s. Il y débute stagiaire et finit par diriger cinq restaurants.

Arrivé au Canada à 20 ans, il a fait carrière chez McDonalds. Depuis sa retraite, il est devenu un sculpteur sur bois réputé. GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

« J’ai fait le bon move. Le gars qui vient ici, s’il a du cœur au ventre, sky is the limit », raconte-t-il avec un soupçon d’accent pied-noir dans cette langue québécoise qui ne dédaigne pas les anglicismes. Gérard Fuentes a si bien « adopté » sa nouvelle terre que lui, l’ancien sympathisant de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), s’est rapproché du Parti québécois, indépendantiste. Mais son engagement contre les « colons anglophones » est une lutte toute pacifique : « Le Canada m’a calmé. ». À sa femme, en fin de vie il y a quelques années, il a murmuré : « Nous sommes partis d’un pays en guerre et regarde ce que nous avons construit. »

Tout le monde vient d’ailleurs

Combien sont-ils ces Français à avoir fui l’Algérie puis quitté la France, pour tenter leur chance dans cette ancienne colonie française d’Amérique du Nord, la Nouvelle-France ? « Douze mille », selon le journaliste du Monde Léo Palacio, qui effectua, en janvier 1966, la traversée avec quelques-uns de ces « orphelins du soleil en route vers le pays de Maria Chapdelaine ». « Un chiffre certainement surévalué », affirme l’historien Pierre Anctil, spécialiste de l’histoire de l’immigration au Canada. « Rien ne nous permettait à l’époque de distinguer un Français en provenance d’Algérie d’un Français de France, explique-t-il. Et, après leur arrivée, ces rapatriés se sont tellement intégrés à la population francophone qu’il est impossible d’évaluer l’ampleur de leur communauté. ». Plus rien en effet ne les distingue de ces millions d’autres immigrants qui ont construit la nation canadienne.

Alors que l’Algérie est indépendante depuis bientôt soixante ans et que la mémoire de la guerre provoque toujours passions et frictions de part et d’autre de la Méditerranée, ces Français doublement exilés semblent avoir laissé loin derrière eux tout ressentiment. Ils étaient des « Français d’Algérie », ils sont désormais des Canadiens à part entière. « Ici, tout le monde vient d’ailleurs, témoignent Pierrette et André Leverone, arrivés en mai 1962. Contrairement à la France, ce pays est habitué à intégrer toutes les races et toutes les nationalités. Alors nous nous sommes fondus, comme tout le monde. » Tellement intégrés, qu’ils sont surpris de l’intérêt qu’on peut porter à leurs origines franco-algériennes.

Vierges de l’accusation de « colons »

En traversant l’Atlantique, ils ont perdu jusqu’à l’appellation qui faisait d’eux une communauté. L’expression « pied-noir » ne dit rien à personne en terre canadienne. Elle est ici réservée à une tribu autochtone des grandes plaines de l’Alberta ou aux anciens travailleurs des carrières de pierres. A l’époque, la plus célèbre des chansons québécoises, Quand les hommes vivront d’amour (1956), rendait hommage à la souffrance du peuple algérien.

Quelques intellectuels engagés dans le combat pour un Québec libre faisaient également le lien entre le soulèvement anticolonial algérien et leurs propres aspirations indépendantistes. Mais, vu de Québec ou de Montréal, le continent africain était loin, l’histoire de la France coloniale plus encore. Vierges de l’accusation de « colons » qui les poursuivait en France, protégés par une certaine indifférence, les nouveaux arrivants ont débarqué au Canada avec le seul poids de leur histoire personnelle.

« Nous, les pieds-noirs, sommes tous des enfants d’immigrants. Nous pouvons nous reconstruire n’importe où. » Frédéric Mariage, le major général invité à la table de la Reine Elizabeth II

La destination canadienne a souvent relevé davantage d’une ligne de fuite que d’un choix mûrement réfléchi. Le Mascarien André Leverone se souvient que c’est une publicité vantant l’installation au pays à la feuille d’érable, aperçue dans une librairie en Algérie, qui l’a décidé. « J’ai eu un flash, raconte-t-il. Je savais que nous étions indésirables en France. Alors, ma femme et moi, nous nous sommes un peu renseignés, sur la température surtout, et puis on a décidé d’avancer. Quelques mois après notre arrivée, j’ai d’ailleurs entendu le maire de Marseille de l’époque, Gaston Defferre, suggérer que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs… »

Le temps d’obtenir un visa, d’acheter un aller simple sur un paquebot de la compagnie Cunard et le couple refaisait son baluchon. Tous ont gardé intactes les premières images de ce pays « de loups et d’ours ». Les gratte-ciel émergeant au-dessus du port de Montréal, les grandes artères, les énormes voitures, les sirènes de police : « C’est l’Amérique », se souviennent-ils avoir pensé avec émotion.

Aucune nostalgie de « déraciné »

Originaire de Bône, aujourd’hui Annaba, dans le nord-est de l’Algérie, où son père, jeune polytechnicien, était venu monter une petite entreprise au lendemain de la première guerre mondiale, Frédéric Mariage, 79 ans, incarne, à lui seul, le rêve américain. Son parcours exemplaire en terre canadienne lui a valu de recevoir un Pied-Noir d’or en 1987. Une distinction remise lors du rassemblement des quelque 60.000 rapatriés à Nice pour le 25e anniversaire de leur départ d’Algérie. La presse française s’est extasiée sur « ce pied-noir à l’accent du fleuve Saint-Laurent, devenu major général des Forces armées canadiennes de réserve, invité à la table de la reine Elizabeth II, en même temps qu’il a pris la tête d’une des premières compagnies forestières du Canada, la MacMillan Bloedel Limited ».

Frédéric Mariage a dirigé une des premières compagnies forestières du Canada.

Aujourd’hui retraité, il met modestement sa réussite sur le compte de ses racines, convaincu que la « foi du pionnier » fait partie de ses gènes. « Nous, les pieds-noirs, sommes tous des enfants d’immigrants, explique-t-il. Nous pouvons nous reconstruire n’importe où. Mais il a été plus simple de le faire au Canada, où seule compte la performance de chacun, que dans la France ankylosée de l’époque. »

Arrivé par avion à Montréal en 1965, avec sa femme et sa fillette de 6 mois, il loue la générosité des Canadiens. Il se souvient de l’employé du service de l’immigration qui prenait sur son temps personnel, le soir, pour l’aider à trouver un logement, puis un emploi. Il s’émeut de toutes ces amitiés nouées avec des Québécois « pure souche », qui l’ont initié au fil des ans aux particularismes québécois de la langue française : « chum » pour dire « copain », « il fait frette » quand il gèle à pierre fendre. Il pense à ceux qui l’ont embarqué dans leurs balades en motoneige autour des lacs et à qui il a fait découvrir en retour le plaisir de partager un méchoui et du rosé, même par – 25° C.

« Mon pays, c’est le pays où je vis », se réjouit celui qui n’éprouve aucune nostalgie du « déraciné ». À ses enfants et petits-enfants, tous canadiens, il ne laissera de l’Algérie qu’une petite bille de calcaire ronde, extraite de la carrière de pierres exploitée par son père, et un livret écrit par ses soins pour retracer sa vie.

Découvrir le pays avec « Titine la duchesse »

Plus canadien que les Canadiens, les Deltell ont voulu faire, dès leur arrivée, « comme s’ils étaient nés ici ». Leurs propres aïeux, d’origines italienne, espagnole et alsacienne, étaient installés, pour certains, depuis plus d’un siècle dans la région d’Alger. Mais, en 1958, le couple sera parmi les premiers à traverser l’Atlantique. Guy et Paule Deltell, 98 et 97 ans, aujourd’hui résidents dans une coquette maison de retraite de Québec, n’ont que reconnaissance pour ce pays « où tout a été possible ».

Reparti de zéro, l’ancien vendeur de machines à écrire Japy à Alger est devenu un vendeur émérite au Québec pour une grande marque de bijoux. Le couple a élevé ses trois garçons pour en faire de parfaits citoyens de leur nouveau pays, leur enseignant l’hymne national canadien avant La Marseillaise. Preuve s’il en est de leur intégration réussie, un de leur fils, Gérard Deltell, a été élu député conservateur à la Chambre des Communes, à Ottawa, en 2015. « Tombés en amour » pour ces paysages si différents de leur Algérois natal, Guy et Paule Deltell ont sillonné la contrée à bord de la caravane familiale, surnommée « Titine la duchesse », jusqu’à faire de ce pays le leur.

Guy et Paule Deltell, 98 et 97 ans, ont traversé l’Atlantique dès 1958 et n’ont que reconnaissance pour le pays « où tout a été possible ».

Les premiers contacts constituèrent pourtant un choc. Le couple se souvient des icebergs doublant leur paquebot avant son entrée dans le fleuve Saint-Laurent et des premières sorties, la famille frigorifiée avec le chauffage à fond dans sa voiture, elle qui, à Alger, ne roulait que vitres ouvertes. Ce qui reste de leur vie « d’avant » tient dans une petite valise de cuir marron. Tels des enfants malicieux s’apprêtant à plonger dans leur malle magique, ils ont les yeux qui brillent au moment de dévoiler leurs trésors. Mais les charnières piquées par la rouille résistent. « L’humidité de la Méditerranée » s’amuse Paule Deltell. Cette Méditerranée dont elle affirme qu’après plusieurs mois au Canada, elle sentait encore l’odeur.

Les souvenirs d’Algérie de Guy et Paule Deltell tiennent dans une valise de cuir marron.

Ils exhument un à un les souvenirs réunis à la hâte, quand ils ont décidé que « là-bas, ce n’était plus vivable ». Une bombe avait explosé dans le bar au-dessus duquel ils vivaient dans le quartier de Belcourt, à Alger. Le temps de céder leurs meubles à moitié prix, de cacher les petites économies sous les vêtements du nouveau-né, et les voilà à bord de l’Arosa Star, prêts à entamer leur nouvelle vie, « ne laissant que nos tombes derrière nous ».

Du vieux bagage usé, ils sortent un à un les diplômes jaunis de leurs parents frappés du sceau de la République française, une photo sépia de leur mariage à l’église Saint-Bonaventure d’Alger, les papiers militaires de Guy, engagé volontaire à 18 ans pour défendre la France pendant la seconde guerre mondiale et revenu couvert de médailles, le certificat d’études primaires décerné à Paule en 1936. « Avec la mention bien », fait remarquer la vieille dame, rosissante de fierté.

« Mon pays m’a foutu dehors »

Mais les exilés d’Algérie au Canada ne sont pas tous parvenus à enfouir leur vie « d’avant » dans une simple valise. L’histoire algérienne de la famille Rodriguez commence en 1863, lorsque Domenico, à peine lettré, quitte son île italienne d’Ischia, pour venir trouver du travail dans cette terre pleine de promesses que représente alors ce tout nouveau département français. Son fils, employé à l’entreprise Électricité et Gaz d’Algérie, y a fondé à son tour sa propre famille, mais son petit-fils a dû affronter la douloureuse expérience de refermer cette parenthèse algérienne.

Gérard Rodriguez, 12 ans à l’époque, a subi un double traumatisme : celui de se voir arraché à son pays après des mois de tensions qui marqueront son âme d’enfant – une cousine déchiquetée par une bombe, une course-poursuite dans la montagne pour échapper aux fellagas – et celui de se voir rejeté par la France. « Mon père avait combattu pour la France pendant la seconde guerre mondiale, mon grand-oncle était revenu de la guerre de 14-18 avec une jambe de bois, moi j’apprenais en classe l’altitude du mont Ventoux, et non celle du massif de Sidi Djemil où je gambadais tous les jours, et j’étais fier d’être Français, raconte l’homme, âgé aujourd’hui de 72 ans. Mais mon pays m’a foutu dehors. ».

Gérard Rodriguez, dans le parc Isaac-Rawas, à Sainte-Thérèse (Québec), le 9 mars. « J’ai tout fait pour être canadien, mais je ne reconnais ni les odeurs ni les bruits. Mes racines seront toujours ailleurs », dit-il. GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Ballotté avec sa famille de maisons insalubres en HLM à travers la France dès l’été 1962, contraint de voler pour manger à sa faim, relégué au fond de la salle de classe sous les moqueries de ses camarades, le garçonnet voit en plus ses parents s’effondrer. Prostré dans ses souvenirs, son père cesse de parler.

Un soir de découragement, sa mère s’enivre sous le regard de ses enfants. Ivre de honte et de rage, furieux d’être traité « d’exploiteur d’Arabes », quand ses propres patrons français le font trimer comme jeune apprenti pour trois francs, six sous, Gérard Rodriguez décide, en 1976, d’emprunter une deuxième fois le chemin de l’exil. « Si j’étais resté en France, j’aurais tué quelqu’un », avoue-t-il. Trois ans plus tard, il obtient la nationalité canadienne. « Depuis ce jour, j’ai renié en moi tout ce qui était français. »

Aucun paysage canadien, aucune rencontre, pas même sa propre réussite professionnelle – il est devenu un chef cuisinier réputé au Québec – ne sont parvenus à effacer chez lui les images du paradis perdu. Blessé par l’individualisme des Québécois, il se sent aussi seul ici qu’il s’est senti rejeté en France. « J’ai tout fait pour être canadien, soutient-il, mais je ne reconnais ici ni les odeurs ni les bruits. Mes racines seront toujours ailleurs. »


En attendant de reposer un jour dans sa terre natale, « pour enfin mettre un terme au cauchemar qui dure depuis des décennies et retrouver le sein de ma mère, l’Algérie », Gérard Rodriguez écrit des livres de souvenirs des jours heureux à Bône. Il tape aussi la belote avec ses amis, tous pieds-noirs comme lui, qu’il régale de ses délicieuses pâtisseries algériennes.

Dans le salon de son bel appartement de Sainte-Thérèse, au nord de l’île de Montréal, deux photos : un portrait du général Salan, l’un des généraux putschistes de 1961 et ancien chef de l’OAS, l’autre de Roger Degueldre, responsable des commandos Delta, le bras armé de l’OAS, condamné à mort en 1962. Gérard Rodriguez n’est pas seulement enfermé dans le pays de ses 12 ans, il l’est aussi dans sa colère. Colère face à la « trahison » française, celle du général de Gaulle, qu’il surnomme « Charlot ».

Vendus comme un vulgaire sac à patates

La seule évocation de l’homme des accords d’Évian, en 1962, cet homme que les pieds-noirs avaient plébiscité en 1958 pour leur avoir lancé, depuis le balcon du gouvernement général d’Alger, le fameux « je vous ai compris », a le don de raviver les blessures de ces rapatriés. « Il nous a vendus comme un vulgaire sac de patates », s’émeut le très mesuré Guy Deltell.

L’épouse de Gérard Fuentes a même troqué son prénom, Yvonne, pour celui de Maryvonne, afin de ne pas subir l’outrage de se prénommer comme la femme du Général ! Quant aux « gestes d’apaisement » entre la France et l’Algérie, que recommande l’historien Benjamin Stora dans un rapport remis le 20 janvier à Emmanuel Macron, ils ne suscitent, eux aussi, qu’irritation. « Si la France devait s’excuser auprès de l’Algérie, qu’elle commence par s’excuser auprès de tous ceux qui sont morts pour elle », s’agace Gérard Fuentes.

Les portraits des chefs de l’OAS, le général Salan et Roger Delgueldre, trônent en bonne place dans le salon de Gérard Rodriguez. GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE Les portraits des chefs de l’OAS, le général Salan et Roger Delgueldre, trônent en bonne place dans le salon de Gérard Rodriguez. GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Les portraits des chefs de l’OAS, le général Salan et Roger Delgueldre, trônent en bonne place dans le salon de Gérard Rodriguez. GUILLAUME SIMONEAU POUR M LE MAGAZINE DU MONDE


21 AVRIL 2021

Le jour même du soixantième anniversaire du putsch d’Alger, le président de l’ANPROMEVO adresse au cabinet du Président de la République ses observations concernant la représentation du chef de l’État, le 26 mars 2021 à Paris, lors d’une commémoration de la fusillade algéroise de la rue d’Isly :

à l’attention personnelle de Monsieur le Président de la République
c/o Monsieur Bruno Roger-Petit, Conseiller mémoire
Palais de l’Elysée
55 rue Faubourg Saint Honoré
75008 Paris

Chaville, 21 avril 2021.

Monsieur le Président de la République,

Les sites Internet du ministère des Armées et de l’office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG) ont gardé le silence sur un événement exceptionnel.

Pour leur part, l’ensemble des blogs de la mouvance OAS (anciens activistes, sympathisants, revanchards de l’Algérie française) l’ont annoncé en ces termes : « En mémoire des victimes de la fusillade rue d’Isly à Alger, vendredi 26 mars 2021, au Mémorial national de la guerre d’Algérie,
Mme Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants, déposera une gerbe du Président de la République lors de la cérémonie qui demeure associative ».

Ces mêmes sites ont rendu compte de cette commémoration, lui consacrant un reportage documenté (cf. http://popodoran.canalblog.com/archives/2021/03/24/38883741.html à titre d’exemple).

L’image de représentants des plus hautes institutions de la République aux côtés de personnes ayant répondu, le 26 mars 1962 après-midi, à un appel à manifester lancé le matin même par l’OAS est des plus malencontreuses :

► cet appel, par tract, se concluait par la formulation d’une volonté « de lutter jusqu’au bout contre l’oppression sanguinaire du pouvoir fasciste » et s’inscrivait dans la stratégie insurrectionnelle développée par l’OAS qui, après s’être opposée par la violence à l’application des Accords signés à Évian le 18 mars 1962, a poussé l’armée française à rompre le cessez-le-feu ;

► la cérémonie du quai Branly peut être regardée comme l’expression d’un désaveu des autorités civiles et militaires en charge, à l’époque, du maintien de l’ordre républicain et/ou une approbation de l’attitude de citoyennes et citoyens, Français d’Algérie, acquis au putsch organisé un an plus tôt ;

► l’initiative du 26 mars 2021 va largement au-delà des préconisations contenues dans le rapport que M. Benjamin Stora vous a remis il y a trois mois, intitulé Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie ;

► s’il existe de fait, côté algérien, « quelques résistances » au dessein d’une réconciliation mémorielle « très largement partagée » entre Alger et Paris, l’on peut également soutenir que, côté franco-français, perdurent d’insurmontables antagonismes mémoriels trouvant leur origine dans la radicalité d’un discours invariant des nostalgiques de l’Algérie française ainsi, hélas, que dans la partialité d’administrations centrales qui refusent avec constance d’admettre au bénéfice du statut de « Mort pour la France » des fonctionnaires de police victimes de l’OAS, illégalement privés de cette qualité (cf. Annexe – pages 6 et 7 – en pièce jointe).

Au nom de l’apaisement et du « en même temps », s’imposent désormais deux engagements prioritaires : la promesse de la régularisation pré-évoquée dans le délai maximal de cinq mois ; l‘annonce d’une représentation, au niveau sommital de l’État, à la cérémonie prévue le 6 octobre prochain, au cimetière parisien du Père-Lachaise, dans le cadre de la célébration du dixième anniversaire du dévoilement par le maire de la capitale, M. Bertrand Delanoë, de la première stèle dédiée par une collectivité publique à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France.

Dans l’attente d’une écoute enfin respectueuse du souvenir de celles et de ceux – civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires – tombés, sans pouvoir se relever, sous les coups de l’OAS, parce qu’ils respectaient les institutions et valeurs de la République,

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, […]

Jean-François Gavoury


26 AVRIL 2021

Par courriel adressé en copie aux présidents de groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat, Jean-François Gavoury appelle l’attention de M. Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire au Cabinet du Président de la République, sur une Tribune de généraux nostalgiques de l’OAS publiée dans un hebdomadaire le 21 avril 2021 :

Chaville, 26 avril 2021.

Monsieur le Conseiller,

Il y a tout juste soixante ans, était définitivement mis en échec le putsch militaire déclenché cinq jours plus tôt, au nom de l’Algérie française, par quatre généraux en retraite (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller).

Ils avaient pourtant reçu l’appui du 1er régiment étranger de parachutistes placé sous l’autorité du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, dont l’un des légionnaires, le 21 avril, avait assassiné d’une balle dans la nuque un maréchal des logis resté fidèle à la République (M. Pierre Brillant, en poste, non armé, aux abords d’un émetteur radio du Grand Alger, reconnu Mort pour la France).

Le loyalisme attendu de l’armée française à l’égard des institutions a été mis à mal à cette occasion : une épreuve qui se prolongera durablement avec l’entrée en clandestinité du général Salan et sa prise en main de l’OAS, responsable de quelque 2 700 morts en Algérie et en France.

Comment ne pas comparer à ce coup d’état militaire d’avril 1961 l’appel lancé le 21 avril 2021 par un quarteron de généraux à la retraite, prêts à s’engager activement dans l’éradication de l’islamisme, des antiracistes, des hordes de banlieue et autres encagoulés ?

Le soutien qu’une candidate confirmée à l’Élysée a apporté, dès le 23 avril, à ces vingt belliqueux montre que le Président de la République et le Gouvernement n’avaient politiquement rien à gagner en affichant leur représentante, il y a un mois jour pour jour, aux côtés des tenants d’une mouvance OAS qui, soixante ans après, reste mobilisée, influente et gravement menaçante.

L’État républicain ne pourra se prévaloir de la qualité d’acteur de mémoire impartial qu’en mettant enfin à l’honneur celles et ceux qui l’ont servi au péril de leur propre vie et au sacrifice de celle de leur famille : il s’agit, en effet, des seules victimes oubliées de la guerre d’Algérie, injustement – et parfois illégalement – privées de tout droit à reconnaissance.

Telle est la résolution dont l’annonce est attendue, dans le cadre des questions au Gouvernement, si, comme je l’espère, au moins un président de groupe parlementaire veut bien se saisir de cette affaire fortement médiatisée.

En toute hypothèse, restera à envisager la mise en œuvre de poursuites, les unes disciplinaires à l’encontre des signataires du manifeste en cause, les autres pénales à l’encontre de l’hebdomadaire qui s’en est fait le porte-parole.

Je vous prie de bien vouloir accepter, Monsieur le conseiller, l’expression de ma parfaite considération.

Jean-François Gavoury


1ER MAI 2021

C’est à titre personnel que Jean-François Gavoury s’adresse à nouveau au Président de la République depuis le site Internet de l’Élysée (cf. encadré infra).

La proposition qui lui est soumise ne tend pas à obtenir un geste compensatoire ou de réparation de l’erreur ayant consisté à honorer le souvenir d’alliés objectifs de l’OAS sans s’être jamais soucié des quelque 2 700 victimes de cette partie belligérante dans le conflit entre la France et l’Algérie.

Il s’agit, en effet, d’une demande positive visant à ce que soit posé un acte ayant valeur de symbole d’un sursaut mémoriel, dirigé vers les serviteurs loyaux des institutions de la République à l’époque où celle-ci vacillait.

Bien entendu, l’intervention entend également montrer à Monsieur Emmanuel Macron l’état de vigilance et le niveau d’exigence des familles de victimes de l’OAS au regard du respect de la pluralité dans la gestion de la politique publique de mémoire concernant la guerre d’Algérie.

Pour l’honneur retrouvé de l’État face aux nostalgiques du putsch d’Alger.

Chaville, 1er mai 2021 (11h50).

Monsieur le Président de la République,

Dans le cadre d’une cérémonie associative encadrée par des partisans du putsch des généraux et d’anciens jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, Madame la ministre Geneviève Darrieussecq a déposé en votre nom, le vendredi 26 mars, une gerbe de fleurs devant le Mémorial national des « Morts pour la France » en AFN, quai Branly à Paris.

Dans le prolongement immédiat de ce geste en leur direction, un ancien officier de gendarmerie ayant appartenu au « SO » du Front national et un général radié des cadres de l’armée à titre disciplinaire par décret du 23 août 2016 se sont attelés à la rédaction d’un pronunciamiento, puis à la recherche de soutiens y compris parmi les militaires d’active, et ils ont fait publier leur texte dans un hebdomadaire le jour même du 60e anniversaire du putsch d’Alger le 21 avril 1961.

Dans l’exercice de ses fonctions à la tête des services de maintien de l’ordre républicain dans le Grand Alger, mon père, Roger Gavoury, commissaire central adjoint puis commissaire central, a dirigé la lutte contre l’OAS, dont il a été la première victime dans les rangs de l’État, le 31 mai 1961 : il a été cité à l’ordre de la Nation et la mention « Mort pour la France » a été apposée sur son acte de décès. Trois des dix participants à son assassinat ont été condamnés à mort et exécutés.

Il me paraît y avoir lieu de lever toute ambiguïté sur le sens à donner à votre contribution à la commémoration de la manifestation algéroise du 26 mars 1962 intervenue sur appel de l’OAS à l’insurrection ; il importe également d’exprimer votre désapprobation à l’égard de ceux qui, aujourd’hui, déshonorent la République en rompant ce pacte de neutralité et de loyauté auquel ils sont légalement tenus.

C’est dans cette double perspective que je vous propose de bien vouloir vous recueillir avec moi, le 31 mai, devant la première stèle érigée par une collectivité publique « EN HOMMAGE À TOUTES LES VICTIMES DE L’OAS EN ALGÉRIE ET EN FRANCE, CIVILS, MILITAIRES, ÉLUS, MAGISTRATS, FONCTIONNAIRES, DÉFENSEURS DES INSTITUTIONS ET DES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE » : elle a été dévoilée le 6 octobre 2011, au cimetière du Père-Lachaise, par M. Bertrand Delanoë, alors maire de la capitale.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de ma très haute considération.

Jean-François Gavoury
Pupille de la Nation
Orphelin de guerre
Officier ONM
Médaille d’honneur de la police nationale


1ER MAI 2021

Le Président de l’ANPROMEVO adresse le courriel suivant aux adhérents de l’association :

L’un des nôtres, Bernard Richard, me propose de partager avec vous des liens vous permettant d’accéder au fruit de son patient travail de réalisateur mené conjointement avec Robi Morder, politologue, durant quelque neuf années.

Il s’agit d’un recueil de témoignages filmés de Mohammed Harbi, ancien membre du FLN, historien de l’Algérie.

Le sommaire […] composé de 23 entretiens d’une durée variant de 54 minutes à 2 heures 17 minutes (soit 38 heures au total), figure en pièce jointe sous format pdf : il suffit, à l’intérieur, de cliquer sur le titre de l’entretien pour accéder à la vidéo correspondante [cf. https://www.syllepse.net/syllepse_images/mohamed-harbi–me–moires-filme–s–sommaire.pdf]

D’ores et déjà, la presse algérienne a réagi, s’intéressant plus particulièrement à l’entretien n° 7 intitulé « DE LA GUERRE FLN-MNA À LA LIQUIDATION DE ABBANE RAMDANE »

Cf. : https://www.lematindalgerie.com/mohammed-harbi-memoires-filmes

Pour information complémentaire sur le sujet, un billet de blog sur Mediapart accessible via le lien suivant :

Cf. https://blogs.mediapart.fr/robi-morder/blog/300421/mohammed-harbi-memoires-filmes

Une présentation en live est prévue samedi prochain (8 mai) à 15h00, sur « You Tube ». Accès via le lien[1] suivant : https://www.youtube.com/watch?v=JKivQxpyoBs

À noter ce que dit Mohammed Harbi, en substance, à propos des putschistes de 1961 et de l’OAS :

1 – Ils nous ont bien aidés en rompant l’unité de l’armée et de l’État français : de Gaulle a été ainsi acculé à une négociation rapide par crainte de perdre le pouvoir.

2 – Ils se sont tiré une balle dans le pied en terrifiant les pieds-noirs par leur politique de la terre brûlée et leurs attentats aveugles : les pieds-noirs, redoutant des représailles, ont fui alors que l’OAS et les putschistes souhaitaient les retenir et obtenir une partition.

3 – Ils ont ruiné les accords d’Évian – très néocolonialistes – qui entravaient gravement le nouvel État.

[1] aujourd’hui inactif.


12 MAI 2021

Par courriel dont le contenu est reproduit ci-après, l’ANPROMEVO rend hommage à la mémoire de Mohamed (dit Henri) YESSAD, chef de division à la préfecture de Mostaganem, assassiné dans l’exercice de ses fonctions par l’OAS.

Chère Madame,
Cher Monsieur,

Ce 12 mai, l’ANPROMEVO entend rendre hommage à une bien singulière victime de l’OAS, assassinée il y a exactement cinquante-neuf ans : assassinée par erreur selon les auteurs de ce forfait inexpiable dont les commanditaires ou auteurs ont – comble d’abjection ! – cru devoir adresser, après coup, une lettre d’excuses à la famille.

Je laisse la parole à Madame Janine Yessad Léger, qui a bien voulu partager avec l’association un extrait de l’ouvrage qu’elle a consacré à cet événement survenu alors que l’OAS mettait en œuvre la politique de la terre brûlée à la suite de l’entrée en vigueur, le 19 mars, du cessez-le-feu en Algérie.

Dans le prolongement de ce témoignage filial, l’auteure livre ses réflexions et interrogations sur l’administration des fonds d’archives concernant la guerre d’Algérie (localisation, accessibilité, contenu).

Bien cordialement,

Jean-François Gavoury

——– Message d’origine ——–

De : Léger Janine
Date : 12/05/2021 – 14h38.
À : Jean-François Gavoury, ANPROMEVO

MOSTAGANEM, 12 MAI 1962.

« Ce 12 mai 1962, alertée par le bruit d’une rafale de mitraillette alors que mon père vient de quitter l’appartement pour se rendre à la préfecture, ma mère se penche à la fenêtre. Apercevant la voiture qui glisse lentement vers le trottoir, elle comprend qu’il vient de se passer quelque chose et se précipite dans les escaliers. Des voisins, accourus en même temps qu’elle, l’empêchent de sortir de l’immeuble. La sirène de l’ambulance retentit, ma mère crie. Elle ne reverra pas son mari vivant.

Peu de temps après, une lettre d’excuse (sic), émanant de l’OAS, arrivera à la maison.

Mon père aurait été tué par erreur, confondu avec un voisin qui possédait une voiture de même marque et de même couleur – une « P 60 » crème avec le toit rouge -, un fonctionnaire de la préfecture lui aussi, dont nous avons appris qu’il avait déménagé à la cloche de bois dans la nuit qui a suivi. Version confirmée par le Commissaire de police résidant dans l’immeuble.

Mes frères racontent également que des groupuscules incontrôlés de l’OAS enrôlaient et armaient des gamins de quinze ou seize ans pour éliminer, avant de quitter le pays, tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à un intellectuel susceptible de participer à l’émergence d’une Algérie toute neuve et indépendante. Ils appelaient ça la politique de la terre brûlée.

C’est comme ça que mon père est mort.

Lorsqu’il avait été appelé sous les drapeaux pour s’acquitter de ses obligations militaires, l’adjudant-chef chargé de recevoir la bleusaille avait trié tous ceux qui, comme lui, portaient un patronyme algérien : d’un côté, ceux qui avaient le certificat d’études et de l’autre ceux qui ne l’avaient pas. En l’absence de troisième option et malgré ses tentatives pour expliquer que, s’il n’avait pas le certificat d’études, il avait passé son baccalauréat avec succès, on l’inscrivit d’office au cours d’alphabétisation !

Une fois la méprise dissipée, il rejoignit l’unité destinée à recevoir la formation d’officier qui constitua le point de départ de sa carrière militaire et de fonctionnaire de l’État.

Quelque temps avant l’attentat, un poste de Sous-Préfet lui avait été attribué dans une ville du Jura qu’il n’avait pas souhaité rejoindre immédiatement. Quelqu’un m’a dit qu’il voulait attendre la fin de l’année scolaire afin de ne pas perturber le bon déroulement de nos études …

Peut-être cherchait-il, inconsciemment, à différer le moment où il devrait quitter l’Algérie. Même petite, je savais qu’il était déchiré d’avoir à le faire dans ces conditions. Cette hésitation lui aura-t-elle été fatale ? Qui le sait ?

Il repose à présent en terre kabyle à Tizi-Ouzou, auprès de son père, de sa mère et d’un de ses frères, tous disparus bien des années après lui ».

Extrait de La petite (Janine Yessad Léger, Ed Flam Sète)

*

Mesdames, Messieurs,

Voilà plusieurs années que je mène des recherches successivement auprès de l’ANOM, du Service historique de la Défense et de la Mission des archives nationales, concernant l’attentat dont mon père, Mohamed dit Henri YESSAD, Chef de Division à la Préfecture de Mostaganem et Capitaine de réserve de l’Armée de l’air, a été victime et qui lui a coûté la vie le 12 mai 1962, fauché par une rafale de mitraillette alors qu’il démarrait sa voiture pour se rendre à son bureau.

Je n’ai trouvé, dans son dossier de carrière qui m’a été communiqué par les Archives nationales, aucune mention de cet attentat pourtant qualifié de « terroriste » dans un certificat émanant du ministère de l’intérieur et destiné à ma mère, en date du 18 mai 1962.

Un télégramme de condoléances avait également été adressé au Préfet de Mostaganem et à ma famille dans les jours qui ont suivi par Monsieur Christian Fouchet, alors Ministre de l’intérieur, tandis que la Médaille de vermeil était décernée à mon père à titre posthume pour « services signalés rendus à la France », sur proposition de Monsieur Roger Frey, Ministre de l’intérieur, qui a succédé à Monsieur Christian Fouchet.

Compte tenu de l’existence de ces documents, j’avoue avoir du mal à considérer comme acquis qu’il ne subsiste aucun rapport de police ou de gendarmerie, ni aucune trace de cet attentat, dans les Archives de l’administration française, concernant un officier de réserve fonctionnaire de l’État lâchement assassiné dans l’exercice de ses fonctions.

En ce jour anniversaire de sa mort, je continue de cultiver l’espoir d’accéder un jour à des éléments permettant d’établir clairement qui étaient les responsables de cet acte criminel.

L’ouverture d’archives qui sont actuellement toujours inaccessibles aux familles concernées et au public pourrait-elle en être la clé ? …. Je ne sais pas ….

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Janine Yessad Léger
Sète, le 12 mai 2021


31 MAI 2021

Publication en page 10 du quotidien algérien El Watan de l’article reproduit ci-dessous :

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[Source : https://www.elwatan.com/edition/contributions/60e-anniversaire-de-lassassinat-de-roger-gavoury-le-premier-fonctionnaire-francais-tue-par-loas-31-05-2021]

C O N T R I B U T I O N

JEAN-FRANÇOIS GAVOURY 31 MAI 2021 À 10 H 00

EXCLUSIF

60E ANNIVERSAIRE DE L’ASSASSINAT DE ROGER GAVOURY : Le premier fonctionnaire français tué par l’OAS

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Immeuble 4, rue du docteur Trolard à Alger. Vue extérieure du studio n° 515 (côté impasse du docteur Trolard) occupé par une voisine de M. Roger Gavoury, commissaire central adjoint, locataire de l’appartement n° 513, après l’explosion, survenue le 14 avril 1961 [l’attentat, revendiqué par l’OAS, a été commis à l’aide d’une charge de plastic déposée devant la porte du logement faisant face à celui du commissaire Gavoury, dévastant les deux appartements].

Je vous le rappelle au nom du droit des morts à la parole et à la mémoire : l’OAS m’a tué !

C’était il y a soixante ans, jour pour jour.

C’était surtout quarante jours après le putsch d’Alger : Alger, où j’avais la charge du maintien de l’ordre et de la sécurité publique.

Sur le moment, les autorités civiles, militaires et judiciaires ont fait les choses en grand :

– j’ai bénéficié d’une cérémonie d’obsèques solennelle en l’École de police d’Hussein-Dey ;

– on a déposé sur mon cercueil, outre la croix de la Valeur militaire avec étoile d’argent qui m’avait été attribuée à la date du 21 avril 1961 (!), la médaille de chevalier de la Légion d’honneur et la médaille d’honneur de la police, décernées ces dernières à titre posthume ;

– j’ai été cité à l’ordre de la Nation ;

– on m’a promu contrôleur général de la sûreté nationale ;

– une fois ma dépouille transférée en métropole, le ministre de l’intérieur, Roger Frey, s’est rendu sur le lieu de ma sépulture et a assisté à mon inhumation ;

– les participants à mon assassinat ont été identifiés, recherchés, interpelés, traduits en justice et, pour trois d’entre eux, condamnés à mort et exécutés ;

– mon nom est inscrit sur une stèle présente depuis juin 2005 dans l’enceinte de l’institution qui forme les commissaires de police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or ;

– il est également gravé sur deux monuments aux morts, car mon acte de décès a été revêtu en novembre 1961 d’une mention marginale : « Mort pour la France ».

Nombre de mes collègues, de hauts fonctionnaires, de journalistes, d’historiens m’ont consacré quelques pages de leurs ouvrages, contribuant ainsi à l’entretien de mon souvenir, au détriment cependant de la considération due à tant d’autres policiers de tous grades et membres des forces de l’ordre abattus par l’OAS et soumis à la loi de l’oubli.

Le sort particulier qui m’a été réservé, je le dois à la date de mon assassinat davantage qu’à l’émotion suscitée par les circonstances dans lesquelles il a été commis.

J’ai en effet été la première victime causée par cette organisation dans les rangs de la fonction publique de l’État.

Mais que reste-t-il, aujourd’hui, de tout cela ?

Je laisse au plus jeune de mes fils, devenu orphelin de guerre à l’âge de onze ans, le soin de vous l’exposer, investi qu’il est depuis une quinzaine d’années dans la défense, contre vents mauvais et marées brunes, de la mémoire de l’ensemble des victimes de l’OAS.

Roger Gavoury

*

Il y a soixante ans jour pour jour, deux des membres du « quarteron de généraux en retraite », Maurice Challe et André Zeller, étaient condamnés par le Haut Tribunal militaire à quinze ans de détention criminelle pour s’être rendus « coupables l’un et l’autre d’avoir en avril 1961, et notamment les 21 avril et jours suivants, en tout cas depuis temps non prescrit, sciemment dirigé et organisé un mouvement insurrectionnel ».

Il y a soixante ans jour pour jour, l’OAS assassinait à coups de poignard de parachutiste le commissaire central d’Alger, Roger Gavoury, faisant de mon père le premier fonctionnaire de l’État tué par cette organisation. Celle-ci s’était signalée quatre mois auparavant en poignardant dans le dos un avocat libéral algérois, Me Pierre Popie : c’était le 25 janvier 1961, quelques jours avant l’acte de naissance officiel de ce groupe armé qui ne tardera pas à s’ériger en authentique partie belligérante dans le cadre de ce conflit entre la France et sa colonie algérienne.

Dans les quarante-huit heures suivant la mort de mon père, Le Monde écrira : « Commissaire central à Casablanca et, après l’indépendance marocaine, principal conseiller français du gouvernement chérifien pour les questions concernant la police, M. Roger Gavoury avait pu attirer sur lui, au Maroc ou à Paris, la haine d’éléments extrémistes. »

En poste au Maroc d’août 1955 à février 1959, il aura connu, en effet, le changement de statut de ce pays et en aura techniquement assisté les responsables pour ce qui concerne l’organisation de la direction générale de la sûreté nationale (fondée le 16 mai 1956 et confiée à M. Mohammed Laghzaoui) ainsi et surtout que pour la mise en place de la relève des fonctionnaires de police français (3 822 au 2 mars 1956) par des personnels marocains (1 774 à la même date).

Mais il ne connaîtra pas l’indépendance de l’Algérie alors même qu’en prenant ses fonctions de commissaire central le 23 mai 1961, il s’était adressé à ses collaborateurs en ces termes : « L’horizon commence à blanchir et bientôt, je l’espère, luira sur l’Algérie l’aube de la paix. Je voudrais, de toute mon âme, être le Central de la pacification, la vraie cette fois, celle des esprits. Je rêve d’une Alger où les hommes s’entr’aiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers. »

Survivant à une blessure contractée lors d’une opération de maintien de l’ordre au Maroc grâce à l’un de ses collaborateurs secouriste, payant de sa personne en se portant constamment aux endroits où la violence des manifestations algéroises de décembre 1960 prenait la forme la plus dangereuse, afin de limiter les heurts entre les communautés, visé par un attentat au plastic commis dans son studio le 14 avril 1961, mon père se croyait protégé par le sort. Mais la baraka ne vaut pas assurance contre la mort.

Privé dès l’enfance du droit à la vie ou à la vue, privé d’un bras, d’une jambe ou du membre le plus proche de leur famille, tel a été le sort des victimes de la guerre d’Algérie.

Respectueux de leur devoir filial de mémoire, les descendants de victimes civiles et militaires de l’OAS ont dû assister, impuissants, à l’absence de devoir de mémoire de l’État et se résoudre à se passer de la reconnaissance officielle par la Nation de leur souffrance si singulière.

C’est en vain que j’ai attendu, quatre longues semaines durant, l’annonce par le Président de la République d’un geste à l’occasion du 60e anniversaire de l’assassinat de mon père : cf. infra le texte de la correspondance dont je l’ai rendu destinataire le 1er mai (extraits).

 

Pour l’honneur retrouvé de l’État face aux nostalgiques du putsch d’Alger

Dans le cadre d’une cérémonie associative encadrée par des partisans du putsch des généraux et d’anciens jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, Madame la ministre Geneviève Darrieussecq a déposé en votre nom, le vendredi 26 mars, une gerbe de fleurs devant le Mémorial national des « Morts pour la France » en AFN, quai Branly à Paris.

Dans le prolongement immédiat de ce geste en leur direction, un ancien officier de gendarmerie ayant appartenu au « SO » du Front national et un général radié des cadres de l’armée à titre disciplinaire par décret du 23 août 2016 se sont attelés à la rédaction d’un pronunciamiento, puis à la recherche de soutiens y compris parmi les militaires d’active, et ils ont fait publier leur texte dans un hebdomadaire le jour même du 60e anniversaire du putsch d’Alger le 21 avril 1961.

Dans l’exercice de ses fonctions à la tête des services de maintien de l’ordre républicain dans le Grand Alger, mon père, Roger Gavoury, commissaire central adjoint puis commissaire central, a dirigé la lutte contre l’OAS, dont il a été la première victime dans les rangs de l’État, le 31 mai 1961 : il a été cité à l’ordre de la Nation et la mention « Mort pour la France » a été apposée sur son acte de décès. Trois des dix participants à son assassinat ont été condamnés à mort et exécutés.

Il me paraît y avoir lieu de lever toute ambiguïté sur le sens à donner à votre contribution à la commémoration de la manifestation algéroise du 26 mars 1962 intervenue sur appel de l’OAS à l’insurrection ; il importe également d’exprimer votre désapprobation à l’égard de ceux qui, aujourd’hui, déshonorent la République en rompant ce pacte de neutralité et de loyauté auquel ils sont légalement tenus.

C’est dans cette double perspective que je vous propose de bien vouloir vous recueillir avec moi, le 31 mai, devant la première stèle érigée par une collectivité publique « En hommage à toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France, civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République » : elle a été dévoilée le 6 octobre 2011, au cimetière du Père-Lachaise, par M. Bertrand Delanoë, alors maire de la capitale.

Rien n’est venu, alors même que sa présence en ce lieu et à cette date aurait pu consacrer sa conception conciliatrice des mémoires de la guerre d’Algérie en en élargissant le champ.

La proposition que je m’étais permis de lui soumettre ne tendait pas à obtenir un geste compensatoire ou de réparation de l’erreur ayant consisté à honorer le souvenir d’alliés objectifs de l’OAS sans s’être soucié au préalable des quelque 2 700 victimes de cette partie belligérante dans le conflit entre la France et l’Algérie.

Il s’agissait, en effet, d’une demande positive, visant à ce que soit posé un acte ayant valeur de symbole d’un sursaut mémoriel au bénéfice des serviteurs loyaux des institutions de la République à l’époque où celle-ci vacillait.

Bien entendu, l’intervention entendait également montrer à Monsieur Emmanuel Macron l’état de vigilance et le niveau d’exigence des familles de victimes de l’OAS au regard du respect du principe de pluralité dans la gestion de la politique publique de mémoire concernant la guerre d’Algérie.

Que M. Benjamin Stora reçoive ici l’expression de ma vive gratitude, puisqu’il était disposé à prendre part à cet hommage aux côtés du chef de l’État et de représentants de deux associations de victimes.

par Jean-François Gavoury, sur procuration paternelle.

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Roger Gavoury et ses trois fils – Royan – 1955


23 AOÛT 2021

Le président de l’ANPROMEVO adresse à Monsieur Emmanuel Macron, par la voie postale, le courrier reproduit ci-après :

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Chaville, 23 août 2021.

Monsieur le Président de la République,

Professionnels de la violence politique et, partant, de la menace ou de l’intimidation, les anciens dirigeants et exécutants de l’OAS, tant militaires que civils, se sont révélés des influenceurs plus efficaces à l’issue de la guerre d’Algérie que durant leur période d’activisme belligérant : ils ont su en effet, durant cinquante ans, accaparer l’attention des décideurs publics au point d’en tout obtenir.

Un point d’orgue a semblé atteint en 1982 avec le bénéfice de la réintégration dans leurs grades et droits à pension consenti aux militaires putschistes de 1961 et aux fonctionnaires condamnés en raison de leur appartenance à l’OAS.

Mais ce dispositif de réhabilitation a été complété par la loi du 23 février 2005 prévoyant, en son article 13, le versement d’une indemnité défiscalisée de plusieurs dizaines de milliers d’euros aux salariés du secteur privé empêchés de cotiser à l’assurance retraite du fait de leur reconversion dans le crime organisé et de l’abandon de leur patrie par crainte d’avoir à y assumer la responsabilité de leurs actes.

Le processus s’est poursuivi jusqu’à 2012 sous la forme d’une politique assumée de distribution de distinctions honorifiques en faveur d’anciens officiers factieux et d’auteurs d’assassinats parmi les plus lâches commis au nom de l’OAS.

Le 2 janvier 2013, a été publiée au Journal officiel une mesure d’exclusion de l’Ordre national de la Légion d’honneur visant le responsable d’une association d’anciens criminels de l’organisation : vous étiez alors le Secrétaire général adjoint du Président de la République. Trois ans plus tard, aux termes d’un décret du 13 mars 2016, mes fonctions de président d’une association mémorielle me valaient une promotion au grade d’officier dans l’Ordre national du mérite sur proposition du ministre de l’intérieur, dont vous étiez l’un des collègues au sein du Gouvernement.

Il y a cinq mois, le 26 mars, Madame Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la mémoire et des Anciens combattants, a déposé en votre nom, devant le Mémorial national des Morts pour la France en AFN, quai Branly à Paris, une gerbe dans le cadre d’une cérémonie ayant pour objet d’honorer le souvenir de personnes ayant obéi à un mot d’ordre insurrectionnel de l’OAS le 26 mars 1962 et tombées lors de la fusillade algéroise de la rue d’Isly.

Au regard du contexte de la décennie précédente, l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, dans un premier temps déconcertée par cette initiative, y a vu, après réflexion, une priorité d’ordre simplement chronologique donnée à la douleur de familles de victimes de partisans de l’Algérie française.

C’est dès lors avec quelque raison d’espérer qu’elle sollicite aujourd’hui votre présence à la célébration, le mercredi 6 octobre (à l’heure et selon le format que vous aurez fixés), au cimetière parisien du Père Lachaise, du dixième anniversaire du dévoilement par le maire de la capitale, Monsieur Bertrand Delanoë, de la première stèle dédiée par une institution publique à l’ensemble des victimes civiles et militaires de l’OAS en Algérie et en France.

Trop longtemps écartées de toute considération étatique, seules à subir depuis cinquante ans la douloureuse et humiliante épreuve de l’héroïsation de leurs bourreaux, les victimes de l’OAS verront là se dessiner concrètement la conciliation des mémoires de la guerre d’Algérie telle que vous la concevez et la prônez, respectueuse de toutes les singularités et de tous les traumatismes.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de ma très haute estime.

Signé : Jean-François Gavoury


24 AOÛT 2021

Aux termes de la correspondance électronique ci-dessous reproduite, afin de prévenir le risque de voir sa démarche échapper à la connaissance du chef de l’État, Jean-François Gavoury propose à la directrice de projet, chargée à l’Élysée du suivi des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, Madame Cécile Renault, de faciliter la relation entre les représentants des victimes de l’OAS et le Président de la République :

Madame la directrice,

À la veille du 59e anniversaire de l’attentat dit « du Petit Clamart », qui prit pour cible le Président de la République et Madame de Gaulle, le conseil d’administration de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS a décidé d’entreprendre une démarche auprès du chef de l’État tendant à ce qu’il honore de sa présence la cérémonie prévue le mercredi 6 octobre au cimetière parisien du Père Lachaise.

Depuis 2011, le 6 octobre s’est imposé comme la Journée (associative) de recueillement et du souvenir de l’ensemble des victimes militaires et civiles de l’OAS en Algérie et en France : élus, magistrats, défenseurs des institutions et des valeurs de la République auxquels la Ville de Paris a tenu à être la première collectivité à dédier une stèle commémorative.

Sortir des ténèbres de l’oubli et de la négation cette catégorie si spécifique de victimes de la guerre d’Algérie pour les faire enfin accéder à la lumière de la vérité, tel a été le sens de l’acte posé par Monsieur Bertrand Delanoë à l’occasion du dévoilement de ce monument situé à proximité immédiate du Mémorial des Parisiens morts pour la France en AFN et non loin de la sépulture des morts de « Charonne ».

Le geste attendu du Président de la République, s’il est accompli, sera salué de part et d’autre de la Méditerranée. Il sera par ailleurs apprécié comme la possible préfiguration d’hommages visant les malheureuses victimes de la répression des manifestations parisiennes des 17 octobre 1961 et 8 février 1962.

Benjamin Stora, avec qui j’entretiens les relations les plus amicales, voit dans le courrier que j’ai posté hier à l’intention de Monsieur Emmanuel Macron une « belle et nécessaire initiative ».

Le but du présent courriel est d’obtenir votre bienveillante entremise à défaut de laquelle la correspondance en question aurait peu de chances de parvenir à la connaissance de son destinataire.

Je me tiens à votre disposition pour compléter en tant que de besoin votre information sur l’association et sur le projet qu’elle porte en l’occurrence.

Veuillez agréer, Madame la directrice, avec mes remerciements anticipés, l’expression de ma parfaite considération.

Jean-François Gavoury
Pupille de la Nation
Orphelin de guerre
Président de l’ANPROMEVO


7 SEPTEMBRE 2021

En réponse à une question écrite (n° 37352) posée le 23 mars 2021 par Mme Laurence Trastour-Isnart, députée Les Républicains des Alpes-Maritimes, relative aux préconisations formulées par l’association Le souvenir français à la suite du rapport de l’historien Benjamin Stora sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie[1] », le Premier ministre répond en ce termes (extraits)[2] :

« Le Président de la République, comme le Gouvernement, ont pour priorité le rapprochement et la compréhension mutuels des mémoires de la guerre d’Algérie dans le respect de chacune d’entre-elles et la vérité historique. C’est dans cette optique que sont étudiées les préconisations du rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie remis en janvier 2021 par Benjamin Stora au Président de la République. […] Concernant l’attribution des mentions « morts pour la France » durant la guerre d’Algérie, elles s’effectuent suivant les règles décrites aux articles L. 511-1 et suivants du CPMIVG. Sur le sujet des personnes civiles non-fonctionnaires victimes de l’OAS, le Conseil d’Etat a estimé qu’elles n’étaient pas décédées du fait de violences constituant une suite directe de faits de guerre, l’OAS ne pouvant être considérée comme belligérant (avis n° 367.315 du 13 février 2003). Le ministère des Armées mène de nombreuses actions soutenant la transmission des mémoires des Algériens, quelle que soit leur origine, mais également des anciens harkis et de leurs proches. […] ».

[1] « Sur ce rapport, l’association Le souvenir français a fait part de son étonnement concernant l’attention portée aux « Morts pour la France » en craignant que la réconciliation visée ne prenne pas suffisamment en compte certaines mémoires des différentes parties. »

[2] Réponse publiée au JO le 7 septembre 2021, page 6636.


15 SEPTEMBRE 2021

Par lettre dont la teneur est reproduite ci-dessous, le président de l’association dénommée « EGAL » (Espace Guerre d’ALgérie), M. Serge Drouot, par ailleurs vice-président du conseil d’administration de l’Office national des Anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG), appuie la démarche que l’ANPROMEVO a engagée auprès du chef de l’État le 23 août.

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15 SEPTEMBRE 2021

Cinq mois après la question écrite (n° 22584) dont la teneur suit, émanant le 29 avril 2021 du sénateur CRCE de Paris Pierre Laurent :

  1. Pierre Laurent attire l’attention de M. le Premier ministre sur une tribune de 20 généraux français à la retraite parue dans un hebdomadaire le 21 avril 2021.

La date du 21 avril n’a pas été choisie au hasard par les auteurs. En effet c’est le 21 avril 1961 qu’a eu lieu le putsch de généraux d’extrême droite, appelé également appelé putsch d’Alger, qui constitue une tentative de coup d’État, fomentée par une partie des militaires de carrière de l’armée française en Algérie, et conduite par quatre généraux cinq étoiles.

Cette tribune contient des propos très graves qui ne peuvent rester sans réaction. Elle constitue une action séditieuse d’une grande dangerosité du fait même qu’elle émane de militaires de haut rang même s’ils sont à la retraite. Le Gouvernement doit réagir.

Il lui demande quelles mesures le Gouvernement compte prendre face à cette tribune. Il lui demande s’il compte en concertation avec le Président de la République et le garde des sceaux saisir la justice à son sujet.

… le Ministère des armées apporte la réponse ci-après, publiée dans le JO Sénat du 23 septembre 2021 (page 5463) :

La tribune rédigée par d’anciens militaires parue dans le journal Valeurs Actuelles du 21 avril dernier va à l’encontre des principes qui constituent l’essence de l’engagement militaire.

Cet engagement se fonde sur la défense du pays et du peuple français.

Il est adossé à deux principes fondamentaux : la neutralité et le loyalisme.

Ceux-ci guident l’action des militaires au quotidien et garantissent un service désintéressé de l’intérêt collectif.

La voie de l’honneur est dans l’accomplissement de la mission du militaire au service des Français, au-delà des clivages politiques, des querelles et des différences.

Ainsi notre armée est républicaine ; elle n’est pas politisée et ne peut l’être.

Parce que ce texte remet en cause des principes fondamentaux, des procédures disciplinaires sont engagées à l’encontre de ses auteurs et signataires, militaires d’active ou officiers généraux en 2ème section.

Il convient de défendre l’identité républicaine de notre armée. Vouloir la politiser, c’est affaiblir la France car l’armée de la République est au service de la Nation, et de personne d’autre.


1ER OCTOBRE 2021

Le chef de cabinet du Président de la République réagit au courrier dont l’ANPROMEVO a saisi le chef de l’État :

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2 OCTOBRE 2021

Le jour-même de la réception de la correspondance reproduite ci-dessus, le président de l’ANPROMEVO répond au chef de cabinet du Président de la République par courriel intitulé  » Offense présidentielle aux descendants de victimes de l’OAS : la dernière ! »

Monsieur le préfet,

Au moment même où je lisais la lettre que vous m’avez adressée hier, me parvenait une dépêche rendant compte de la réception à l’Elysée, jeudi (30 septembre), de « petits-enfants » de la guerre d’Algérie.

Parmi les invités, l’arrière-petit-fils d’un général en retraite ayant participé à l’installation d’un pouvoir insurrectionnel en Algérie le 21 avril 1961 et tenté de renverser la République avant de devenir le chef suprême de l’organisation armée secrète, responsable notamment d’un attentat dans lequel le général de Gaulle et son épouse ont failli trouver la mort.

On s’attend désormais que Monsieur Emmanuel Macron reçoive au plus vite victimes survivantes et descendants de victimes de l’OAS faute de pouvoir aller à leur rencontre au cimetière du Père-Lachaise mercredi prochain.

Il apportera ainsi une contribution attendue à l’apaisement d’une blessure mémorielle cruellement ravivée au cours de ces six derniers mois.

Son geste s’inscrira par ailleurs dans le droit fil de ses déclarations intervenues dans le cadre d’hommages nationaux au colonel Arnaud Beltrame, à l’enseignant Samuel Paty, à la fonctionnaire de police Stéphanie Monfermé.

Je vous prie de bien vouloir accepter, Monsieur le préfet, […].

Jean-François Gavoury


7 OCTOBRE 2021

Compte rendu, par courriel, de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’OAS organisée le 6 octobre 2021 au cimetière parisien du Père-Lachaise.

Répondant à l’appel lancé conjointement par l’association « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons » et l’Association nationale pour la protection de la mémoire des Victimes de l’OAS (ANPROMEVO), des élus, des présidents, dirigeants et membres d’associations mémorielles et du monde combattant, au nombre de 35 à 40, se sont réunis le 6 octobre 2021, de 11h à midi, au cimetière parisien du Père-Lachaise, afin de célébrer, dans la dignité et le recueillement, le 10e anniversaire de la stèle dédiée par la Ville de Paris à l’ensemble des victimes civiles et militaires de l’OAS en Algérie et en France.

L’émotion était palpable au rappel de la cérémonie du 6 octobre 2011 en conclusion de laquelle
M. Bertrand Delanoë a dévoilé ce monument en hommage aux CIVILS, MILITAIRES, ÉLUS, MAGISTRATS, FONCTIONNAIRES, DÉFENSEURS DES INSTITUTIONS ET DES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE.

Puis le moment est venu des interrogations concernant l’origine de l’offense faite à la mémoire de ces morts par le chef de l’État qui, non seulement s’est refusé à en honorer le souvenir, mais a ostensiblement reçu les descendants de leurs assassins le 30 septembre.

Vous trouverez en première pièce jointe le propos que j’ai tenu à ce sujet.

Je sais gré à M. Pascal Joseph, conseiller du 20e arrondissement de Paris, des mots qu’il a prononcés, évoquant le contexte local dans lequel le projet de cette stèle a été porté et approuvé alors même que les sépultures les plus fleuries et les mieux entretenues du proche cimetière de Charonne sont celles du collaborationniste Robert Brasillach et du négationniste Maurice Bardèche.

Je le remercie d’avoir par ailleurs rappelé l’horreur de l’assassinat collectif de Château-Royal le 15 mars 1962 et d’avoir souligné combien la relation fraternelle de Max Marchand et de Mouloud Feraoun avaient, aujourd’hui comme hier, valeur d’exemple, en France comme en Algérie.

La cérémonie s’est conclue selon les séquences suivantes :

– dépôts de cinq gerbes ;

– minute de silence ;

– La Marseillaise ;

– salut au porte-drapeau départemental de la FNACA de Paris.

La Présidence de la République est destinataire du présent compte rendu.

Jean-François Gavoury

Pupille de la Nation

Orphelin de guerre

Président de l’ANPROMEVO

PS : en seconde pièce jointe, images de la cérémonie.

6-X-2021 – 10e anniversaire de la Stèle dédiée par la Ville de Paris aux Victimes de l’OAS

Intervention de Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO

Parmi les personnes qui nous font l’honneur de nous accompagner dans cette cérémonie, je salue plus particulièrement :

– Madame Lamia El Aaraje, députée, conseillère de Paris ;

– Monsieur Pascal Joseph, conseiller d’arrondissement, délégué́ au maire du 20e, en charge de la mémoire et des anciens combattants ;

– Monsieur Francis Yvernès, président de la FNACA de Paris, accompagné du porte-drapeau départemental et des représentants du comité du 20e arrondissement ;

– Madame Josiane Jacquet, présidente du comité du 15e arrondissement de Paris du Souvenir Français, représentant Monsieur Serge Barcellini, président général de l’association ;

– Monsieur Serge Drouot, invité en tant que président d’EGAL (Espace Guerre d’ALgérie), mais membre par ailleurs du conseil d’administration de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG) ;

– Monsieur Henri Cukierman, président du Comité Vérité et Justice pour Charonne ;

– Monsieur Georges Morin, président-fondateur de Coup de Soleil, association œuvrant à la coopération franco-algérienne des territoires et des citoyens ;

et, bien sûr,

– Monsieur Jean-Philippe Ould Aoudia, président des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, association sœur de l’ANPROMEVO[1].

Au titre des personnes n’ayant pas eu la possibilité de se joindre à nous, j’excuse notamment, à leur demande, Monsieur le Maire du XIe arrondissement de Paris, Madame Delphine Renard, Madame Veuve Michel Levallois et Monsieur Jean-Pierre Louvel, président de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie.

Je me souviens de la genèse de cette stèle, dont le premier acte a consisté en la remise d’un dossier de demande le 14 février 2007 entre les mains de Madame Odette Christienne, Adjointe au Maire de Paris chargée de la mémoire et du monde combattant, en présence de Monsieur Philippe Lamy, membre du cabinet et conseiller de Monsieur Bertrand Delanoë.

Je n’ai pas oublié l’acte II, essentiel, le 8 février 2011, avec l’approbation par le Conseil de Paris, par un vote unanime, du projet de délibération, porté par Madame Catherine Vieu-Charier, intitulé « Apposition d’une stèle en hommage aux victimes de l’OAS dans le cimetière du Père Lachaise ».

Je me rappelle qu’il y a dix ans jour pour jour, heure pour heure, alors que se déroulaient en la Cathédrale Saint-Louis-des-Invalides les obsèques de Monsieur Wladyslas Marek, président national de la FNACA, ici même, le maire de la capitale, avant de dévoiler cette stèle, déclarait : « Pourquoi est-il si long, pourquoi est-il si dur de poser ces actes évidents ? Je le dis avec émotion, gravité : je suis en même temps fier que Paris soit la première commune, la première institution française, à oser le faire, mais avec le regret que cela n’ait pas été fait plus tôt. »

Merci, merci encore et merci pour toujours, Monsieur le Maire honoraire de Paris, d’avoir su parachever le dispositif que la capitale avait progressivement déployé pour honorer les diverses catégories de victimes de la guerre d’Algérie.

Merci d’avoir, en inaugurant en ce si bel endroit, un monument sobre comme le Sidobre, apporté cette éminente contribution à la mémoire plurielle de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie : cette Tunisie qui vous a vu naître et a fait de vous un pied-noir !

Ce 6 octobre 2011, évoquant une OAS « idéologiquement criminelle et, dans ses actes, barbare », vous auriez été légitime à préciser que, neuf ans plus tôt, vous aviez vous-même subi, sur le lieu d’exercice de vos fonctions électives, l’épreuve du poignard : par pudeur, vous vous êtes abstenu de le faire. Cette première Nuit blanche parisienne, à défaut de virer au bleu de 1961-1962 en Algérie, s’est tachée du rouge de votre sang. À l’instar des victimes des plus lâches attentats de l’OAS ayant survécu à leurs blessures, vous avez donné l’exemple du courage.

« Mourir peut attendre », avez-vous dû penser en quittant la Pitié-Salpêtrière douze jours plus tard.

Le passé interroge le présent.

Que donne à penser le Président de la République, le 26 mars 2021, en honorant, à l’occasion du 59e anniversaire de ce tragique évènement, les participants à une manifestation appelée par l’OAS, tombés sous la mitraille rue d’Isly à Alger ?

Que donne à penser le Président de la République en ne répondant pas à un courrier de l’ANPROMEVO du 1er mai lui proposant d’en rejoindre les membres le 31, à l’occasion du 60e anniversaire du premier assassinat d’un fonctionnaire de l’État par l’OAS ?

Que donne à penser le Président de la République, le 30 septembre 2021, en recevant les « petits-enfants » de la guerre d’Algérie – descendants de combattants du FLN et membres de l’OAS, de militaires français et d’appelés, de harkis et de rapatriés pieds-noirs et juifs – à l’exception remarquée de nos propres enfants et petits-enfants ?.

Que donne à penser le Président de la République lorsque, le 1er octobre 2021, il décline l’invitation qui lui a été adressée le 23 août de se joindre à nous, ici et maintenant, dans une perspective de rétablissement de l’équilibre mémoriel ?

Le Président de la République se sentirait-il lié par les préconisations présentées le 20 janvier par l’historien, auteur d’un rapport pour la conciliation des mémoires de la guerre d’Algérie, au point d’occulter celle de l’OAS ?

Benjamin Stora n’a pas davantage recommandé au chef de l’État de se rapprocher des partisans de l’OAS le 26 mars que de converser jeudi dernier avec un descendant de Salan.

Monsieur Emmanuel Macron est par conséquent libre, heureusement, de réaliser un acte concret de vraie concorde en recevant les victimes survivantes de l’entrée en belligérance de l’OAS et les représentants des familles de victimes tombées sous les coups de cette organisation responsable de 2 700 morts tant en Algérie qu’en France métropolitaine ?

Nous ne lui demandons pas de condamner l’OAS : la justice l’a fait, sinon pour lui, du moins avant lui, non seulement à l’époque, mais aussi ces dernières années, à ma requête.

Nous ne lui demandons pas de réparation pécuniaire : nous nous situons en dehors de ces contingences.

Nous ne sollicitons auprès de lui que l’expression de la reconnaissance due à notre mémoire si singulière et nous le prions de bien vouloir donner instruction aux services concernés de faire apparaître le nom des victimes civiles de l’OAS sur la colonne centrale du Mémorial national du quai Branly à Paris.

Certes, l’OAS est encore active, par voie successorale, jusques au cœur de la République aux destinées de laquelle vous présidez, mais, de grâce, n’en ayez pas peur, Monsieur Macron.

[1] Également présent(e)s : Mesdames Nelly Forget, présidente d’honneur de l’Association Germaine Tillion et Véronique Salou Olivares, présidente de l’association du « 24 Août 1944 » ; Messieurs Jacques Ould Aoudia, vice- président de Migrations & Développement, et Michel Reynaud (Éditions Tirésias – Michel Reynaud).

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26 OCTOBRE 2021

Jean-François Gavoury s’adresse par courriel aux adhérents de l’ANPROMEVO :

Chère Madame, Cher Monsieur,

En tant que membre de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO), vous êtes prioritairement rendu destinataire de la correspondance que j’ai reçue ce mardi matin du Chef de cabinet du Président de la République.

Cette lettre, datée du 22 octobre, fait suite à mon courriel du 2 octobre relatif à la réception au Palais de l’Élysée, le 30 septembre, d’un groupe de « petits-enfants » de la guerre d’Algérie au nombre desquels figurait l’arrière-petit-fils du général putschiste Raoul Salan.

Je passe sur le deuxième alinéa – inapproprié – de la réponse de M. Brice Blondel pour en venir au quatrième dont je vous laisse découvrir la teneur.

Recevez, chère Madame, cher Monsieur, l’assurance de mon indéfectible dévouement.

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27 OCTOBRE 2021

Jean-François Gavoury prend l’attache du secrétariat de Monsieur Roger-Petit. Le rendez-vous est fixé au lundi 15 novembre à 16h00 au Palais de l’Élysée.


15 NOVEMBRE 2021

Le Conseiller Mémoire du Président de la République reçoit Jean-François Gavoury de 16h15 à 17h15.

Lui est remis un dossier complet composé des pièces énumérées ci- après :

1°) Fiche de présentation de l’ANPROMEVO.

2°) Message de l’ANPROMEVO le 15 mars 2021 au siège du cabinet du ministère de la fonction publique (cf. supra sous rubrique « 16 MARS 2021« ).

3°) Lettre du président de l’ANPROMEVO au Président de la République le 21 avril 2021 (cf. supra).

4°) Message personnel de J-F. Gavoury au Président de la République le 1er mai 2021 (cf. supra).

5°) Lettre du président de l’ANPROMEVO au Président de la République le 23 août 2021 (cf. supra).

6°) Correspondance du chef de cabinet du Président de la République en date du 1er octobre 2021 (cf. supra).

7°) Courriel du président de l’ANPROMEVO au cabinet du Président de la République le 2 octobre 2021 (cf. supra).

8°) Correspondance du chef de cabinet du Président de la République en date du 22 octobre 2021 (cf. supra sous rubrique « 26 OCTOBRE 2021« ).

9°) Projet de déroulé de l’entretien (1ère partie), sous mél de transmission du 9 novembre 2021 (cf. ci-après).

Envoyé : mardi 9 novembre 2021 – 17h45
De : « Anpromevo »
A :  » bruno.roger-petit »
Cc  » brice.blondel »
Objet : Guerre d’Algérie – Mémoire des victimes de l’OAS – Demande d’hommage officiel.

Chaville, 9 novembre 2021.

Monsieur le Conseiller,

Le 27 octobre, donnant suite à une intervention en ce sens de M. Brice Blondel, vous avez bien voulu me proposer de vous rencontrer lundi prochain (15 novembre) à 16h00.

Je m’y rendrai seul : en effet, M. Jean-Philippe Ould Aoudia, président de l’association « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons », que j’avais pressenti pour m’accompagner, ne sera pas en mesure d’honorer ce rendez-vous.

De manière que notre entretien puisse déboucher sur une perspective d’actions concrètes, je me permets de vous en communiquer le déroulé ci-joint à l’état de projet.

D’ici là, je serai en mesure de répondre à toute demande éventuelle de pièces que vous estimeriez nécessaires à votre totale édification sur la double question de la mémoire des victimes de l’OAS et de la dette morale de l’État à leur égard.

Veuillez accepter, Monsieur le Conseiller, l’expression de ma considération la meilleure.

Jean-François Gavoury
Président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)

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9-XI-2021

RENDEZ-VOUS AVEC M. BRUNO ROGER-PETIT, CONSEILLER MÉMOIRE

CABINET DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

LE LUNDI 15 NOVEMBRE 2021 À 16 H00

Déroulé de la rencontre

Préambule

Au nom de l’ANPROMEVO, Jean-François Gavoury rappelle, en guise de préambule, que le rendez-vous intervient près de dix mois après la remise au Président de la République du rapport dont M. Benjamin Stora avait reçu la commande en juillet 2020 :

                  ► un rapport dans lequel l’historien, au risque de nourrir un désordre mémoriel générateur de transgressions de la vérité historique et de divisions entre les Français, a omis de rappeler que, parmi les victimes de la guerre d’Algérie, figuraient celles causées par l’OAS, dont le nombre total est estimé à 2 700 ;

                  ► un rapport en principe axé sur la réconciliation des mémoires, mais à la suite duquel certaines initiatives ont choqué victimes survivantes et descendants de victimes de cette organisation criminelle dont nul ne saurait sérieusement contester le statut de « belligérant ».

Ainsi, voir l’arrière-petit-fils de Raoul Salan, assassin responsable de milliers de morts en Algérie et en France, invité à prendre part à un groupe de travail et de réflexion sur la réconciliation des mémoires a fait injure notamment à la mémoire de celles et de ceux qui ont tenu à rester au service de l’autorité légitime :

                  ► Est-il utile de rappeler que ce général félon a dû sa réhabilitation à un président de la République dont les sympathies pour l’extrême-droite sont désormais connues ?

                  ► Qu’auraient dit les associations de pieds-noirs si avait été invité tel jeune membre de la famille de Yacef Saadi, présumé non comptable des choix de l’instigateur d’attentats meurtriers dirigés en 1956-1957 contre les Européens dans Alger ?

                  ► Que dirait-on d’un chancelier allemand qui proposerait au petit-fils de Rudolf Hess de témoigner dans le cadre d’une démarche de réconciliation des mémoires des nazis et de leurs victimes ?

Problématique

Peut-on compter sur une prise de conscience, même tardive, au niveau sommital de l’État, de la place qui revient aux victimes de l’OAS dans ce travail des mémoires ?

Quelle forme, en tout état de cause, pourrait prendre la reconnaissance officielle (par l’État et/ou la Nation) des victimes de l’OAS ?

Propositions de règlement

Pour tenter de compenser – par une réparation de nature exclusivement morale – le tort causé à la mémoire des victimes dont elle porte le souvenir dans l’honneur et la dignité, l’ANPROMEVO propose :

1°] Une déclaration du Président de la République aux termes de laquelle la France reconnaîtrait les souffrances subies par l’ensemble des victimes des crimes de guerre et attentats commis par l’Organisation armée secrète (OAS) ou en son nom, en Algérie et en France, en 1961 et 1962.

Cet acte pourrait intervenir le samedi 19 mars 2022 dans le cadre de la Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

Il pourrait s’accompagner, au cours de la matinée de ce même 19 mars, du dépôt d’une gerbe par le chef de l’État devant la stèle commémorative érigée au cimetière parisien du Père Lachaise en hommage à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France (« civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires défenseurs des institutions et des valeurs de la République »).

Il donnerait corps à cette affirmation, qu’elle soit sous-jacente ou explicite dans le rapport de M. Stora, de la nécessité de cette concorde mémorielle à laquelle aspirent les victimes et descendants de victimes de l’OAS.

Il prendrait place dans le cadre d’une cérémonie officielle, associant notamment les préfets de région d’Ile-de-France et de police, la maire de Paris (et, si possible, M. Bertrand Delanoë, son prédécesseur), l’ambassadeur d’Algérie en France, quelques grands témoins ainsi que les représentants du monde combattant.

2°) Dans le même temps – ou dès le dimanche 5 décembre 2021, à l’occasion de la Journée d’hommage aux morts pour la France de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie, la ministre des Armées ou la ministre déléguée chargée de la mémoire et des Anciens combattants annoncerait l’insertion, sur la colonne centrale du Mémorial national de la guerre d’Algérie présent quai Branly à Paris (7e), du nom des victimes civiles de l’OAS (dont une première liste serait mise sans délai à la disposition des autorités gestionnaires du site).

3°) La régularisation, attendue depuis quinze ans par l’ANPROMEVO, de la situation de certains fonctionnaires de police tués par l’OAS dans l’exercice de leur mission et écartés à tort du droit à l’apposition de la mention « Mort pour la France » sur leur acte de décès.

À noter, concernant l’éligibilité des victimes de l’OAS à la qualité de « Mort pour la France », que l’ANPROMEVO croit pouvoir se féliciter de l’expression « personnes civiles non-fonctionnaires victimes de l’OAS » utilisée par le Premier ministre en réponse, le 7 septembre, à une question écrite posée le 23 mars 2021 par la députée des Alpes-Maritimes Laurence Trastour-Isnart (cf. Annexe jointe). Il semble, en effet, s’en induire que l’acte de décès des fonctionnaires pourrait être revêtu de cette mention : subsisterait cependant le cas d’un magistrat, sachant que les militaires ont (heureusement) bénéficié du statut en question.

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A N N E X E

15ème législature

Question N° 37352 de Mme Laurence Trastour-Isnart (Les Républicains – Alpes-Maritimes)
Question écrite Ministère interrogé > Premier ministre
Ministère attributaire > Premier ministre
Rubrique > anciens combattants et victimes de guerre
Titre > Réconciliation franco-algérienne
Question publiée au JO le : 23/03/2021 page : 2449
Réponse publiée au JO le : 07/09/2021 page : 6636

Texte de la question (Extraits)

Mme Laurence Trastour-Isnart interroge M. le Premier ministre sur son avis concernant certaines préconisations relatives à la réconciliation franco-algérienne. […] Sur ce rapport, l’association Le souvenir français a fait part de son étonnement concernant l’attention portée aux « Morts pour la France » en craignant que la réconciliation visée ne prenne pas suffisamment en compte certaines mémoires des différentes parties. […] l’association a publié onze préconisations qui seraient à même de contribuer à la réconciliation franco-algérienne. […] Aussi souhaite-t-elle connaître sa position […] sur les onze préconisations de l’association Le souvenir français.

Texte de la réponse (Extraits)

Le Président de la République, comme le Gouvernement, ont pour priorité le rapprochement et la compréhension mutuels des mémoires de la guerre d’Algérie dans le respect de chacune d’entre-elles et la vérité historique. C’est dans cette optique que sont étudiées les préconisations du rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie remis en janvier 2021 par Benjamin Stora au Président de la République. Lors des journées nationales commémoratives consacrées à la guerre d’Algérie, le 19 mars, le 25 septembre et le 5 décembre, ces mémoires sont rappelées. Elles ciblent autant les souffrances des rapatriés, des anciens supplétifs de l’armée française et de leurs proches, que l’engagement des soldats de métier et des appelés. […] Concernant l’attribution des mentions « morts pour la France » durant la guerre d’Algérie, elles s’effectuent suivant les règles décrites aux articles L. 511-1 et suivants du CPMIVG. Sur le sujet des personnes civiles non-fonctionnaires victimes de l’OAS, le Conseil d’État a estimé qu’elles n’étaient pas décédées du fait de violences constituant une suite directe de faits de guerre, l’OAS ne pouvant être considérée comme belligérant (avis n° 367.315 du 13 février 2003). […]

10°) Projet de déroulé de l’entretien (2e partie), sous mél de transmission du 13 novembre 2021 (cf. ci-après).

Envoyé : samedi 13 novembre 2021 – 10h45
De : « Anpromevo »
A :  » bruno.roger-petit »
Cc  » brice.blondel »
Objet : Guerre d’Algérie – Pour un hommage officiel à la mémoire des victimes de l’OAS.

Chaville, 13 novembre 2021.

Monsieur le Conseiller,

Dans le souci de contribuer à l’efficacité de notre entretien du 15 novembre en milieu d’après-midi, je m’autorise à vous adresser un complément au déroulé dont je vous ai rendu destinataire par courriel du 9 novembre (à 17h45).

Il m’a été inspiré par un « fait divers » dont deux membres du conseil d’administration de l’ANPROMEVO ont été les témoins le 11 novembre dans le département des Yvelines et dont ils ont bien voulu me faire part.

Je vous renouvelle, Monsieur le Conseiller, l’expression de ma parfaite considération.

Jean-François Gavoury
Président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire ,des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)

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13-XI-2021

RENDEZ-VOUS AVEC M. BRUNO ROGER-PETIT, CONSEILLER MÉMOIRE

– Additif –

Au cours ou en conclusion de l’entretien, Jean-François Gavoury

I] évoque une anecdote : la rencontre du secrétaire général de l’ANPROMEVO et de son épouse, le 11 novembre 2021, en forêt de Rambouillet, avec des scouts d’une huitaine d’années chantant :

            « C’est nous les Africains

            « Qui revenons de loin […] ».

Mme Geneviève Pilhion, qui, alors âgée de treize ans à peine, a échappé à une balle tirée par un Européen aux abords du Lycée d’Alger et dont le père, le chef d’escadrons Marcel Bourgogne, a été assassiné par l’OAS le 11 avril 1962, s’est approchée du groupe et a demandé à ces enfants s’ils étaient africains. Et eux de répondre : « Non, Madame, nous sommes FRANÇAIS ». Mon amie n’obtint de réponse ni de ces jeunes ni de leurs encadrants à ses interrogations relatives à l’origine de ce chant (cf. NB 1) et à la raison pour laquelle on le leur avait appris de préférence à celui des Partisans.

II] s’appuyant sur ce fait n’ayant rien d’anodin, souligne deux éléments de réflexion :

1°) Le soir même d’un attentat meurtrier à la voiture piégée attribué à l’OAS, commis le 10 mars 1962 devant le siège du congrès du « Mouvement de la paix » à Issy-les-Moulineaux, le ministre de l’intérieur Roger Frey, dans une allocution télévisée au journal de 20h00 (cf. NB 2), dénonce la « folie sanguinaire » d’une organisation cherchant à « s’emparer du pouvoir par des méthodes que le régime hitlérien n’aurait certes pas désavouées » et en fustige les membres, qualifiés de « fascistes » et de « revenants de la collaboration ».

Face à une extrême droite qui, soixante ans plus tard, s’affiche, se radicalise, provoque et parvient à mobiliser à partir de slogans tels que « Vive la vraie France » (exploité en son temps par l’OAS), une parole du Président de la République ciblant cette faction au travers d’un hommage rendu aux victimes qu’elle a causées ferait sens et permettrait de renforcer le statut de seul rempart crédible contre une ultra-droite en voie de banalisation du futur candidat Emmanuel Macron.

2°) Une mise à l’honneur de l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France, sans distinction de leur origine européenne ou non, ne pourrait qu’être appréciée de l’autre côté de la Méditerranée et elle serait de nature à consolider le réchauffement en cours des relations entre les présidents des deux pays.

NB 1 : L’OAS, notamment à Alger, avait fait du Chant des Africains l’indicatif de ses émissions pirates à la radio. (cf. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/phd98046733/emission-pirate-de-l-oas).

NB 2 : Cf. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf90005846/declaration-de-roger-frey.

11°) Liste de victimes de l’OAS « Morts pour la France » ou illégalement exclues de cette qualité [Extraits].

À l’issue de l’entretien, durant lequel M. Bruno Roger-Petit se sera, par son écoute, ses observations et ses questions, attaché à démontrer qu’il était parfaitement à sa place dans ses fonctions de conseiller Mémoire au cabinet du Président de la République, Jean-François Gavoury a la chance de croiser Madame Brigitte Macron, avec qui il peut échanger en privé durant quelques minutes.

Elle fait part de son intention de consulter le dossier constitué par l’association et remis à M. Roger-Petit. Elle considère que la question de la reconnaissance des victimes de l’OAS doit être appréciée au regard non pas de l’opportunité qu’elle représenterait pour le Président mais de la nécessité objective d’honorer ces oubliés de la mémoire de la guerre d’Algérie.

Il semble que Madame Macron puisse, au besoin, se révéler un alliée déterminante.

Dans l’immédiat, l’état-major particulier (militaire) de Monsieur Emmanuel Macron sera saisi, à titre exploratoire, par M. Roger-Petit des propositions d’hommage émanant de l’ANPROMEVO : il s’agit là d’une consultation obligée, préalablement à l’étape ultime du portage du dossier auprès du Président.


20 NOVEMBRE 2021

 image072Décès à Angoulême (Charente) de M. Henri Bosch, adhérent de l’association depuis le 12 septembre 2016, authentique pratiquant de la fraternité.

Ses obsèques ont eu lieu le 26 novembre 2021 à Civray (Vienne).

Son fils Jean-Michel lui a rendu l’hommage dont la teneur suit :

J’ai souhaité prendre la parole pour honorer la vie de Papa et rappeler un aspect essentiel de sa personnalité : pour moi, c’est l’inclusion. Au-delà de sa présence comme guide et exemple dans ma vie, je me souviens que Papa a toujours été prêt à garder une porte grand-ouverte à la famille et l’ami, mais aussi à l’étranger, au réfugié, à l’autre. Il me citait souvent l’exemple de sa grand-mère Nigues qui insistait pour qu’une assiette vide soit placée à table, juste au cas où un étranger devrait se présenter à l’improviste. Cette idée, je dois le dire, à l’époque, me paraissait un peu surréaliste, mais je la vis se matérialiser sous mes yeux au fil des années.

C’est ainsi qu’en 1962 notre appartement aux Tourelles, à Aix-en-Provence, accueillit de manière continue les membres de la famille qui avaient eu à quitter précipitamment leur pays, l’Algérie. Ils n’avaient pu prendre avec eux, comme le disait Mémé Germaine, que deux valises et leur mouchoir pour pleurer. Notre cousine Aimée en a d’ailleurs témoigné en réponse à l’annonce du décès de Papa, en m’écrivant : « Très attristée par le décès de Ritou, cousin germain très apprécié depuis Orléansville, Aix-en-Provence et plus. En mémoire, sa réception chaleureuse sur le port de Marseille, le 12 juin 1962, suite au rapatriement pénible de la famille. Esprit humaniste et solidaire, qui a ouvert toute grande sa porte aux « pèlerins de passage ». ». Et aussi mon oncle Jean-Jacques, qui me disait se souvenir de Ritou aidant les rapatriés sur le quai de Marseille, un brassard du Secours catholique au bras. Tout cela, bien entendu, avec l’engagement et le soutien de Jeanne, notre Maman qui pendant presque 70 ans fut sa compagne dévouée et l’accompagna dans toutes ses étapes.

C’est ainsi que, quelques années plus tard, à Sarcelles, un jeune ingénieur de Bratislava arriva dans notre famille et dans notre vie pendant toute une année. Il s’était retrouvé réfugié politique involontaire, bloqué en France à l’été 1969, ne pouvant rentrer dans son pays qui avait été envahi par l’Union Soviétique. Son séjour avec nous fut pour moi une expérience merveilleuse qui m’ouvrit à l’humanisme et le désir d’aider son prochain.

Je me souviens aussi que, quelques années plus tard, à Colmar cette fois-ci, une famille entière de médecins tchèques et leurs deux enfants s’installa dans notre maison rue Sainte-Catherine, pour une période assez longue là aussi, le temps que Papa les guide dans les premières étapes de leur vie sociale et professionnelle en France, en aidant notamment Pavel à trouver un poste à l’hôpital Pasteur.

Ce ne sont ici que trois exemples de sa vie d’accueil, de curiosité, d’intérêt pour l’autre, d’inclusion, de tolérance. Il y en a bien d’autres. Sa vie durant, il a saisi chaque opportunité d’ouvrir ses idées et ses actes vers l’inclusion, que ce soit à l’égard d’autres religions, d’autres ethnies ou d’autres cultures. J’ai rarement vu une personne aussi intéressée par son prochain et autant prête à aider l’autre dans le besoin.

Pour moi, c’est une des plus belles leçons de vie qu’il ait pu me donner, et que j’essaye chaque jour de développer en apportant une dimension de tolérance et d’inclusion dans notre monde.

Jean-Michel BOSCH

Il y a quelque chose de plus fort que la mort,

C’est la PRÉSENCE DES ABSENTS

Dans la MÉMOIRE des VIVANTS

                                             Jean d’ORMESSON


5 DÉCEMBRE 2021

Le président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) s’adresse par courriel à celles et ceux de ses adhérentes et adhérents qui ont participé à l’assemblée générale du 25 novembre ou y ont été représentés. Il souhaite en effet leur livrer ses impressions concernant la cérémonie nationale d’hommage aux morts pour la France de la guerre d’Algérie organisée le matin même en la Cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides à Paris et présidée par Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

Cette manifestation, accessible en vidéo via le lien https://www.youtube.com/watch?v=gBv6qejR1No), a eu pour principale caractéristique de confirmer l’intime proximité de cette ministre avec les anciens tenants de l’OAS en même temps que son incapacité à rendre compte du drame algérien dans sa globalité. Elle a par ailleurs brouillé la communication du Président de la République dans le cadre de cette Journée.

Hommage aux morts pour la France de la guerre d’Algérie le 5 décembre 2021 à Paris

Une parodie cérémonielle pour un simulacre de réconciliation mémorielle

Ce dimanche matin, de 10h00 à 11h00, en la Cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides à Paris (7e), Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, a présidé la cérémonie officielle d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie.

Cette cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités civiles et militaires, d’élus ainsi que de représentants d’associations : j’y étais invité et je m’étais inscrit en vue d’y assister. Au dernier moment, je me suis ravisé et ne l’ai pas regretté.

Il s’est agi, en effet, d’un spectacle parodique, marqué par le dépôt d’une gerbe minuscule au pied d’un chevalet dérisoire supportant un écriteau porteur de l’inscription « Journée nationale d’hommage aux « Morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie ».

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Le ton avait été donné, quelques minutes auparavant, avec un message tendancieux, diviseur, confinant au caricatural.

Reconnaissant le sacrifice des militaires (soldats de métier, jeunes appelés ou rappelés sous les drapeaux, personnels féminins des Armées), des supplétifs, des rapatriés d’Afrique du Nord, des personnes disparues, des victimes civiles des 26 mars et 5 juillet 1962, respectivement à Alger (rue d’Isly) et dans les rues et immeubles d’Oran, Geneviève Darrieussecq n’a pas eu un mot pour les membres des forces de l’ordre (gendarmes, policiers, CRS). Aucune mention, fût-ce allusive, aux victimes militaires et civiles de l’OAS !

Pire, au risque de se voir reprocher une certaine forme de réécriture de l’histoire, elle a affirmé, à propos des Français d’Algérie d’origine européenne : « Ils n’étaient pas les exploiteurs haineux souvent caricaturés. Ils partageaient une vie, un pays, une terre avec les populations arabes ou berbères d’Algérie. ». Aucune précision, cependant, sur les modalités de la répartition.

En conclusion d’une manifestation à la tonalité nostalgérique assumée, la ministre déléguée a longuement salué chacune et chacun des invités cependant que la musique militaire interprétait le chant des Africains, hymne des partisans de l’Algérie française et de l’OAS.

Ni le député de Paris Gilles Le Gendre (LREM), ni le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi (Les Républicains) n’ont sourcillé.

Espérée digne, inclusive, respectueuse de toutes les mémoires des victimes de la guerre d’Algérie, la prestation de la ministre Darrieussecq aura contribué de la pire façon à la rémanence des antagonismes. Elle aura par ailleurs desservi le dessein gouvernemental d’une relation apaisée entre la France et l’Algérie.

Jean-François Gavoury

L’ACTUALITÉDU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE      PUBLIÉ LE 5 DÉCEMBRE 2021

Journée nationale d’hommage aux Morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie

De 1952 à 1962, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, près de deux millions d’hommes servirent sous nos drapeaux. Plus de 25 000 d’entre eux tombèrent pour la France. 70 000 furent blessés. Hier, ils combattaient avec dévouement pour nos couleurs.

Aujourd’hui, ils appartiennent à la mémoire de la Nation.

Et en ce jour, devant les monuments aux morts des villes et villages de notre pays, les représentants de l’État déposeront une gerbe, au nom du Président de la République, pour honorer leur souvenir.

Depuis 2003, la France consacre la journée du 5 décembre à ceux qui sont morts pour la France dans ces guerres de décolonisation et à ceux qui en sont revenus, à ceux qui y ont souffert et à ceux qui en souffrent encore : les militaires de métier et les appelés du contingent ; les Harkis et leurs familles ; les disparus, ces hommes et ces femmes, civils et militaires, dont la trace a été perdue ; les personnes qui ont dû abandonner un pays où ils étaient nés, qu’ils aimaient, et dont les associations représentatives seront reçues par le Président de la République dans les premiers jours de l’année prochaine.

Cette histoire complexe, cette mémoire composite, c’est la nôtre. Parce qu’elle est décisive pour la compréhension de notre passé et de notre présent, comme pour notre cohésion nationale, elle doit être connue et reconnue dans toutes ses composantes.

Depuis le début de son mandat, le Président de la République encourage le travail d’histoire et de mémoire autour de cette période et de ses acteurs. C’est la condition de sa transmission aux jeunes générations, œuvre qui doit se poursuivre de manière éclairée et apaisée.


19 DÉCEMBRE 2021

image078Décès à l’âge de 90 ans de Monsieur Robert Créange, secrétaire général de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) depuis 1994 jusqu’à 2013, année au lendemain de laquelle il devient membre, à titre personnel, de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO).

C’est alors qu’il en était le dirigeant que la FNDIRP, lors d’une réunion de son Bureau exécutif le 11 mars 2006, a décidé de devenir membre d’honneur de l’ANPROMEVO, fondée et déclarée un mois plus tôt.

Issu d’une famille juive d’origine lorraine et non pratiquante, Robert, Michel, Hayem Créange était né le 18 avril 1931 à Paris (16e) de Samuel Pierre Joseph Créange (dit Pierre Créange), socialiste, franc-maçon, homme de lettres, poète et de Raymonde Esther Cahen.

Ses parents sont tous deux arrêtés par les Allemands en août 1942 lors d’une tentative de franchissement de la ligne de démarcation. Transférés à la prison de Poitiers, ils seront internés au camp de Drancy le 14 août 1942 puis convoyés le 18 septembre vers le camp de concentration d’Auschwitz (Pologne) où ils mourront le 23 septembre. Par arrêté du secrétaire d’État à la défense chargé des anciens combattants en date du 19 juillet 1999, la mention « Mort en déportation » a été apposée sur leurs actes de décès respectifs.

En même temps que sa sœur Françoise, âgée de treize ans, il est recueilli par une tante à Périgueux, dont il fréquenta le lycée avant de devenir élève du Centre national d’enseignement par correspondance. Dans le prolongement d’une année de propédeutique Lettres modernes, il effectuera en 1951-1952 son service militaire en Allemagne puis à Angers comme sergent.

Jusqu’à sa retraite en 1986, il alternera entre l’enseignement et la Régie Renault au comité d’entreprise de laquelle il sera associé avant d’en piloter le secteur « Enfance-Jeunesse » à partir de 1968, puis les activités sociales de 1978 à 1986.

Conseiller municipal d’opposition (PCF) de Boulogne-Billancourt de 1983 à 1995, il ajouta la dimension de l’engagement mémoriel à son militantisme dans le domaine social et politique : secrétaire général du Comité national du Souvenir des fusillés du Mont-Valérien et du Comité du Souvenir des 35 martyrs de la Cascade du Bois de Boulogne, secrétaire général adjoint de l’Union française des associations de combattants et de victimes de guerre (UFAC).

image080Lutte contre l’obscurantisme, devoir de vérité, appel de la jeunesse à la citoyenneté ont inspiré son activité à cet égard : une activité inlassable, puisque le 15 novembre de cette année, il témoignait encore devant une classe d’élèves du Lycée (LGT) Simone VEIL de Boulogne-Billancourt, arborant des objets personnels tels que l’étoile juive qu’il portait enfant.

Depuis le 1er février 2020, Robert Créange appartenait au conseil d’administration de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG) au sein duquel il avait été nommé pour une durée de quatre ans, par arrêté ministériel, au titre du troisième collège (composé de représentants des fondations et associations nationales œuvrant pour les missions mémorielles et la citoyenneté).

Qu’il repose en paix et que son exemple nous encourage à ne pas lâcher prise dans la conduite de nos combats pour la mémoire !