ANPROMEVO

Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS

Category: Non classé

Vœux pour 2018

prononcés à Alençon le vendredi 5 janvier à 11 h 00 par Mme Annie Pollet au nom de Jean-François Gavoury

2018, année en 8

Une année débute, qui en rappelle d’autres : 1958 et 1968 en particulier !

1968, avec son mois de mai marqué, notamment en France, par sa révolte étudiante, ses mouvements sociaux et le vacillement des institutions jusqu’à la rencontre de Baden Baden au cours de laquelle le général de Gaulle reçoit du général Massu, commandant en chef des Forces françaises en Allemagne, l’assurance du soutien des armées face aux émeutes et barricades : des barricades qui en rappellent d’autres, meurtrières celles-ci, dressées par une partie des Français d’Algérie entendant manifester ainsi leur mécontentement après la mutation en métropole, le 19 janvier 1960, du général Massu, relevé de ses fonctions de commandant du corps d’armée d’Alger sur décision du président Charles de Gaulle.

1958, avec son mois de mai marqué, le 13, par le putsch d’Alger au cours duquel les partisans de l’Algérie française prennent d’assaut le siège du Gouvernement général et créent un Comité de salut public civil et militaire, avec à sa tête le général Jacques Massu, bénéficiant du soutien tacite du général Salan, chef des Forces françaises en Algérie. Ce coup d’État sera le point de départ d’une crise qui précipitera la fin de la IVe République et entrainera un processus qui aboutira, quelques mois plus tard, à l’instauration de la Ve.

Crise et déconstruction des institutions en 1958, crise et déconstruction des valeurs anciennes en 1968 : un même contexte insurrectionnel pour l’affirmation de deux utopies, celle d’une Algérie à jamais française et celle d’une société idéale.

La Ve République survivra tant aux « événements » d’Algérie qu’aux « événements » de mai 1968 : sans doute sa robustesse face aux épreuves les plus violentes lui vaudra-t-elle de voir son soixantième anniversaire officiellement célébré en octobre prochain.

***

Entre 1958 et 1968, un certain 3 janvier de l’année 1962, huitième année d’un conflit franco-algérien ayant viré à l’affrontement franco-français.

Au lendemain de cette date, le 4 janvier, à 19 h 15, qu’apprend-on sur l’antenne de Paris Inter dans le journal radiophonique Inter Actualités [1] ?

Jean Lefèvre :

« Hier, un fonctionnaire de l’enregistrement a été attaqué à Alençon. Maintenant on peut établir qu’il s’agit d’un attentat activiste. »

Francis Mercury ajoute :

« En tout cas, l’enquête est menée avec beaucoup de célérité par la police.

Voici ce que nous donne comme renseignements, à Alençon, notre correspondant :

Et le correspondant alençonnais de la radio nationale de préciser :

« Et d’abord, qui était cet homme dont les Alençonnais n’ont connu le nom qu’en lisant ce matin leur journal.

En effet, il est difficile de parler d’émotion à propos d’une personnalité discrète dont la vie publique était quasi inexistante.

Tout ce que l’on savait de lui, c’était qu’il partait régulièrement, pour de longs week-ends, dans la capitale où il aurait entretenu des relations avec les milieux nord-africains, relations qui lui avaient valu sa mutation d’office après une condamnation pour activité antinationale.

Pourtant, cet ancien membre du Parti communiste algérien ne s’était signalé d’aucune manière à Alençon, où ses collègues le considéraient comme un bon fonctionnaire, impeccable et consciencieux.

Les faits, on les connaît dans leur simplicité tragique et leur rapidité.

12h35 : M. Locussol, qui déjeune avec sa sœur, sort de son domicile pour répondre à un coup de sonnette. Deux coups de feu claquent. L’inspecteur de l’enregistrement tombe, ensanglanté.

14h06, une heure et demie plus tard : deux hommes, vêtus avec une certaine élégance, descendent de l’omnibus en gare du Mans.

Le commissaire de police d’Alençon, qui a recueilli dans l’intervalle un témoignage capital, téléphone à son collègue. On appréhende Robert Artaud, 23 ans, fils d’un publiciste parisien demeurant avenue Franklin Roosevelt : dans sa poche, un 22 long rifle de fabrication espagnole. Puis c’est la seconde arrestation, celle de Paul Stefani, 24 ans soudeur à Hassi-Messaoud, venu d’Alger par le « Ville de Marseille », Marseille où il avait débarqué le 23 décembre.

Artaud feint tout de suite l’ignorance, mais Stefani se trahit.

En mission spéciale, les deux jeunes gens ont, semble-t-il, descendu M. Locussol.

On devait apprendre dans la soirée, en effet, que Paul Stefani avait reçu d’un certain Willy[2] – un officier de l’entourage immédiat de Salan – l’ordre de se rendre à Alençon et 200.000 anciens francs afin d’abattre M. Locussol qui faisait partie, ajoute-t-on, d’une section anti-OAS. « Vous pouvez maintenant faire de nous ce que vous voudrez : nous avons exécuté un ordre ». Au Mans, le transfert de Stefani et de son camarade, un comparse apparemment, est imminent. Mais la police multiplie les investigations : on pense que les listes trouvées dans la poche d’un des agresseurs mèneront sur des pistes nouvelles. »

Jean Lefèvre réagit en ces termes :

« Vous voyez donc que cette affaire risque d’avoir de profonds retentissements, non seulement à Alençon, où l’affaire s’est produite, mais également en province et à Paris. »

Daniel Pouget confirme :

À Paris et dans toute la France, c’est évident

Il n’est pas exclu que cette affaire trouve d’importants prolongements à Paris et en province.

Ainsi, on apprenait cet après-midi qu’un officier, le capitaine de Régis, avait été interpellé et se trouvait actuellement en garde à vue, interrogé au siège de la brigade criminelle.

Il n’est pas exclu non plus que l’arrestation de ce capitaine soit en rapport avec l’affaire d’Alençon qui aurait aussi des prolongements dans le Sud-Ouest.

Artaud, pour sa part, nie avoir eu connaissance des raisons qui poussaient Paul Stefani à pénétrer chez M. Locussol.

Nous apprenons ce soir que Roger Artaud, exerçant la profession de publiciste et demeurant à Paris, 14 avenue Franklin Roosevelt, a été appréhendé ce soir par les policiers de la brigade criminelle. Amené au siège de la police judiciaire, quai des Orfèvres, M. Roger Artaud ainsi que le capitaine de Régis subissent actuellement un interrogatoire préliminaire. En effet, ils seront transférés demain matin place Beauvau pour y être entendus par les policiers de la sûreté nationale qui sont chargés de l’enquête.

Jean Lefèvre conclut :

« Une affaire par conséquent qu’il convient de suivre de très près et qui aura probablement des retentissements dans les heures qui viennent. »

***

Dans les heures, certes, mais également dans les décennies, puisque cinquante-six ans après, les porteurs de la mémoire d’Alfred Locussol sont réunis ici et s’expriment.

Ils s’expriment parce que faire acte de mémoire, c’est faire acte de parole.

Ils parlent parce que l’actualité d’hier, celle des faits, contribue à cette vérité de l’histoire dont des discours révisionnistes ultérieurs, encouragés par les lois d’amnistie et de réhabilitation, ont pour objet de falsifier voire nier la réalité.

Ils se rassemblent ici pour rappeler qu’Alençon a été le théâtre d’une exécution politique il y a cinquante-six ans.

Et ici, ils affirment que s’en prendre à la stèle honorant le souvenir d’Alfred Locussol ne permettra pas à ses assassins de se libérer de leur passé criminel.

Ils font acte de mémoire non pas tant pour obtenir repentance ou réparation de l’ancien État colonial que pour contrarier les tendances à l’amnésie collective et éviter la répétition de l’Histoire.

Telle me paraît être la double vocation de la mémoire en action.

Parce que j’en suis membre et surtout parce que leurs présidents respectifs m’y ont autorisé, j’associe « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons » ainsi que le Comité Vérité et Justice pour Charonne à l’hommage rendu aujourd’hui à Alfred Locussol, et, à travers lui, à celles et ceux que l’activisme terroriste de l’OAS a tués ou blessés, mutilés et traumatisés à vie, en Algérie comme en France.

Heureuse année à celles et ceux qui soutiennent le combat des associations de victimes l’OAS. Et puisse 2018, dans le prolongement de 1958 et 1968, donner corps à une nouvelle utopie : celle d’un cessez-le-feu des mémoires !

Jean-François Gavoury

[1] [Source : http://www.ina.fr/audio/PHZ04015131 (de 4’13 à 8’25)]

[2] qui s’avèrera être Jacques Achard.

L’OAS contre les institutions de la République

par Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO).

Avant-propos

Le 5 octobre 2016, au nom de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO), j’ai formulé auprès de la Mairie de Paris une demande de subvention pour le financement d’une Journée d’études relative à un projet de partenariat mémoriel entre les villes de Paris et Alger. Le 10 janvier 2017, je recevais de M. Brahim Zeddour un courriel d’invitation à participer, au côté notamment de Jean-Philippe Ould Aoudia, à une Journée d’études sur l’OAS prévue le 28 février à Oran et placée sous la double égide du Ministère des Moudjahidine et du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

Les deux événements étaient sans lien, au point que le second n’a pas eu lieu cependant que la subvention sollicitée était obtenue en juillet 2017. Mais ils entraient en résonnance, comme s’il était écrit que le 55e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie devait marquer une étape décisive à la fois au regard de l’activité de l’ANPROMEVO et dans ma propre existence de fils de victime de l’OAS n’ayant posé qu’une fois le pied sur le sol algérien, le 3 juin 1961, à l’âge de 11 ans, pour assister, dans la cour de l’École de police d’Hussein Dey, aux obsèques du commissaire central d’Alger, mon père.

Lors de ce colloque, il était envisagé que j’intervienne sur le thème qui fait le titre du présent article.

***

De l’insoumission à la République

Que ce soit à la veille ou au lendemain du putsch du 21 avril 1961, les cibles de l’OAS n’étaient pas le fait du hasard : étaient visés le siège des représentations gouvernementales, les infrastructures régaliennes ou d’intérêt stratégique, les élus, les services publics, les tenants de l’ordre social et républicain, bref, tout ce qui pourrait permettre à l’Algérie de vivre libre et indépendante, tout ce qui serait de nature à favoriser l’émergence d’une ère nouvelle de relations fraternelles entre les deux États et les deux peuples.

Ainsi, dans l’un des rapports de présentation au Président de la République du décret du 1er mai 1962 déférant l’ex-général Salan devant le Haut Tribunal militaire le 15 mars 1962, on lit :

« Pour se limiter à la ville d’Alger, sous le contrôle direct et immédiat de Salan, on peut mentionner des tirs au bazooka et au mortier sur le Palais d’Été, sur la place du Gouvernement, sur la caserne de gendarmerie des Tagarins, sur le quartier Belcourt et la casbah ; le mitraillage de la clinique Beaufraisier ; la destruction de la tour de contrôle de l’aéroport de la Maison-Blanche et l’attaque d’un véhicule transportant des militaires du contingent.

« De même, de nombreux assassinats furent commis par des membres de l’OAS sur des gardes mobiles, des éléments des Compagnies républicaines de sécurité, des fonctionnaires de police, en particulier les commissaires Gavoury, Goldenberg, Joubert, Pélissier, sur des officiers tels que les commandants Poste, Grain et Bourgogne, sur des personnalités, notamment Me Popie, avocat à Alger et son successeur Me Garrigues, Me Frayssineaud, M. Abdessalam, directeur général de l’administration civile des finances à Alger, sur des médecins et des commerçants. »

Lors du procès, les 11, 12 et 13 avril 1962, du général Jouhaud, qui avait assumé le commandement de la zone III (Oranie) de l’OAS durant les sept mois précédant son arrestation le 25 mars 1962, le président du Haut Tribunal militaire s’adresse en ces termes à l’accusé :

« Il y a eu un nombre considérable de menaces. Il faut reconnaître que l’OAS a usé de la menace dans toute la mesure du possible : menaces contre le chef de l’État, contre le gouvernement, contre ses représentants locaux – préfet, préfet régional, inspecteur général de l’administration, préfet de police – contre les fonctionnaires, contre les commissaires de police, contre l’armée et nous avons vu que vous êtes passés à l’exécution contre les élus – car évidemment les élus algériens ont été aussi menacés -, contre la presse, contre ceux qui voulaient partir et aussi contre ceux qui voulaient rester. Il n’y a pas de catégorie qui n’ait été l’objet de menaces particulières de votre part, et ce qui est le plus abominable encore, c’est que ces menaces ne s’adressaient pas à des hommes, à des individus considérés à tort ou à raison comme des ennemis, mais à leurs proches, à leur famille, à leur affection. »

Et le général Jouhaud de répondre :

« Il est exact, effectivement, que nous avons prononcé un certain nombre de menaces à l’égard d’un certain nombre de corps constitués parce que nous étions des révoltés : nous ne pouvions pas admettre et nous n’admettrons jamais que l’Algérie, demain, cesse de faire partie de la France. »

Plus tard, dans son réquisitoire, l’avocat général s’exprimera en ces termes :

« La déclaration initiale du directoire insurrectionnel faite dans la forme d’une proclamation du Haut commandement en Algérie et au Sahara le 22 avril 1961 sous la signature de Challe, Jouhaud, Salan et Zeller donne la mesure de la menace grave qui a alors pesé sur les institutions de la République : « … le commandement ne préjuge pas les mesures propres à reconstituer dans l’ensemble de la France l’ordre constitutionnel gravement compromis par un pouvoir dont l’illégitimité éclate aux yeux de la Nation. »

« Il était prévu une insurrection en métropole, laquelle insurrection devait être appuyée par toutes sortes de massacres, de plasticages, d’attentats, de meurtres et d’exactions. Alors donc c’est bien la preuve que ce complot avait nettement pour but le renversement du régime et des institutions républicaines. »

Le même représentant de l’accusation citera l’extrait d’un tract n° T 563 diffusé à partir du 25 janvier 1962 : « C’est eux, les hauts fonctionnaires, que l’OAS rendra responsables dans leur personne, leurs biens et leurs affections. L’OAS ne reculera devant rien. »

Il poursuit :

« Jouhaud n’allait pas déposer les bombes et les plastics meurtriers, ni tirer le mortier qui arrosait d’obus tout un quartier d’Oran, ni aussi les avions qui allaient bombarder Oujda en territoire marocain, ni abattre à coups de pistolet les malheureux fonctionnaires, officiers, magistrats qui accomplissaient avec courage et dévouement les missions que leur confiait le Gouvernement légal de la République, ni mitrailler d’inoffensifs passants, bien sûr, mais combien plus coupable à mon sens est celui qui, en tant que chef d’une organisation séditieuse, ordonne, couvre et ne désavoue pas de tels forfaits. […]

« On croit rêver quand on voit que de pareilles horreurs sont voulues et acceptées par des hommes qui se prétendent les défenseurs de la civilisation chrétienne et ont l’audace d’appeler la bénédiction de Dieu sur les incitateurs et les exécutants de ces crimes monstrueux.

C’est ainsi qu’après le cessez-le-feu, entré en vigueur le 19 mars 1962, Salan termine par ces mots une allocution tendant à l’intensification de la lutte et transmise par l’OAS-III sous le numéro T 585 : « La résistance demande des efforts et des souffrances, mais nous savons aussi qu’elle nous conduit au bon port. Que Dieu protège notre combat. »

Et l’un des deux défenseurs du général Jouhaud d’affirmer au cours de sa plaidoirie :

« Ce sur quoi ne nous sommes pas d’accord, Monsieur l’Avocat général, c’est lorsque vous entreprenez de faire croire au tribunal qu’il a voulu renverser les institutions républicaines. Là, vraiment, je ne vois pas ce qui, dans le dossier, peut autoriser un pareil soupçon, … [lui pour qui] l’idée d’une France qui ne serait pas républicaine est aussi absurde que l’idée d’une Algérie qui ne serait plus française. Il n’y a rien dans le dossier à cet égard, rien ; c’est absurde. »

Si j’ai mis l’accent sur certains échanges intervenus dans le procès du putschiste Jouhaud, ce n’est pas seulement parce qu’Oran était le siège de ses activités criminelles. C’est surtout parce qu’ils révèlent la fourberie du discours d’une organisation terroriste qui va progressivement s’installer dans le déni.

La vérité, c’était que le premier des trente-sept points du manifeste-programme de l’OAS distribué des deux côtés de la Méditerranée et reproduit dans L’Express du 15 juin 1961, s’intitulait « CINQUIÈME RÉPUBLIQUE : proclamation solennelle de la déchéance de la Ve République, de ses principes et des hommes qui en sont maîtres et profiteurs. »

L’on voit, dès le printemps 1962, se dessiner les prémisses d’une réécriture de l’histoire de l’OAS par ses propres dirigeants. Il est vrai que le général Salan lui-même en donnait une définition bien singulière en septembre 1961 : « L’armée secrète n’est pas une faction politique, c’est une véritable armée visant à mobiliser les Français sur le terrain essentiel de la défense des libertés fondamentales, de la justice sociale et du territoire national. ». Le chef suprême de l’organisation précisait même : « L’OAS ne sera jamais une équipe gouvernementale. Il y a une Constitution, il y a surtout des assemblées et un peuple de France. »

Les milliers de témoins et victimes survivantes des actes criminels perpétrés par l’OAS en Algérie et en France ont sans doute vu dans le rôle de ce mouvement une autre dimension que simplement tribunitienne ! Tous les documents attestent de son mépris à l’égard des institutions et de son dessein consistant à abattre la République.

***

à la soumission puis au sursaut de la République

L’OAS de 1961-1962 est parvenue à faire vaciller la République sur ses fondements démocratiques.

Cependant, sous l’effet d’une succession de lois d’amnistie[1] et de mesures de grâce collectives intervenues de 1964 à 1982, les anciens activistes de l’OAS, forts de leur virginité pénale retrouvée, ont eu toute latitude pour poursuivre leur mission d’asservissement de la République : non plus par la violence physique cette fois, mais par l’intimidation psychologique, le lobbying, le chantage électoral, formes plus subtiles d’un terrorisme qui infiltre et finit par subjuguer la classe politique jusqu’à la faire sombrer dans le révisionnisme.

Les premiers résultats ont pris la forme :

1°) d’un Mémorial de l’Empire colonial, dévoilé le 14 février 1971 dans l’enceinte du cimetière Lagoubran à Toulon, en présence de Jacques Soustelle, ancien gouverneur général de l’Algérie et co-fondateur en 1962 du Conseil national de la résistance, et du général Jouhaud ;

2°) d’une stèle dédiée le 25 février 1973 à Roger Degueldre, symbole de l’Algérie française à l’intérieur du square Alsace-Lorraine à Nice ;

3°) d’un vaste monument (deux mètres de haut sur six de large) aux « martyrs de l’Algérie Française », à nouveau à Toulon, au pied des remparts de la vieille ville, inauguré le 14 juin 1980 par Jacques Dominati, secrétaire d’État aux Rapatriés, en présence des grandes figures de l’OAS, au premier rang desquelles le putschiste Edmond Jouhaud ;

4°) du Mémorial Notre Dame d’Afrique, situé sur un promontoire de Théoule-sur-Mer, composé d’une sculpture monumentale haute de douze mètres sur le mur d’enceinte de laquelle sont apposées plus d’une centaine de plaques commémoratives au nom de chacun des membres de l’OAS tombés pour la défense de L’ALGÉRIE FRANÇAISE (la première pierre de ce mausolée fut posée le 27 mai 1990 par Joseph Ortiz, activiste de l’Algérie française, l’un des principaux artisans de la « Semaine des Barricades » en janvier 1960 qui fit quatorze morts et plusieurs dizaines de blessés parmi les gendarmes mobiles chargés de rétablir l’ordre).

Ces initiatives locales, dont les projets ont été conçus par d’anciens ultras de l’Algérie française et appuyés par des maires plus ou moins sincèrement acquis à leur cause, l’État en a cautionné la réalisation alors même qu’il lui appartenait de les empêcher en exerçant les voies de droit à sa disposition. Non seulement il ne l’a pas fait, mais, comme on vient de le rappeler à propos de Toulon, le Gouvernement est allé jusqu’à dépêcher l’un de ses membres à la manifestation inaugurale afin d’y prononcer une allocution : une allocution (en l’occurrence) troublée par les participants qui scandaient des slogans tels que « Amnistie » et « Réhabilitation » !

Ainsi s’exprimait le jusqu’au-boutisme des nostalgiques de l’époque coloniale.

La glorification formelle de l’OAS, littéralement gravée dans la pierre des cénotaphes et monuments érigés sur le domaine public, ne les contentait pas. Les premières lois d’amnistie ne leur suffisaient pas. La réhabilitation était leur objectif : non pas une réhabilitation de façade, mais le rétablissement par la loi dans les droits et prérogatives dont on a été déchu du fait d’une condamnation pénale.

Certes, durant cette double décennie 1970-1990, rien ne justifiait que la question de l’Algérie française constituât l’enjeu d’une élection présidentielle. Et pourtant, tel fut le cas lors des campagnes de 1974 et 1981.

Les revendications des anciens activistes ne seront pas satisfaites sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing : l’article 18 de la loi du 16 juillet 1974 portant amnistie exclut en effet leur réintégration de plein droit dans les emplois et dans les ordres nationaux (Légion d’honneur, Libération, Mérite), et le Premier ministre Raymond Barre invoquera, pour ne pas aller plus loin dans la concession au lobby pied-noir, un contexte politique inapproprié et les nécessités de la rigueur budgétaire : attitude méritoire sachant que des parlementaires de l’opposition socialiste avaient cru devoir proposer des amendements réclamant une amnistie plus large !

Déjà, le député-maire de Marseille Gaston Defferre, peu suspect de sympathie à l’égard de l’OAS, avait, obéissant en cela à des mobiles inavoués, déposé un amendement lors de la première séance de discussion, le 23 juillet 1968, du projet de la future loi d’amnistie du 31 juillet 1968 : suggérant de « rétablir dans leurs titres, grades et fonctions tous ceux qui ont été impliqués par les événements d’Algérie », l’amendement en question fut repoussé par 21 voix contre 1 en commission des lois et rejeté par l’Assemblée à raison de 288 voix sur 385 suffrages exprimés.

Quant à lui, François Mitterrand s’emploiera, dès le début de son premier septennat, à la mise en œuvre coûte que coûte de sa promesse de campagne formulée le 4 avril 1981 à Avignon, visant à un parachèvement du dispositif d’amnistie propre à effacer l’ensemble des séquelles, même de carrière, des événements d’Algérie. Acquise au forceps de l’article 49-3 de la Constitution, la peu glorieuse loi du 3 décembre 1982 relative au règlement de certaines situations résultant des événements d’Afrique du Nord bénéficiera à quelque 800 policiers, 400 administrateurs civils et 800 officiers renvoyés entre 1961 et 1963 de la fonction publique de l’État, civile et militaire.

Ainsi, huit généraux putschistes – dont Edmond Jouhaud – seront-ils réintégrés dans le cadre de réserve.

Le 13 février 2006, en préface du livre La bataille de Marignane, que Jean-Philippe Ould Aoudia et moi avons « co-produit », l’ancien ministre Pierre Joxe écrivait : « Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes-là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’État dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage. »

Dans le même ordre d’idées, Bertrand Delanoë, maire de Paris, dans son allocution précédant le dévoilement de la première stèle dédiée par une institution publique à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France, déclare le 6 octobre 2011 :

« La vérité, c’est que, dans les pages de notre histoire, il y a des drames, il y a des douleurs inouïes, et ces douleurs inouïes, elles ne viennent pas de nulle part : elles viennent d’idées, elles viennent de pensées qui se traduisent par des actes barbares.

« L’OAS, c’est une organisation terroriste, c’est une organisation criminelle, c’est une organisation qui a voulu détruire la République. Les victimes que nous honorons aujourd’hui sont des femmes, des hommes, des enfants, des policiers, des militaires, des Français, des Algériens, des femmes et des hommes morts parce qu’une organisation a contesté l’ordre démocratique, a voulu l’abattre et a utilisé les moyens les plus horribles pour tenter d’atteindre ses objectifs.

« Pourquoi est-il si long, pourquoi est-il si dur de poser ces actes évidents ?

« Je le dis avec émotion, gravité : je suis en même temps fier que Paris soit la première commune, la première institution française, à oser le faire, mais avec le regret que cela n’ait pas été fait plus tôt.

« Aujourd’hui, nous arrivons à mobiliser contre le terrorisme, contre les idéologies barbares, et ce qui s’est passé il y a quelques décennies semble nous coûter plus.

« Non !

« Paris, aujourd’hui, capitale de la France, Paris capitale de la République, Paris héritière de valeurs universelles, de valeurs de libertés, des droits de l’homme, Paris aujourd’hui relève la tête en disant que l’OAS était une organisation idéologiquement criminelle et, dans ses actes, barbare.

image013image015

Cimetière parisien du Père Lachaise – 6 octobre 2011

Inspiré par le propos du Maire de Paris, j’ai écrit, au lendemain de cette inauguration :

« Quelle épreuve d’avoir dû supporter que, depuis 1973 à Nice jusqu’en 2005 à Marignane, on statufie et piédestalise les singes sanglants de l’OAS et leurs maîtres à penser : le poignard, le pistolet et le plastic !

« Quelle douleur d’avoir dû accepter que l’on cherche ainsi à réhabiliter l’uniforme du déserteur et à insinuer le poison du révisionnisme dans les blessures ouvertes par la guerre d’Algérie !

« Comment, nous, victimes du fanatisme factieux, avons-nous pu admettre cette peine s’ajoutant à la peine ?

« Accepter de voir l’homme au service de la terreur érigé, sur le domaine public, en héros d’une cause pourtant reconnue scélérate, c’est, pour le responsable politique, défier l’ordre et l’entendement républicains, c’est braver les valeurs fondatrices de la communauté nationale en portant atteinte en particulier à la fraternité.

« Faire passer l’homme-terreur à la postérité, c’est conférer à ses crimes passés valeur d’exemple pour les générations futures, c’est abaisser les victimes et éprouver leur mémoire endolorie.

Je précise aujourd’hui : c’est ajouter l’anti-mémoire à l’anti-histoire.

A contrario, célébrer le souvenir des victimes de l’OAS, c’est délégitimer le terrorisme : la Ville de Paris l’a compris et le manifeste officiellement depuis cinq ans lors de chaque commémoration en lien avec la guerre d’Algérie, entraînant dans son sillage préfet de région, préfet de police et même, à titre exceptionnel, secrétaire d’État en charge de la mémoire et du monde combattant.

***

Mon père, Roger Gavoury, a été la première victime causée par l’OAS au sein de la fonction publique de l’État : c’était à Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961.

Qu’il me soit permis de rendre hommage à la mémoire du dernier commissaire de police victime de cette organisation, M. Marc Jorandon : c’était à Oran, le 14 mars 1962.

14 mars 1962, soit vingt-quatre heures avant l’assassinat collectif, sur leur lieu de travail, à Alger, et dans l’exercice de leurs fonctions, de six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs, à qui le statut de Mort pour la France n’a pas été conféré, mais dont le Gouvernement a reconnu la qualité de « victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France ».

Dix ans après la fin de la guerre d’Algérie, Lucien Bitterlin, disparu le samedi 11 février 2017, rencontrait, pour les besoins d’une émission de télévision intitulée « Plein cadre », un responsable FLN de la zone d’Alger et un officier d’active originaire d’Algérie ayant rejoint les rangs de l’OAS : il appelait alors à « la décolonisation des esprits, au dépassement du passé et à la coopération ».

Je complète aujourd’hui cet exposé en soulignant que la lenteur du cheminement montre combien cet objectif relevait du défi : la journée d’études oranaise du 28 février 2017 en était un, et elle n’a pas eu lieu !

Que vivent la coopération et la fraternité des mémoires de la guerre d’Algérie !

[1] « L’amnistie est une fiction en vertu de laquelle le législateur tient pour inexistant non pas les faits qui se sont accomplis, mais leur caractère délictuel » (Jean-André Roux, cours de droit criminel français, visé au jurisclasseur pénal).

Colloque « Guerre d’Algérie : des histoires, des mémoires »

À l’occasion de sa création, l’ENHMGA organise un colloque ayant pour thème “Guerre d’Algérie : des histoires, des mémoires” le 20 décembre 2017 de 9h à 18h à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.

INVITATION_COLLOQUE_ENHMGA-copie-724x1024

PLUS D’INFORMATIONS

 

MATIN

 

8h30

Accueil autour d’un petit-déjeuner

 

9h00

Accueil par Serge DROUOT, Président de l’ENHMGA

 

Post–mémoire de la guerre d’Algérie dans la France contemporaine

par Tramor QUÉMENEUR, Enseignant, chercheur

Historien français, spécialiste de la guerre d’Algérie. Né en 1973, Tramor Quemeneur est chercheur postdoctorant à l’université de Coimbra (programme ERC MEMOIRS). Sa thèse de doctorat, soutenue en 2007, était intitulée Une guerre sans “non” ? Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie, une première recherche fouillée sur les quelque 15.000 jeunes Français ont été insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience pendant la guerre d’Algérie. Il a dirigé le manuel 100 fiches d’histoire du XXe siècle (Bréal, 2004 et 2009) et a participé à plusieurs ouvrages collectifs, notamment La Justice en Algérie. 1830-1962 (La Documentation française, 2005), La Guerre d’Algérie : 1954-2004, la fin de l’amnésie (Robert Laffont, 2004), Hommes et femmes en guerre d’Algérie (Autrement, 2003) et Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie (Complexe, 2001). Aux éditions des Arènes, il a publié, avec Benjamin Stora, Algérie 1954-1962 et en 2011 avec Slimane Zeghidour L’Algérie en couleurs : 1954-1962, photographies d’appelés pendant la guerre.

 

De « l’Algérie de papa » à la guerre d’Algérie : les enjeux d’un enseignement sous surveillance (XXe-XXIe)

par Claude BASUYAU

Professeur agrégé d’histoire et géographie. Enseignant à la retraite, créateur et animateur du Club Histoire du lycée Buffon.

 

Les mémoires blessées de la guerre d’Algérie

par Benjamin STORA

Historien, professeur des universités, spécialiste du Maghreb contemporain

https://benjaminstora.univ-paris13.fr/

 

L’OAS contre les institutions de la République

par Jean-Philippe OULD AOUDIA

Président de l’association « Les Amis de Max Marchand et Mouloud Feraoun

OUVRAGES PARUS

■ 2015 : Deux fers au feu. De Gaulle et l’Algérie : 1961, suivi de Un crime d’État : Paris, 23 mai 1959, Jean-Philippe Ould Aoudia. Éditions Tirésias, 160 pages, 16 €, (ISBN 2-915293-88-0)

■ 2006 : La bataille de Marignane, 6 juillet 2005: la République, aujourd’hui, face à l’OAS. Jean-Philippe Ould Aoudia. Éditions Tirésias.

■ 2001 : Un élu dans la guerre d’Algérie. Jean-Philippe Ould Aoudia. Éditions Tirésias.

■ 1996 : Un enlèvement en Kabylie. Jean-Philippe Ould Aoudia. Éditions Tirésias.

■ 1994 : Autopsie d’un assassinat. Jean-Philippe Ould Aoudia ; préface d’Emmanuel Robles. Alger : ENAP/ENAL.

■ 1992 : L’assassinat de Château-Royal. Jean-Philippe Ould Aoudia ; Pierre Vidal-Naquet. Éditions Tirésias.

(Source : wikipedia)

 

12h45 – Buffet

 

APRÈS-MIDI

 

14h00

Les prisonniers français du FLN : une histoire oubliée

Par Raphaëlle BRANCHE

Historienne, professeure à l’université de Rouen

http://raphaellebranche.fr/

 

La mémoire combattante de la guerre d’Algérie – 55 ans de batailles

par Serge BARCELLINI

Président-général du Souvenir Français

 

Avoir 20 ans mourir à la guerre

par Jean RAYMOND

Commission nationale « Mémoire-Histoire » de la FNACA

 

Regard sur une génération sacrifiée

par Jean-Pierre MARCHAND

Commission nationale « Mémoire-Histoire » de la FNACA

 

CLÔTURE

Présentation de la pièce de théâtre Colonies

par la troupe « Les Butineurs » de Marie MAUCORPS

Création collective

Faire entendre un peu de ce qu’a été la guerre d’Algérie. La faire entendre à travers ce que nous sommes, deux générations plus tard. Ce spectacle s’est construit à partir d’archives, de témoignages et d’improvisations collectives. Il nous plonge dans une Algérie coloniale finissante, dans les prémices d’un nouvel État à venir, dans cette guerre sans nom dont les échos nous parviennent encore aujourd’hui.

Durée 1H45

 

MODÉRATEUR

Gérard CAPECCHI – Secrétaire de l’ENHMGA, doctorant en Histoire contemporaine

Chaque intervention sera ponctuée par des échanges avec l’auditoire

 

INSCRIPTION

Entrée libre, réservation obligatoire dans la limite des places disponibles.

Carte d’identité nationale exigée sur place.

Pour vous inscrire, il vous suffit d’envoyer avant le 10 décembre votre demande par mail à contact@enhmga.com

(indiquez simplement votre nom, le nombre de places désirées et si vous souhaitez venir le matin, l’après-midi ou toute la journée).

 

ADRESSE

Auditorium de l’Hôtel de Ville 4 rue Lobau 75004 Paris

 

COMMENT VENIR ?

Métro : lignes 1 et 11, station « Hôtel de Ville »

Bus : n° 58, 69, 70, 72, 74

RER : A, B, C, D, station « Châtelet-les-Halles »

6 octobre 2017 : Cérémonie du souvenir des victimes de l’OAS au cimetière parisien du Père-Lachaise

Compte rendu de la cérémonie du souvenir
des victimes de l’OAS
organisée au cimetière parisien du Père-Lachaise
le 6 octobre 2017

Le 6 octobre 2011, le maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, dévoilait, au cimetière du Père-Lachaise, une stèle dédiée à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France.

image002-15

Cet hommage s’inscrivait dans l’action de mémoire collective menée depuis 2001 par la Ville de Paris autour de la guerre d’Algérie et des conflits coloniaux en Afrique du Nord, avec, notamment, l’édification dans ce même cimetière du Père-Lachaise d’un mémorial célébrant le souvenir des 750 Parisiens morts pour la France en AFN, les plaques honorant les victimes des répressions du 17 octobre 1961 sur le pont Saint-Michel et du 8 février 1962 au Métro Charonne (sans compter le monument inauguré le 11 novembre 1996, dans le parc de la Butte du Chapeau Rouge, près du boulevard d’Algérie, à la mémoire des Harkis, de leurs familles et des victimes civiles de la guerre d’Algérie).

Depuis lors, à Paris comme en province – Alençon (Orne) en 2012, Le Touvet (Isère) en 2014 -, chaque journée du 6 octobre est l’occasion d’une cérémonie destinée à commémorer cet événement qui a marqué l’histoire des victimes de la guerre d’Algérie : en effet, celles de l’OAS avaient été, jusqu’alors, les seules collectivement privées de la considération qui leur était due par les pouvoirs publics, au premier rang desquels l’État lui-même.

De manière à renforcer l’ancrage de la date du 6 octobre dans le calendrier des manifestations d’associations d’anciens combattants et victimes de guerre, les membres d’honneur et adhérents de Paris et d’Île-de-France de l’ANPROMEVO ainsi que les correspondants et amis de l’association étaient invités à se réunir au cimetière du Père-Lachaise le vendredi 6 octobre 2017 à 11 h 00.

Avant le dépôt des gerbes de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, du Comité Vérité et Justice pour Charonne et de l’ANPROMEVO, plusieurs prises de parole ont eu lieu : celles de Jean-Philippe Ould Aoudia et de Michel Lambart – dont la teneur est reproduite ci-après – et celle aussi de Henri Cukiermann, qui s’est attaché à souligner ce qui distingue, au sens mélioratif du terme, et ce qui unit les victimes de l’OAS et celles du 8 février 1962 à Charonne.

image004-14

À l’issue de la minute de silence, Jean-François Gavoury a adressé ses remerciements à la quarantaine de participants, se félicitant de la représentation, pour la deuxième année consécutive, de l’Office national des Anciens combattants, dans laquelle il a vu le signe d’une orientation positive. Il a également tenu à exprimer sa sympathie à l’égard de Mme Huguette Azavant et de M. Michel Levallois, que leur état de santé a privé de la possibilité de prendre part à cet événement, attirant l’attention sur l’importance de la lutte pour la vie au regard de la continuité du combat pour la mémoire des morts.

Outre la présence des personnes dont le nom – ou la qualité – est cité dans les interventions de MM. Ould Aoudia et Lambart (cf. infra), à noter celle, au titre de la Ligue des droits de l’Homme, de M. Gilles Manceron, fidèle à ce rendez-vous parisien du 6 octobre, et celle aussi de l’un des membres de l’association4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre).

Parmi les personnalités empêchées et excusées, Mme Delphine Renard ainsi que MM. Robert Créange, Pierre Daum, Daniel Kupferstein, Jean-Pierre Louvel, Georges Morin et Alain Ruscio.

image006-1


Intervention de Jean-Philippe Ould Aoudia au nom de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons

Merci, Mesdames et Messieurs, mes chers amis, d’avoir bien voulu répondre à l’invitation de l’ANPROMEVO et de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons pour témoigner, en ce haut-lieu du souvenir, votre attachement aux principes et aux valeurs qu’incarnaient celles et ceux que nous honorons.

Je remercie particulièrement :

– Monsieur André Rakoto, directeur de l’ONAC de Paris, représentant Mme Rose-Marie Antoine, directrice générale de l’Office national des Anciens combattants et Victimes de guerre ;
– Monsieur Henri Cukiermann, président du Comité Vérité et Justice pour Charonne ;
– Monsieur Serge Drouot, président national de la commission Mémoire-Histoire de la FNACA ;
– Monsieur Jean Laurans, président départemental de la FNACA de Paris ;
– Monsieur le porte-drapeau national de la FNACA ;
– Monsieur le porte-drapeau de la FNACA de Paris-13e.

Le 6 octobre 2011, le maire de Paris M. Bertrand Delanoë, exprimait ici sa fierté que Paris, capitale de la France, soit la première commune, la première institution française, à honorer le souvenir de l’ensemble des victimes du terrorisme de l’OAS, en Algérie et en France, en élevant un mémorial devant lequel nous nous trouvons réunis en ce sixième anniversaire.
Notre présence renouvelée est un hommage citoyen et un hommage républicain, désormais inscrits dans le calendrier mémoriel par référence à l’inauguration de cette stèle par le maire de Paris.

C’est un lieu d’histoire, pour dire quelles sont les victimes et quelles sont les forces du Mal, toujours à l’œuvre et qu’il faut perpétuellement combattre.

Cette stèle participe à l’écriture d’une mémoire collective face à la promotion dont sont l’objet la colonisation et ses jusqu’au-boutistes de l’Algérie française.

Ce monument est une incitation, pour les jeunes générations, à l’apprentissage de la guerre d’Algérie à travers la page franco-française du conflit, la plus douloureuse et la plus sombre.

De guerre, il n’en est pas de juste, mais la guerre civile, c’est l’horreur ajoutée à la fureur.

Notre présence exprime aussi la volonté de nous opposer à la réhabilitation d’un syndicat du crime, l’OAS, qualifiée par le maire de Paris d’idéologiquement criminelle et barbare dans ses actes.

Barbare dans ses actes.

Le passé français en Algérie demeure toujours présent en France. Le 14 février 2017, le candidat à la présidence de la République Emmanuel Macron déclarait : « La colonisation c’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face… »

Notre présence, chaque 6 octobre, doit être un moment d’amitié entre l’Algérie et la France, en mettant à l’honneur des hommes et des femmes qui ont été soumis, sur les deux rives de la Méditerranée, à la violence de terroristes pour qui la vie humaine était sans valeur.
image008-1

Au nom de l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, une gerbe sera déposée au pied de la stèle, suivie d’une minute de silence.

Mesdames, Messieurs, chers amis, je vous remercie.


Allocution de Michel LAMBART Membre de l’ANPROMEVO

image010 - copie

Monsieur le sénateur de Paris Pierre Laurent, qu’une superbe gerbe représente ici ;
Monsieur le directeur départemental, représentant la directrice générale de l’Office national des Anciens combattants et Victimes de guerre ;
Mesdames, Messieurs les Présidents d’associations amies, présents, représentés ou excusés :
– Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons,
– Fédération nationale des Anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA),
– Association républicaine des Anciens combattants,
– Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes,
– Comité Vérité et Justice pour Charonne,
– Coup de Soleil,
– Ligue des droits de l’Homme,
– Espace parisien Histoire et Mémoire Guerre d’Algérie,
– Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples ;

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Le Président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, notre très cher Jean-François Gavoury, risquant de se trouver dans  l’impossibilité de participer à la commémoration de ce jour mais heureusement présent parmi nous, m’a chargé de porter la parole de  l’ANPROMEVO.

Le jeudi 6 octobre 2011, il  y a six années aujourd’hui, à la même heure, Bertrand Delanoë, maire de Paris, répondait à notre volonté et dévoilait cette stèle :

image011-2

Pour la première fois, depuis bientôt cinquante ans, l’origine des criminels éclatait au grand jour.

Dix ans auparavant, le 12 décembre 2001, la plaque commémorative à la mémoire des six Inspecteurs de l’Éducation nationale dans les Centres sociaux éducatifs créés par Germaine Tillion, assassinés par l’OAS à Alger le 15 mars 1962 – Marcel Basset, Robert Eymard, Mouloud Feraoun, Ali Hammoutène, Max Marchand, Salah Ould Aoudia – inaugurée par le ministre de l’Éducation nationale Jack Lang, demeurait muette.

Le président de l’association qui porte leurs noms, Jean-Philippe Ould Aoudia, écrivait  dans Le Lien, le 11 novembre 2011 : « Je fus contraint d’accepter que le nom des assassins soit tu ».

Le 6 octobre 2011, Jean-François Gavoury déclarait : « Oui, le 6 octobre 2011 marquera une étape déterminante vers la reconnaissance par la Nation des souffrances endurées par les victimes de l’OAS. Rien n’aurait été possible sans l’écoute de la ville capitale dont il convient de saluer, avec respect et gratitude, le Maire et son adjointe en charge de la mémoire ainsi que l’ensemble des élus et des services. »

Nous constatons, hélas, que les auteurs des actes barbares de l’OAS et leurs suiveurs continuent, sans désemparer, leurs attaques scélérates, et nous éprouvons d’énormes difficultés dans nos actions récursoires.

Mars 2016, c’était dans la revue Ensemble de l’Association culturelle d’éducation populaire, l’apologie  des crimes de Gabriel (dit Gaby) Anglade, à l’occasion de ses obsèques. Le président, Fred Artz, écrit : « En mars 1962, il neutralisera six fonctionnaires dont Max Marchand, suppôt notoire du FLN et auxiliaire de l’administration gaulliste, qui, avec quelques autres indicateurs, signalait aux terroristes FLN les victimes européennes qu’il convenait d’éliminer. Gaby sera volontaire pour tenter de libérer Roger Degueldre et aussi pour attenter à la vie du président Charles de Gaulle… »

Décembre 2016, nouvelle charge, contre Jean-François Gavoury, dans Les actualités de l’Algérianiste au sujet de la substitution par Robert Ménard, maire de Béziers, au nom de la rue du 19-Mars-1962, de celui de rue Commandant Denoix de Saint Marc, officier putschiste. Thierry Rolando, président du Cercle algérianiste, fustige les manifestants de la honte à Béziers le 14 mars 2015, c’est-à­dire ceux qui, comme Jean-François Gavoury, Jean-Philippe Ould Aoudia, vinrent s’opposer à cette décision. Il déclare « … plusieurs d’entre eux dont l’éternel Jean-François Gavoury qui, condamnant  les actions  de 1’OAS, se garde bien de condamner les crimes du FLN. Le tribunal administratif de Montpellier a rejeté le 8 novembre dernier (2016) leurs prétentions. Nous nous en réjouissons. »

Qu’un maire change le nom d’une rue porteur de paix par celui d’un officier aux ordres d’un pouvoir insurrectionnel ne nous réjouit pas. Denoix de Saint Marc se soumit et passa sa première nuit à la prison de la Santé le 26 avril 1961. Un mois plus tard, le 31 mai, Roger Gavoury, commissaire divisionnaire d’Alger, était assassiné par un commando de l’OAS : parmi ses membres, Albert Dovecar et Claude Piegts.

Rappelons que Jean-François Gavoury déposa le 30 décembre 2014 un mémoire introductif d’instance afin que soit annulée la délibération du conseil municipal de la commune de Béziers en date du 11 décembre 2014 portant changement de dénomination de voie.

Juin 2017 – Les actualités de l’Algérianiste incriminent une institution de la République, le Musée national de l’Éducation, où est présentée, depuis le 8 avril 2017 et jusqu’au 2 avril 2018, une importante exposition « L’École en Algérie, l’Algérie à l’École de 1830 à nos jours », à laquelle nous avons participé.

L’Algérianiste titre « une exposition qui interpelle », puis s’interroge « sur le parti pris idéologique de cette exposition » et relève, parmi les collaborateurs, « L’inévitable Benjamin Stora, Georges Morin de 1’association pied-noire pro-FLN Coup de Soleil, Marc Ferro et Pierre Nora, historiens, favorables à l’indépendance de l’Algérie … en quelque sorte, le règne de la pensée unique. »

Pourtant, cette exposition se montre exhaustive. Dans la partie consacrée à des figures d’enseignants, nous trouvons le recteur Laurent Capdecomme, qui défendit courageusement les Centres sociaux éducatifs devant le tribunal d’Alger lors du procès dit des Barricades, où le colonel Gardes les traita de « pourriture » ; Mouloud Feraoun « Où mènent les Chemins qui montent ? » ; Max Marchand « Penser l’Algérie et la France ». Jean-Robert Henry, directeur de recherche honoraire au CNRS, précise dans le livre-catalogue : « Le 15 mars 1962, quatre jours avant le cessez-le-feu, un commando de l’OAS exécutait à Ben Aknoun, au siège des Centres sociaux éducatifs, six de leurs Inspecteurs, dont Mouloud Feraoun et Max Marchand. Dans un contexte de violence aveugle, ces morts prenaient une signification particulière : les criminels visaient clairement leur implication active dans ces structures destinées à promouvoir l’éducation de base d’une jeunesse algérienne non scolarisée. […] En 1962, la politique de la terre brûlée menée par l’OAS touche l’appareil éducatif : l’exemple le plus symbolique est l’incendie de la bibliothèque universitaire d’Alger. »

Est-ce un parti pris idéologique que de relater les forfaits de ceux qui n’ont toujours pas mauvaise conscience ? Et, comme le soulignait Bertrand Delanoë : « Est-ce si dur ? Est-ce si dur d’être humble et courageux vis-à-vis de la vérité ? ».

Bertrand Delanoë eut le courage d’affirmer : « L’OAS, c’est une organisation terroriste, une organisation criminelle, c’est une organisation qui a voulu détruire la République. », ce que ne fit aucun responsable des institutions de l’État. Pourtant, l’OAS n’hésita pas à attenter à la vie du Président de la République, le général de Gaulle. Il fallut attendre trente-sept années pour que le Gouvernement français reconnaisse que les opérations de maintien de l’ordre ou de pacification couvraient, en réalité, une guerre. À la fin de cette guerre franco-algérienne et algéro-algérienne, il y eut une guerre franco-française menée par l’OAS dont la finalité, au nom de l’Algérie française, était d’abattre la République.

Pensons à deux amis qui nous ont récemment quittés :
– le 17 février, un hommage était rendu à Lucien Bitterlin au funérarium des Batignolles. Lucien Bitterlin, responsable du Mouvement pour la Coopération, mit sur pied une police parallèle afin de soutenir le général de Gaulle dans la lutte contre l’OAS. I1  échappa à plusieurs mitraillages et attentats et perdit la majorité de ses hommes. Dans l’établissement du dossier des victimes de 1’OAS, Jean-François Gavoury dresse la liste des contractuels de la lutte anti-OAS, assassinés par  l’OAS, d’après les documents  de Lucien Bitterlin.
– le 28 août, François Nadiras, de la Ligue des droits de l’Homme à Toulon, fut, comme le déclare Jean-François Gavoury, une « vigilante sentinelle de la République à qui l’ANPROMEVO doit d’être née, d’avoir pu développer son action et d’avoir vu croître son audience. »

Le 6 octobre 2011, Jean-François Gavoury remerciait ainsi Bertrand Delanoë : « Monsieur le Maire de Paris, c’est un vrai moment de lumière que vous nous donnez à connaître en mettant à l’honneur des hommes et des femmes soumis à la barbarie de ce terrorisme dont l’image hideuse doit nous encourager à repousser toute forme de résurgence. »

Afin de repousser toute forme de résurgence, demeurons vigilants au quotidien : notre présence devant cette stèle en ce cimetière du Père Lachaise, haut lieu de tous les combats des hommes libres, l’atteste.

Le 6 octobre doit devenir la Journée officielle de recueillement et du souvenir des victimes de l’OAS.

Avec Jean-François Gavoury et Jean-Philippe Ould Aoudia, retrouvons-nous ici, encore plus nombreux, lundi 19 mars et samedi 6 octobre 2018.

image014 - copie

image06

Commémoration du 6 octobre 2011

Journée de recueillement en hommage aux victimes de l’OAS

Le 6 octobre 2011, au cimetière du Père-Lachaise, le maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, procédait au dévoilement d’une stèle dédiée à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France.

Depuis lors, à Paris comme en province (Alençon en 2012, Le Touvet en 2014), chaque journée du 6 octobre est l’occasion d’une cérémonie destinée à commémorer cet événement qui a marqué l’histoire des victimes de la guerre d’Algérie : en effet, celles de l’OAS avaient été, jusqu’alors, les seules collectivement privées de la considération qui leur était due par les pouvoirs publics, et, à défaut de l’État, ce sont le premier magistrat de la capitale et le Conseil de Paris qui ont su honorer le souvenir de ces quelque 2.700 sacrifiés sur l’autel de l’oubli officiel, morts tant de fois, sous les coups du terrorisme de l’OAS d’abord, mais morts aussi de la profanation de leur sépulture, morts de l’exaltation de leurs bourreaux, morts d’abandon mémoriel.

De manière à poursuivre l’ancrage de la date du 6 octobre dans le calendrier des manifestations d’associations d’anciens combattants et victimes de guerre, je propose aux membres d’honneur et adhérents de Paris et d’Île-de-France de l’ANPROMEVO ainsi qu’aux correspondants et amis de l’association de se réunir le vendredi 6 octobre à 11 h 00, au cimetière du Père-Lachaise (rendez-vous fixé à l’entrée située rue des Rondeaux 75020 Paris – Métro Gambetta).

Il s’agira, comme en 2015 et 2016, d’une cérémonie avec prises de parole précédant un dépôt de gerbes et la rituelle minute de silence en hommage tant à nos Morts qu’à nos victimes survivantes : interviendront en particulier M. Jean-Philippe Ould Aoudia au nom des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons et M. Michel Lambart au nom de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS.

En ces instants de recueillement, nos pensées se tourneront également vers François Nadiras, décédé le 28 août à Toulon, vigilante sentinelle de la République à qui l’ANPROMEVO doit d’être née, d’avoir pu développer son action et d’avoir vu croître son audience.

S’ils en ont la disponibilité, les participants auront la faculté de déjeuner au restaurant (voisin) Le Ramus (4 avenue du Père Lachaise) ou dans tout autre établissement de leur choix.

Jean-François Gavoury
Président de l’Association nationale
pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS

image013

Communiqué

L’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) vous conseille :

Le jeudi 5 octobre 2017, à partir de 8h45, se déroulera, en l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris (5 rue Lobau à Paris IVe), un colloque sur le thème « La guerre d’Algérie au cinéma », organisé par l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie (EPHMGA).

AFFICHE_CINÉMA

En voici le programme :

MATINÉE

8h45

Ouverture des portes, petit-déjeuner offert.

9h00

Allocution de CATHERINE VIEU-CHARIER, Adjointe à la Maire de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde combattant, correspondant Défense.

9h10

Accueil par JEAN-PIERRE LOUVEL, Président de l’EPHMGA

9h30

La guerre d’Algérie au cinéma : état des lieux par BENJAMIN STORA, professeur des universités.

Benjamin Stora enseigne l’histoire du Maghreb contemporain, les guerres de décolonisation et l’histoire de l’immigration maghrébine en Europe à l’Université Paris-XIII et à l’INALCO. Depuis 2014, Benjamin Stora est Président du Conseil d’orientation de l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée.

10h30

Cinéma et censure de la guerre d’Algérie : mémoires et archives du temps présent par ÉMILIE GOUDAL.

Docteure en Histoire de l´Art de l´Université Paris-X, Émilie Goudal a soutenu une thèse intitulée « La France face à son Histoire : les artistes plasticiens et la guerre d’Algérie de 1954 à nos jours ». Elle est actuellement chercheuse postdoctorale au Centre allemand d’histoire de l’art de Paris.

11h15

Le partage des mémoires de la guerre d’Algérie au cinéma par DJEMAA MAAZOUZI, docteure en Littératures de langue française.

Djemaa Maazouzi est enseignante et chercheuse au Département de français du Collège Dawson (Montréal, Canada). Ses intérêts de recherche portent sur la fabrication de la mémoire et de l’histoire (littérature, cinéma, web) ; le tissage des liens de solidarité entre porteurs de mémoires de traumatisme (guerre, génocide, etc.) dans les arts ; les questions de postcolonialisme et de subalternité des femmes ; les migrations et les déplacements des personnes et des biens.

12h00

La guerre d’Algérie vue à travers Muriel ou le temps d’un retour d’Alain Resnais par RAPHAËLLE BRANCHE, rédactrice en chef de Vingtième Siècle – Revue d’histoire, membre du Conseil Supérieur des Archives.

Chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres, Raphaëlle Branche enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Rouen.

12h45

Déjeuner – Buffet

APRÈS-MIDI

14h00

Accueil par LUCIEN-LOUIS BAYLE, Secrétaire général de l’EPHMGA.

14h10

Présentation du fonds « Algérie » de l’ECPAD (Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense) par DAMIEN VITRY, documentaliste à l’ECPAD.

14h20

Obéissance et désobéissance dans les films sur la guerre d’Algérie par TRAMOR QUÉMENEUR, docteur en histoire, chargé de cours à Paris-VIII.

Sa thèse de doctorat, soutenue en 2007, était intitulée  Une guerre sans « non » ? Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie, une première recherche fouillée sur les quelque 15.000 jeunes Français qui ont été insoumis, déserteurs ou objecteurs de conscience pendant la guerre d’Algérie.

15h00

« Faire un film sur la guerre d’Algérie, hier et aujourd’hui », table ronde avec :

– DAVID OELHOFFEN, réalisateur de Loin des hommes, d’après le livre d’Albert Camus L’exil et le royaume.

– DOMINIQUE CABRERA, réalisatrice de L’ Autre côté de la mer, un film à la fois nostalgique et largement autobiographique, sur le déracinement de la communauté des pied-noirs algériens.

– DANIEL VIDELIER, ancien combattant de la guerre d’Algérie et administrateur de production sur Les Parapluies de Cherbourg.

16h15

C’était la guerre par JEAN-CLAUDE CARRIÈRE, romancier, scénariste, essayiste.

En 1992, sort C’était la guerre, un film retraçant les destins croisés d’un jeune Algérien rejoignant le maquis et celui d’un appelé français, instituteur dans le civil. Fait rare, deux ouvrages sont à l’origine de ce film : On nous appelait Fellagas du commandant Azzedine et La Paix des braves de Jean-Claude Carrière. Autre fait marquant : le livre fut adapté au cinéma par deux réalisateurs : un Algérien, Ahmed Rachedi, et un Français, Maurice Failevic. Jean-Claude Carrière reviendra sur l’histoire de cette oeuvre unique en son genre – et invisible aujourd’hui.

L’entretien sera mené par JEAN-PIERRE FARKAS, journaliste (France Inter, Elle, Paris-Match) et membre de l’EPHMGA.

17h30

Fin du colloque

Les débats seront animés par Jean-Pierre Louvel et Daniel Videlier, respectivement Président et Membre du Bureau de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie.

Chaque intervention sera conclue par des questions posées par le public, dans les limites du temps imparti.

Pour vous inscrire, il vous suffit d’envoyer sous huitaine votre demande par mél à ephmga@gmail.com, en indiquant vos nom et prénom, votre adresse, votre numéro de téléphone (mobile) ainsi que le nombre de places souhaitées.

La présentation d’une pièce d’identité sera exigée sur place.

Rapport d’activité 2016

Retrouvez l’intégralité du rapport d’activité 2016
sur notre site internet

EN CLIQUANT ICI

Dimanche 19 mars 2017

Hommage fut rendu le dimanche 19 mars par la Mairie de Paris, par les représentants de l’État dans la capitale (préfet de police et préfet de la région d’Ile-de-France), par la FNACA et par l’association « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons » à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France autour de la stèle qui leur est dédiée à l’intérieur du cimetière du Père-Lachaise, à quelques mètres du Mémorial élevé en souvenir des 755 jeunes Parisiens morts pour la France en AFN

VIDÉO DE L’ÉVÈNEMENT

Vœux 2017

prononcés à Alençon le mercredi 4 janvier à 11h

Il est un culte que certains services publics de l’État pratiquent, celui de la mémoire de leurs anciens : c’est leur liberté ; c’est aussi et surtout leur honneur.
Ayant appartenu au ministère de l’intérieur, j’ai été et reste le témoin de ces manifestations du souvenir au rituel sobre ou solennel selon le cas, mais toujours à forte valeur de transmission.
C’est peut-être un peu moins vrai pour des administrations telles que l’Enregistrement, dont la dénomination même s’est effacée en même temps que la mémoire de ceux qui en ont été les fonctionnaires et agents.
Sachons gré, par conséquent, au député-maire d’Alençon d’avoir su rendre hommage au souvenir de Monsieur Alfred Locussol qui, venu d’Algérie pour occuper ici le poste de sous-directeur de l’Enregistrement, a trouvé la mort dans la maison qu’il occupait avenue Wilson : la mort commanditée depuis Alger par un syndicat du crime, l’OAS, dont l’ANPROMEVO doit non seulement soutenir les victimes mais également combattre l’apologie.

Pour notre association, avec 2017, la page se tourne d’une année, d’un quinquennat, d’une décennie, d’une année 2016 au cours de laquelle nous avons reçu plusieurs marques de reconnaissance, par exemple :

  • avec la présence au côté de la maire de Paris, le 19 mars – jour anniversaire de l’entrée en vigueur du cessez-le feu en Algérie et jour aussi, désormais, de commémoration nationale – du préfet de la région d’Ile-de-France et du préfet de police devant la stèle érigée par la Ville capitale à l’intérieur du cimetière du Père Lachaise en hommage à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France ;

ceremonie-pl-6-x-2016-18

  • avec la représentation de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre devant cette même stèle le 6 octobre lors de notre rassemblement annuel pour le souvenir des victimes de ce terrorisme  radical incarné par l’OAS ;
  • avec, entre-temps, le 19 septembre, une réponse porteuse d’espoir, émanant de la Présidence de la République, quant aux possibilités d’inscription du nom d’un certain nombre de ces victimes sur les colonnes du Mémorial national de la guerre d’Algérie quai Branly à Paris ;
  • avec l’honneur fait à l’association, le 9 novembre, à travers la remise à son président par le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, des insignes d’officier de l’ordre national du Mérite.

avec l’honneur fait à l’association, le 9 novembre, à travers la remise à son président par le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, des insignes d’officier de l’ordre national du Mérite

Rappelons à cette occasion que, si l’ANPROMEVO a vu son action ainsi récompensée, c’est probablement parce qu’elle se distingue de certains groupes porteurs de mémoire : loin de chercher à alimenter le souvenir conflictuel de la guerre d’Algérie, elle a participé au réveil des consciences sur les seuls oubliés de l’histoire de cette guerre, les victimes de l’OAS.

D’un quinquennat marqué :

  • par le dévoilement ici même, le 6 octobre 2012, d’une stèle destinée à célébrer le souvenir d’une victime de l’OAS nommément désignée ;

image011

  • par la publication au Journal officiel du 30 mars 2014 d’une décision ministérielle faisant de l’ANPROMEVO la cinquantième association d’anciens combattants et victimes de guerre inscrite au registre de l’Office national des anciens combattants répertoriant l’ensemble des associations habilitées à ester en justice ;
  • par la mise en place, le 6 octobre de cette même année 2014, au Touvet (dans le département de l’Isère), d’une plaque commémorant les victimes des actes terroristes commis par l’OAS ;
  • par la présence de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux Anciens combattants et à la Mémoire auprès du ministre de la défense, pour une minute de recueillement devant la stèle aux victimes de l’OAS le 31 octobre 2015 au cimetière du Père-Lachaise ;

d’une décennie d’existence marquée :

  • par le développement, depuis la création de l’ANPROMEVO le 7 avril 2006, de liens fraternels avec l’association « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons » en tout premier lieu, puis avec la Fédération nationale des Anciens combattants d’Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA), dont je salue ici le président national, Guy Darmanin, et le président du comité parisien, Jean Laurans ;
  • par l’opposition, tant sur le terrain que devant les cours et tribunaux, aux initiatives de certaines communes tendant à héroïser des membres de l’OAS condamnés à mort et exécutés en leur dressant des mausolées sur le domaine public ;
  • par la dénonciation des courants révisionnistes ayant inspiré la politique de mémoire mise en œuvre de 2005 à 2012 aux plus hauts niveaux des institutions en charge du monde combattant ;
  • par des colloques, en particulier celui sur le thème « Sortir de la guerre d’Algérie, regards croisés, regards apaisés » organisé les 17 et 18 mars 2012 à Évian, cinquante ans jour pour jour après la signature, localement, des Accords de cessez-le-feu et marqué par la participation de Jean-Pierre Chevènement ;
  • par la parution de nombreux ouvrages, historiques ou de témoignage, écrits par des victimes survivantes ainsi que par des descendants et amis de victimes de l’OAS ;
  • par la réalisation d’un film-documentaire de Djamel Zaoui intitulé « OAS, un passé très présent », qui, en 2007, rend compte par l’image de ces démonstrations massives de valorisation du terrorisme de l’OAS telles que signalées en 2006 dans La bataille de Marignane[1].*

Ici aussi, à Alençon, se livre une bataille qui a à voir avec celles que la ville a connues il y a près d’un siècle et demi et, plus récemment, en 1944. Elle a trait, en effet, à la défense des valeurs de la République, ces valeurs que s’emploient à bafouer, ici même, non pas d’anciens desperados de l’Algérie française, mais d’authentiques terroristes.
Quel autre mot, en effet, pour qualifier la bande organisée – ou l’auteur isolé – en récidive de profanation d’une stèle mentionnant la date d’un crime, le nom de la victime et celui de la structure instigatrice ?
C’est Alfred Locussol qu’on a assassiné et qu’on réassassine en cette commune d’Alençon, et dont la destinée invite à une réflexion collective sur la guerre d’Algérie, une guerre qui s’est suffi à elle-même et qu’il n’est nul besoin de perpétuer sur le terrain de la mémoire : pluralité et antagonisme des mémoires certes, ne serait-ce qu’au regard de la diversité des acteurs de cette guerre qui a par ailleurs tant tardé à se reconnaître pour telle ; mais, de grâce, considération à l’égard de l’une des souffrances trop longtemps obturées que cette maudite guerre d’Algérie a engendrées.
Alfred Locussol et ceux qui, à Alençon, portent sa mémoire tracent la voie pour des associations telles que l’ANPROMEVO, ayant vocation à faire œuvre de transmission, sans esprit belliqueux, mais avec la volonté d’une reconnaissance, des deux côtés de la Méditerranée, des souffrances subies par l’ensemble des victimes des crimes de guerre et attentats terroristes commis par l’OAS ou en son nom, en Algérie et en France, de 1961 à 1962. S’il apparaît qu’un partenariat mémoriel entre les deux pays, entre les deux peuples, peut y aider, alors, aucun effort ne devra être ménagé pour s’inscrire dans cette démarche.
De l’ambition pour 2017, tel est le mot d’ordre autour duquel je souhaite voir les adhérents et amis de l’association se retrouver et s’engager.

Jean-François Gavoury – 4 janvier 2017 – Alençon (avenue Wilson)

image006

4 janvier 2017 – Alençon (avenue Wilson)

[1] de Jean-Philippe Ould Aoudia (préface de Pierre Joxe – Éditions Tirésias, février 2006).

 

image005

 

Communication de Jean-François Gavoury relative au changement de dénomination de la rue du 19-Mars-1962 à Béziers

Communication de Jean-François Gavoury au lendemain de l’audience de la Ve Chambre du tribunal administratif de Montpellier en date du 18 octobre 2016 relative au changement de dénomination de la rue du 19-Mars-1962 à Béziers

Invoquant le défaut d’intérêt à agir, le rapporteur public a conclu à l’irrecevabilité en la forme des requêtes présentées : la mienne l’avait été dans les trois semaines suivant la délibération du conseil municipal du 11 décembre 2014 ayant décidé de l’attribution à cette voie du nom du commandant Hélie Denoix de Saint Marc ; l’autre a été formée dans un second temps au nom de plusieurs co-requérants (en particulier l’association « Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et leurs Compagnons ») représentés par avocat.
Sur le fond, en revanche, le rapporteur public a bien voulu souligner l’illégalité de la délibération en tant qu’elle est de nature politique, dépourvue de tout lien avec la poursuite d’un intérêt local et génératrice de troubles à l’ordre public.
Vous trouverez ci-après la retranscription de mes observations orales dans cette affaire, laquelle est mise en délibéré. Suit le compte rendu de l’audience tel que publié dans l’édition de Béziers du quotidien régional Midi Libre.
Puisse l’un au moins des requérants voir son intérêt à agir reconnu par la formation de jugement.

« Madame la Présidente,
Madame et Monsieur les conseillers,

Je serai bref, le temps de remettre en perspective quelques points développés dans ma requête introductive d’instance, puis dans mon mémoire en réplique.
La notion d’intérêt à agir n’est pas simple, mais dans cette affaire sa réalité apparaît double.
Double comme la détente sur laquelle le maire de Béziers a appuyé pour abattre le cessez-le-feu en Algérie et tenter d’assassiner la mémoire des victimes de l’OAS en général, celle de mon père singulièrement.
Double intérêt : au regard de l’effacement de la rue du 19-Mars-1962 du paysage biterrois d’une part et de la conversion de sa dénomination en « Commandant Denoix de Saint Marc » d’autre part.
Dois-je rappeler que, le 8 novembre 2012, un sénateur – rien de moins – a cité mon père et m’a rendu hommage en séance dans le cadre des débats précédant le vote sur la proposition de loi faisant du 19 mars une journée de commémoration nationale ? Et je n’aurais ni intérêt ni qualité à faire valoir contre quelque commune de France éliminant le 19 mars 1962 du répertoire de ses rues ? Serait-on un sous-citoyen dès lors qu’on n’est pas Français de souche biterroise ?
Quant à l’inscription du nom du commandant Denoix de Saint Marc, de quoi la commune me fait-elle grief ? De m’en prendre non pas aux lieutenant et sergent déserteurs assassins de mon père mais à l’un de leurs chefs les ayant précipités dans l’aventure du putsch sans jamais exprimer la moindre compassion à l’égard des victimes de ces sicaires ? Est-il possible de concevoir que, si le commandant de Saint Marc n’avait pas mis son régiment au service d’un pronunciamiento, mon père aurait pu poursuivre sa carrière en métropole ? Le patron de la sécurité publique dans le Grand Alger, chargé de la lutte anti-OAS, n’aurait-il pas eu à s’impliquer dans la mise à la disposition de la justice des auteurs du putsch du 21 avril 1961, le putsch dit « des généraux » qui a été celui, aussi, du commandant Denoix de Saint Marc ?
Puisqu’il est ici question à la fois d’intérêt et de défaut d’intérêt à agir, je souhaite conclure sur un élément selon moi édifiant. Certains membres de la famille Denoix de Saint Marc, et non des moindres (Renaud, ancien vice-président du Conseil d’État, honoré ici-même ; Guillaume, directeur général de l’Association française des victimes du terrorisme, n’ont pas éprouvé le moindre intérêt à agir au côté du maire de Béziers et ont fait défaut lors de la cérémonie de dévoilement, le 14 mars 2015, de la plaque en litige.
Je crois savoir qu’ils y ont vu un acte d’instrumentalisation du souvenir de leur parent.
Moi aussi. »

Découvrir l’article du Midi Libre :
« Béziers : Rue Denoix-de-Saint-Marc, un baptême bientôt annulé ? »

Intervention le 6 octobre 2016, au cimetière parisien du Père-Lachaise, de Jean-François Gavoury, Président de l’ANPROMEVO

ceremonie-pl-6-x-2016-3

AVANT-PROPOS

J’adresse des remerciements chaleureux à celles et ceux qui ont bien voulu répondre à l’appel des associations « ANPROMEVO » et « Marchand-Feraoun » à célébrer le cinquième anniversaire de cette première stèle dédiée à l’ensemble des victimes de l’OAS en Algérie et en France.

M. François Vauglin, maire du 11e arrondissement de Paris, où l’ANPROMEVO a son siège, regrette de ne pouvoir être à nos côtés de même que M. Serge Barcellini, président du Souvenir français, engagé de longue date pour une inauguration dans le département de la Marne.

Je salue collectivement les représentants du monde associatif, de l’édition militante, du monde combattant (UFAC, FNACA), de la mémoire (Comité Charonne) et de l’histoire (merci, Gilles Manceron de nous honorer une fois de plus de votre participation, vous dont le récent article sur Médiapart, intitulé Terrorisme et résistance, éclaire ce rendez-vous du 6 octobre !).

Bienvenue en particulier à M. Guillaume Lagane, chef du département harkis et rapatriés à la direction générale de l’Office national des Anciens combattants et Victimes de guerre, et à Mme Zoulikha Bekaddour, longtemps conservatrice en chef de la Bibliothèque universitaire d’Alger, incendiée par l’OAS le 7 juin 1962, date sur laquelle je reviendrai en conclusion de mon propos.

ceremonie-pl-6-x-2016-7

Nous sommes le 6 octobre 2016.

2016 : soit dix ans après la naissance de l’ANPROMEVO.

6 octobre : soit cinq ans, jour pour jour, après le dévoilement par M. Bertrand Delanoë de ce monument qui nous réunit aujourd’hui, érigé par la Ville de Paris en hommage aux victimes du terrorisme de l’OAS.

Pour nous qui pratiquons la commémoration, les dates ont un sens, et leur rapprochement, pour moi, revêt une valeur symbolique.

Alors, parlons dates : dates et faits !

Le 19 mars 2016, devant le Mémorial national de la guerre d’Algérie, quai Branly à Paris, le Président de la République a affirmé que la paix des mémoires, « … c’est les reconnaître toutes et n’en oublier aucune » et que « Faire la paix des mémoires, c’est regarder vers l’avenir. »
À l’issue de la cérémonie, qui entrait dans le cadre de la journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, j’ai pu lui dire que je voyais dans ses paroles « une rupture avec quarante-deux ans d’État-OAS ».

Dès la semaine suivante, j’explicitais par courrier cette expression « État-OAS » en précisant :
– un État qui a laissé se développer les initiatives de toute nature tendant à glorifier les auteurs des crimes et attentats terroristes commis par l’OAS ou en son nom ;
– un État dont l’un des chefs a réhabilité des généraux putschistes, rebelles aux lois de la République et réfractaires à la démocratie ;
– un État au Conseil duquel on a fait dire, le 13 février 2003, que les victimes de l’OAS ne pouvaient pas être honorées de la qualité de « Mort pour la France » dès lors que l’OAS n’était pas partie belligérante au conflit ;
– un État qui, dans une démarche révisionniste assumée, a décoré d’anciens criminels de l’organisation considérés comme éminemment méritants et a laissé les jusqu’au-boutistes de l’Algérie française assimiler les victimes de l’OAS à des traîtres à la patrie.

ceremonie-pl-6-x-2016-4

Ma proposition adressée à Monsieur François Hollande pour la mise en place d’un dispositif législatif et réglementaire de reconnaissance à l’égard de l’ensemble des victimes militaires et civiles de l’OAS ne reçut d’autre suite que sous la forme d’un décret du 13 mai (oui, 13 mai !) faisant de moi un officier dans l’ordre national du Mérite.

J’y ai vu le signe, émanant du plus haut niveau de la République, d’une considération accordée à chacune et à chacun d’entre vous, membres et amis de l’ANPROMEVO, cette promotion intervenant à raison de ma qualité de « président d’une association mémorielle ».

J’aurais pu – nous aurions pu – nous satisfaire de cette réponse.

Pourtant, le 19 septembre, au moment même où j’étais à nouveau salué par le Président de la République, dans le Jardin de l’Intendant de l’Hôtel national des Invalides, après l’hommage solennel rendu aux victimes et aux rescapés d’actes terroristes, Mme Isabelle Sima, chef de cabinet, signait une lettre m’assurant – je cite – de toute l’attention portée à [mes] attentes au sujet de la reconnaissance des victimes de 1’OAS, organisation terroriste de sinistre mémoire.

Oui, le 19 septembre, soit six mois après le 19 mars, comme si l’année, pour les victimes de l’OAS, était rythmée par deux dates entrant symétriquement en résonance.

ceremonie-pl-6-x-2016-15

Le 19 septembre donc, la Présidence de la République indiquait :

–  La mention « mort pour la France » ne peut être inscrite de façon systématique sur les actes de décès des personnes victimes de I’OAS, quels que soient leur statut et les circonstances de leur décès, mais si certains cas ont été omis, cette mention peut toujours être attribuée par I’ONAC-VG, après examen particulier et dans le strict respect de la réglementation en vigueur.
–  S’agissant de l’affichage des noms des victimes civiles sur la colonne blanche du mémorial national de la guerre d’Algérie, il intervient sur demande des familles ou d’associations représentatives, après instruction par les services du ministère de la défense qui s’assurent qu’elles ne faisaient pas partie ni du FLN ni de 1’OAS.
Ces quelques lignes doivent être prises au pied de la lettre et encourager les familles et associations de victimes de l’OAS à engager dès demain, auprès des administrations concernées, des démarches pour obtenir ces actes de reconnaissance : reconnaissance d’une dette morale de l’État envers ces oubliés perpétuels de l’histoire de la guerre d’Algérie dont nous portons haut la mémoire.

ceremonie-pl-6-x-2016-19

J’ai parlé de dates faisant écho à des événements, et je voudrais conclure par celle à laquelle le ministre de l’intérieur, Monsieur Bernard Cazeneuve, m’a adressé ses félicitations pour ma promotion dans l’ordre du Mérite, évoquant mon dévouement au service de l’intérêt général : il l’a fait le 7 juin, jour anniversaire de l’exécution de deux des participants à l’assassinat de mon père.

Cette distinction, que je devrais recevoir le mois prochain des mains du Ministre qui m’y a proposé, je la dédie à toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France, civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République.

Et pour marquer le cinquième anniversaire de cette stèle dont je viens de vous lire la dédicace, je vous annonce le lancement, ce jeudi matin, du site Internet de l’ANPROMEVO (http://anpromevo.com), auquel je souhaite de contribuer à l’instauration d’un partenariat mémoriel avec l’Algérie.

Avant la minute rituelle de silence, place au dépôt de gerbes, successivement, par le Comité Vérité et Justice pour Charonne, par l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, par la FNACA (dont je salue respectueusement le porte- drapeau national) et par l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS.

ceremonie-pl-6-x-2016-26

Un premier pas vers la reconnaissance des victimes de l’OAS ?

logo_elwatan-copieEn France, le 6 octobre tend à s’imposer comme une date du souvenir des victimes de l’OAS. Cette année, au cimetière parisien du Père-Lachaise, Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire, a respecté cette tradition avec l’association les Amis de Max Marchand et Mouloud Feraoun, en présence des anciens combattants de la Fnaca. Cette année, l’événement coïncidait avec les dix ans de la création de l’Anpromevo et les cinq ans du dévoilement par le maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë, d’une stèle érigée par la Ville de Paris en hommage aux victimes du terrorisme de l’OAS.

M. Gavoury a rapporté que sa proposition, adressée à François Hollande, pour la mise en place d’un dispositif législatif et réglementaire de reconnaissance à l’égard de l’ensemble des victimes militaires et civiles de l’OAS «ne reçut d’autre suite que sous la forme d’un décret du 13 mai (oui, 13 mai !) faisant de moi un officier dans l’Ordre national du mérite».

LIRE LA SUITE

Appel aux victimes survivantes et aux descendants de victimes de l’OAS en Algérie et en France

cropped-logo-anpromevobaselinev

À travers son site Internet, l’ANPROMEVO se fixe en particulier pour objectif de contribuer à l’enrichissement d’une liste nominative des victimes civiles et militaires de l’OAS en Algérie et en France, décédées ou survivantes, en vue :

1°) d’en favoriser la pleine reconnaissance par les pouvoirs publics et par la Nation ;

2°) de faire procéder à la régularisation du statut de certaines des victimes décédées auxquelles les services de l’État ont omis de conférer la mention « Mort pour la France » à titre militaire (représentants des forces de l’ordre notamment).

Si vous estimez être en mesure de justifier de la qualité de victime ou parent de victime d’un attentat terroriste ou d’un assassinat imputable à l’OAS (et à nulle autre partie belligérante) ou revendiqué par cette organisation criminelle, veuillez communiquer à l’adresse contact@anpromevo.com la version numérisée des documents en votre possession (acte de décès, état des services, article de presse, témoignage, et, plus généralement, toutes pièces estimées de nature à établir les circonstances dans lesquelles sont survenus le décès ou les blessures).

Agenda de l’ANPROMEVO

cropped-LOGO-ANPROMEVO@baseLineV.jpg

Lundi 19 septembre 2016
En matinée, devant la statue-fontaine « Parole portée » dans les Jardins de l’Intendant de l’Hôtel national des Invalides, Participation de Jean-François Gavoury, Président de l’ANPROMEVO lors de l’Hommage aux victimes du terrorisme en présence de M. François Hollande, Président de la République.

6 octobre 2016
Lancement du site internet ANPROMEVO.com

6 octobre 2016
Cérémonie anniversaire de l’inauguration par le Maire de Paris de la stèle aux victimes de l’OAS.

Dimanche 16 octobre 2016
Participation de Jean-François Gavoury, Président de l’ANPROMEVO, en matinée, au Palais des Expositions de Bourg en Bresse (Ain), lors de la cérémonie de clôture du congrès national de la FNACA.

Lundi 17 octobre
À partir de 18h00, place Edmond Arnaud à Grenoble (Isère), représentation de l’ANPROMEVO lors de la cérémonie de dévoilement d’une plaque commémorative de la sanglante répression d’une manifestation d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

Mardi 18 octobre
À partir de 11h30, audience du Tribunal administratif de Montpellier consacrée à l’examen de la requête dirigée contre la commune de Béziers par Jean-François Gavoury à la suite de la délibération du conseil municipal du 11 décembre 2014 ayant eu pour objet de débaptiser la rue du 19-Mars-1962 pour lui attribuer le nom du Commandant Denoix de Saint Marc.

© 2018 ANPROMEVO

Theme by Anders NorenUp ↑